Taxer les importations énergétiques russes plus efficace qu'un embargo-CAE information fournie par Reuters 04/04/2022 à 15:31
PARIS, 4 avril (Reuters) - L'imposition de lourds droits de douanes sur les importations énergétiques en provenance de Russie à l'échelle de l'Union européenne (UE) pourrait s'avérer plus efficace qu'un embargo total, même si un tel embargo n'aurait qu'un impact limité pour la plupart des Etats membres, observe le Conseil d'analyse économique (CAE) dans une note publiée lundi.
Selon cet organisme rattaché aux services du Premier ministre français, l'impact négatif sur l'économie d'un embargo total sur les énergies fossiles russes serait globalement modéré et pourrait être absorbé dans la plupart des pays de l'UE, puisqu'il amputerait le revenu national brut de 0,2% à 0,3% - soit environ 100 euros par adulte - en moyenne, à l'échelle de l'UE.
"Une alternative à un embargo total est une réduction très forte des importations d'énergie en provenance de Russie" par le biais de tarifs douaniers élevés. Cela permettrait "aux petits pays, les plus exposés (...) de continuer à avoir accès à des importations de gaz, tout en asséchant les importations vers de plus gros pays, moins exposés et pouvant plus facilement substituer les importations de gaz russe" en faisant appel à d'autres fournisseurs, explique le CAE.
Par exemple, un tarif de 40% sur les importations de combustibles fossiles russes permettrait selon le CAE de réduire d'environ 80% les quantités importées, avec des pertes économiques "fortement réduites" par rapport à un embargo total.
Les pertes seraient divisées par environ trois ou quatre pour les pays les plus dépendants des approvisionnements russes, mais la différence serait très faible pour des pays peu dépendants, comme la France, selon cette note.
D'après les estimations du CAE, l'impact négatif d'un embargo total sur les énergies fossiles russes serait très variable d'un pays à l'autre et les conséquences les plus importantes seraient subies par la Bulgarie, la Finlande, la Lituanie, la République tchèque ou la Slovaquie, avec des baisses de revenu national brut comprises entre 1% et 5%.
Pour l'Allemagne, première économie du bloc et très dépendante des importations russes, l'impact négatif sur le revenu national brut pourrait être compris entre 0,3% et 3% selon les scénarios.
La France, deuxième économie de la zone euro mais beaucoup moins dépendante des importations d'hydrocarbures russes, figurerait parmi les pays les moins impactés par un embargo, avec un revenu national brut amputé de 0,15% à 0,3%.
Contrairement aux Etats-Unis, l'UE s'est jusqu'à présent montrée réticente à l'idée d'interdire les importations d'hydrocarbures russes, car plusieurs Etats membres sont très dépendants des livraisons de la Russie.
La France et l'Allemagne ont plaidé lundi pour de nouvelles sanctions européennes, après la diffusion ce week-end d'images de centaines de victimes civiles à Boutcha, près de Kyiv, après la reprise par les forces ukrainiennes de plusieurs villes de la banlieue de la capitale ukrainienne. nL5N2W22UG
Alors que l'Allemagne était jusqu'ici réticente sur ce sujet, le ministre allemand de l'Economie, Robert Habeck, a déclaré lundi que l'Allemagne avançait pas à pas vers un embargo sur les énergies fossiles russes. nL5N2W22C0
(Reportage Leigh Thomas, version française Myriam Rivet, édité par Bertrand Boucey)