par Tim Hepher
PARIS, 13 décembre (Reuters) - Airbus AIR.PA a lancé une
nouvelle revue stratégique afin que son nouveau directeur
général, Guillaume Faury, puisse écrire sur une page blanche la
suite de l'aventure du groupe, confronté ces dernières années à
une série de déboires industriels, de luttes de pouvoir et à des
soupçons de corruption.
Le projet "Airbus Next Chapter" est mené par une équipe
dirigée par Julie Kitcher, ancienne responsable des relations
investisseurs du groupe, un signal fort en direction des
investisseurs.
Airbus entend ainsi les convaincre que la rentabilité est au
coeur de la stratégie, ce qui n'a pas toujours été le cas, en
particulier lorsque ce projet européen, qui fête son 50e
anniversaire, était piloté par les Etats.
L'actuel patron de la division avions commerciaux, Guillaume
Faury - qui remplacera en avril prochain Tom Enders à la tête du
groupe - "veut aller vite et introduire un nouvel état d'esprit.
Il veut tourner la page du passé", a déclaré à Reuters une
source proche du dossier.
Airbus s'est refusé à tout commentaire sur cette revue, qui
pourrait déboucher sur des décisions stratégiques et des
changements de structures.
Fondé en 1969, Airbus est devenu l'un des plus grandes
entreprises exportatrices européennes, rivalisant d'égal à égal
avec son grand concurrent américain Boeing BA.N .
Toutefois, la croissance de l'entreprise a été jalonnée par
de fréquentes tensions entre partenaires français et allemands,
des rivalités personnelles et, plus récemment, par des problèmes
de corruption qui ont poussé au départ une série de responsables
du groupe, spécialisé dans l'aéronautique, la défense et
l'espace.
Cette revue devra faire en sorte qu'Airbus soit mieux armé
face à la montée en cadence de ses programmes industriels, comme
celui de l'A320, et s'attaquer à l'épineuse question de
l'éclatement de la production entre le Royaume-Uni, la France,
l'Allemagne et l'Espagne, censé garantir l'emploi dans chacun
des pays fondateurs.
L'A320, "LA POULE AUX OEUFS D'OR" D'AIRBUS
L'A320 est un programme absolument vital pour le groupe, que
le chef des opérations, Tom Williams, qui prendra sa retraite
d'ici la fin du mois, décrit comme "la poule aux oeufs d'or".
Des responsables du groupe ont averti que le successeur de
l'A320, prévue pour après 2030, ne devait pas rater les
tournants technologiques à l'oeuvre dans le secteur, comme ce
fut le cas pour les gros-porteurs lorsque Boeing a lancé son
787.
Pour le moment, Airbus dispose toujours d'une confortable
part de marché avec l'A320, mais certains analystes estiment que
le constructeur européen affiche un retard sur son concurrent en
ce qui concerne le processus de fabrication. Un écart qui
pourrait encore se creuser si Boeing lançait un moyen-courrier
produit dans le cadre d'une nouvelle organisation industrielle.
Cette revue devrait également permettre d'étudier comment
Airbus peut rivaliser avec la Silicon Valley pour attirer les
nouveaux talents de l'ère du numérique, tout en gérant sa
pyramide des âges par le biais de départs en retraite et de
renouvellements des équipes impulsés par le conseil
d'administration.
De nouveaux départs ont été annoncés cette semaine, avec la
nomination d'Alberto Gutierrez à la tête de la division avions
militaires. Il remplace Fernando Alonso, qui quitte le groupe
après avoir stabilisé le programme d'avion de transport A400M en
difficulté.
Le responsable des programmes, Didier Evrard, qui a
supervisé deux des projets les plus ambitieux d'Europe - le
missile de croisière Storm Shadow/SCALP et le long courrier A350
- devrait prendre sa retraite ce mois-ci et être remplacé par un
candidat interne issu des services ou de l'ingénierie.
Certains changements sont déjà à l'oeuvre. Airbus a
notamment remplacé cette semaine son responsable du contrôle
qualité après une série de difficultés en la matière.
(Jean-Michel Bélot pour la version française, édité par Benoît
Van Overstraeten)