Warsh renforce la crédibilité de la Fed information fournie par TRIBUNE LIBRE 17/09/2026 à 17:34
Par Felipe Villaroel, Gérant chez TwentyFour AM, boutique Vontobel
Le Comité fédéral de l'open market (FOMC) a relevé ses taux directeurs de 25 points de base (pb), conformément aux attentes du marché, et le président Warsh a délivré un message à la fois clair et déterminé. Il n'a fait aucune référence à d'éventuels désaccords internes ni à des groupes de travail, se contentant d'affirmer de manière simple et crédible que l'inflation reste supérieure à l'objectif et qu'elle sera maîtrisée. Ce message a gagné en crédibilité non seulement grâce à la hausse des taux, mais aussi parce que le graphique des projections (« dot plot ») indique qu'une nouvelle hausse de taux par la Réserve fédérale (Fed) demeure probable avant la fin de l'année.
À lire aussi | Fed : la porte ouverte à de nouvelles hausses de taux
Paradoxalement, cela constitue une bonne nouvelle pour les maturités longues. Selon nous, deux facteurs principaux pourraient provoquer une forte correction sur la partie longue de la courbe des taux, notamment au-delà de dix ans. Le premier serait une inflation hors de contrôle, combinée à une banque centrale perçue comme incapable ou peu disposée à la ramener vers son objectif. Le second serait une politique budgétaire erratique entraînant des déficits excessifs et donnant l'impression que le gouvernement est, lui aussi, incapable ou réticent à rétablir l'équilibre des finances publiques.
À notre avis, certaines interrogations subsistaient concernant le premier risque en raison de communications parfois ambiguës de la part du président Warsh. Le message délivré hier semble toutefois écarter ce risque, du moins pour le moment. Concernant le second, la situation budgétaire américaine ne s'améliore pas. La guerre en Iran, ainsi que certaines propositions actuellement envisagées, telles que l'octroi d'aides financières aux électeurs si le gouvernement en place remporte les élections de mi-mandat, ne contribuent certainement pas à apaiser les inquiétudes. Le risque d'une réaction désordonnée des marchés demeure donc théoriquement présent, mais l'un de ses déclencheurs potentiels a, au moins temporairement, disparu.
Une autre façon d'appréhender cette situation consiste à examiner la prime de terme. Le rendement des obligations du Trésor américain à dix ans peut être considéré comme la somme des anticipations de taux d'intérêt à court terme sur les dix prochaines années, à laquelle s'ajoute une prime compensant le fait que les investisseurs immobilisent leur capital sur une période aussi longue. Lorsqu'une banque centrale manque de crédibilité et que les investisseurs doutent de sa capacité ou de sa volonté à combattre l'inflation, ils exigent une prime plus élevée en contrepartie. Nous pensons que les décisions annoncées hier devraient offrir un certain répit aux primes de terme, même si nous rappelons qu'il ne s'agit pas du seul facteur influençant leur niveau.
S'agissant des perspectives de politique monétaire, le « dot plot » suggère qu'une nouvelle hausse des taux constitue le scénario le plus probable. Les taux resteraient ensuite stables l'année prochaine avant quelques baisses en 2028 et 2029. Cette trajectoire apparaît moins restrictive (« hawkish ») que ne le laissent entendre les anticipations actuellement intégrées par le marché sur la partie courte de la courbe. Nous partageons globalement l'analyse de la Fed selon laquelle la situation actuelle ne nécessite pas une succession rapide de plusieurs hausses de taux. Nous estimons également qu'une certaine flexibilité est nécessaire, dans la mesure où l'essentiel du choc inflationniste aux États-Unis provient du côté de l'offre. Autrement dit, si le président Trump concluait un accord avec l'Iran et que les prix du pétrole reculaient, l'inflation pourrait diminuer très rapidement.
Cela nous amène à un dernier point important : toute l'inflation observée aux États-Unis ne s'explique pas par les seules contraintes d'offre. La vigueur de l'activité économique a également contribué au maintien d'une inflation supérieure à l'objectif, comme en témoigne le fait que la Fed ne remplissait déjà plus pleinement son mandat en matière de stabilité des prix avant le début du conflit en mars. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous conservons, de manière générale, une préférence pour les actifs libellés en euros. La Banque centrale européenne avait ramené l'inflation à son objectif avant d'être confrontée à un choc d'offre. Cela renforce notre conviction que seules quelques hausses de taux seront nécessaires et qu'elles pourront être annulées relativement rapidement une fois le choc dissipé.
En définitive, nous estimons que le président Warsh a apporté un soutien très nécessaire à la crédibilité de la Fed. À nos yeux, le rétablissement de cette crédibilité ne peut être qu'un développement positif.