Secteur défense et aéronautique : rester patient... information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 24/04/2026 à 08:34
Le secteur de la défense et de l'aéronautique a paradoxalement peu profité de la crise au Moyen Orient, comme le montre le graphique de l'évolution du cours de l'ETF Défense émis par la société de gestion Vaneck : elle montre une certaine volatilité, mais pas de forte hausse récente ...Notre signal stratégique, dont l'algorithme a été optimisé pour des périodes de 8-9mois, demeure d'ailleurs toujours à l'achat.
Cours de l'ETF VanEck Defense UCITS depuis un an ( IE000YYE6WK5)
Les bombardements massifs de l'Iran par les armées américaines et israéliennes induisent une demande de reconstitution des stocks d'armes, et constitue une bonne nouvelles pour le secteur aéronautique – défense. Par ailleurs, on ne peut pas dire que la situation s'améliore en Ukraine : en dépit de rumeurs de discussions entre les belligérants, la guerre continue de plus belle...
Notre panorama des actions du secteur Stoxx Aéronautique- Défense montre effectivement l'opposition entre la contre-performance récente et depuis un an, et les caractéristiques fondamentales comme de dynamique des cours à moyen terme.
(Horizon de la recommandation depuis xx jours : tactique = 1 mois ; stratégique = 8 mois ; megatrend = 2 ans ; A = très sous-évalué, B = sous-évalué, C = surévalué, D = très surévalué ; - - = dynamique des bénéfices fortement baissière ; + + = dynamique des bénéfices fortement haussière ; la note d'analyse intégrée réalise une synthèse / 10 entre les signaux techniques et les scores fondamentaux)
Les raisons de la pause boursière
Naturellement, il existe des situations très contrastées au sein d'un secteur qui comporte des activités très différentes et des spécificités propres à chaque entreprise. Mais, pris dans son ensemble, le marché doute, pour une raison simple : les carnets de commandes sont au plus haut, mais la capacité à livrer est freinée par des obstacles structurels majeurs.
1/ La chaine d'approvisionnement peine à suivre les cadences alors que pendant des décennies elle était habituée à gérer la baisse des commandes et l'arrêt des lignes de production. Aujourd'hui la pénurie concerne aussi bien les puces électroniques, que les matières premières comme le titane, le cobalt ou le tungstène, sans parler de l'aluminium notamment dans l'aéronautique civile. Dans ce cas d'espèce, le goulot d'étranglement que sont les moteurs d'avions dépend directement de la disponibilité des semi-conducteurs et des pièces détachées de fournisseurs de rang 2 ou 3 qui ont eux-mêmes coupé leurs capacités de production auparavant (voir exemple des fonderies lourdes).
2/ Les difficultés à trouver de la main-d'œuvre qualifiée sont récurrentes. Jusqu'en 2030 il manquerait 100.000 techniciens et ingénieurs pour le secteur de la défense en France, autant de personnel qui manqueront à leur tour dans l'industrie aéronautique.
3) La concurrence entre maintenance et production d'armes / avions / moteurs neufs est probablement la principale difficulté du secteur. Avec le retard de livraison d'armes ou d'avions, les armées / compagnies aériennes doivent utiliser leur matériel existant plus longtemps, ce qui signifie des temps de maintenance et de réparation plus longs, avec pour les fabricants des chaines qui sont utilisées pour les pièces détachées et des moteurs de rechange plutôt de des armes ou des avions finis. Cet arbitrage que doivent faire les fabricants d'avions ou de moteurs est positif pour leurs marges (les marges sur pièces détachées ou les services de maintenance sont plus élevées que sur le produit fini : 20% à 35% versus 0%-10% voire à perte sur les premières séries) donc mais négatif pour le CA et pour le BFR avec une hausse des stocks de produits semi-finis.
4) Plus les moteurs ou avions deviennent complexes, plus la fiabilité est importante (voir les problèmes de Boeing) conduisant à des homologations de plus en plus longues ou des phases de rappel et maintenance plus fréquents.
Même si nos indicateurs sont à la vente stratégique sur des actions majeures (Rheinmetall, Safran Airbus, MTU Aero engines...), nous restons confiants, car les flux demeurent très favorables au secteur.
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Les flux restent au rendez-vous
Fin 2025, les actifs sous gestion dans les fonds thématiques de sécurité et défense ont bondi pour atteindre environ 20 Mds€ à la fin de l'année. Le nombre de fonds spécialisés (principalement des ETF) a triplé, passant de 9 fin 2023 à plus de 33 début 2026. Actuellement, la dynamique s'accélère encore. Rien que sur le premier trimestre 2026, les ETF européens exposés à la défense ont enregistré des entrées nettes de près de 3 Mds€. Aux USA le secteur des "Industrials" (incluant l'aérospatiale et la défense) a capté environ 24 Mds$ sur l'année. Les investisseurs ont privilégié les grandes valeurs de défense (Lockheed Martin, RTX) comme protection contre la volatilité des valeurs technologiques. Un pic d'investissement a été observé en février 2026, avec 10 Mds$ injectés spécifiquement dans deux grands fonds aérospatiale et défense américains en un seul mois. Ce mouvement a été soutenu par les appels à porter le budget de la défense US à 1 500 Mds$ d'ici 2027. Il n'y a aucun rachat sur les fonds défense, simplement un attentisme des gérants spécialisés, alors que quelques gérants généralistes prennent des bénéfices.
Le secteur a changé de statut
De fait, avec les développements géopolitiques des 5 dernières années et le revirement de la politique extérieure des USA sous l'administration Trump, le profil boursier du secteur a été modifié en profondeur. Sa performance très élevée depuis 3 ans a complètement changé son profil de valorisation : de « Value » et avec des PE entre 15 et 17x dans les années 2010, nous sommes passés « Growth », et les PE dépassent les 21x pour 2026 et 18x pour 2027 en Europe.
Aux USA les PE, sensiblement identiques (21x / 19x), sont l'illustration davantage de leur résilience et de leur génération de cash. Ils n'ont pas beaucoup changé depuis 15 ans. Le PEG (PER divisé par la croissance) n'a en revanche pas trop monté : aux alentours de 1.1/1.2x il y a 10 ans, il est revenu à 1x pour 2026. Le secteur semble cocher les cases du GARP (Growth At Reasonable Price : la croissance au meilleur prix...). Tout aussi intéressant est le fait que le secteur en dépit de la hausse des CAPEX à un rythme de 20 à 25% par an depuis 2022 (et 10% en 2025), ralentit à présent à 7% en 2026 et 2027 en Europe et 5% en moyenne 2026/2027 aux USA. Le secteur reste net cash en Europe (entre 0.2 et 0.4x l'EBITDA, en ligne avec les niveaux historiques) alors qu'aux USA l'heure est au désendettement à 2x en 2026 (ex Boeing à 3.3x) pour tomber à 1.6x en 2027. L'argument fondamental majeur réside dans la croissance du free cash flow : préalablement les groupes de défense devaient investir dans la R&D sur leurs fonds propres, dans la mise en place de projets européens. Ils étaient certes co-financés par les Etats mais leur reste à charge restait important. Aujourd'hui pour accélérer les investissements, les sources de financement sont de plus en plus multiples, qu'il s'agisse des Etats, toujours, mais aussi probablement demain d'un fonds européen, de capitaux privés ou de fonds souverains.
Rolls Royce la plus attractive
Parmi les actions cotées du secteur, c'est actuellement le motoriste Rolls Royce qui nous semble la plus dynamique : Signal Achat Stratégique et Tactique, à l'opposé de Safran, qui est à la Vente stratégique comme tactique. Pourtant, les scores des deux actions sont les mêmes : B ++ (sous-évaluation et forte dynamique des bénéfices), et le signal Megatrend est à l'achat aussi sur les deux motoristes...Pour Safran, et les autres actions du secteur à la vente stratégique, c'est une manière de se rassurer et de considérer que la patience paiera, et que la contreperformance actuelle constitue simplement une pause dans une tendance qui demeure haussière à long terme...En ce qui concerne Rolls Royce, sa production de turbines pour petits réacteurs nucléaires répond à une demande potentiellement considérable, notamment aux USA : c'est une différence significative avec Safran. Il n'y a donc pas de débat : la performance du groupe britannique devrait continuer à être favorable, à court comme à moyen terme, au niveau fondamental comme boursier.