Pourquoi l’or reprend sa course aux records ?
information fournie par TRIBUNE LIBRE 14/01/2026 à 11:10

Jean-François Faure, spécialiste des métaux précieux d'investissement. (crédit : DR)

Dès le début de l'année 2026, le cours de l'or (mais aussi de l'argent) a battu des records absolus. Pourquoi un tel appétit pour l'or de la part des investisseurs ? Comment cet actif, qui ne produit aucun intérêt, dividendes ou loyers, peut-il autant séduire ? L'or est une valeur refuge, mais aussi une réserve de valeur. Explications de Jean-François Faure, spécialiste des métaux précieux d'investissement.


Une synchronicité qui pousse l'or vers les records

Osons reprendre ce terme du psychiatre Jung pour un actif d'investissement, l'or. Oui, il y a bien une sorte de synchronicité en faveur de l'or depuis le mois de septembre 2025. Et ce phénomène s'est encore accentué en ce début d'année 2026.

La raison principale de la hausse de l'or : la politique monétaire américaine

Le prix de l'or est fortement influencé par la politique de taux de la FED (réserve fédérale américaine), mais aussi par celle de la BCE. Toute l'année 2025, les investisseurs ont d'abord anticipé une baisse des taux de la FED. Baisse qui a fini par être annoncée fin août, lors de la conférence de Jackson Hole, puis effective fin septembre. C'est à ce moment-là que le rallye de l'or s'est enclenché pour quasiment ne jamais s'arrêter.

Pour rappel, le cours de l'or a progressé de plus de 60 % sur un an en 2025 ! Pour un actif qui, on le rappelle, «ne rapporte rien», c'est particulièrement surprenant.

Pourquoi l'or monte-t-il quand les taux d'intérêt baissent ?

Plusieurs phénomènes favorisent l'or lors d'une baisse des taux. Tous les investisseurs en or le disent : ce n'est pas la valeur de l'or qui augmente, c'est la monnaie qui s'effrite. Les investisseurs délaissent une monnaie qui est moins rémunératrice, donc la valeur de celle-ci baisse. Dans le même temps, les obligations d'État (les bons du Trésor pour les Américains) deviennent moins rémunératrices. C'est un concurrent moins compétitif pour l'or dans la famille des actifs sûrs et de long terme.

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Les pressions sur la FED servent l'or

Donald Trump répète tout le temps qu'il veut de nouvelles baisses de taux. Et il reproche à Jerome Powell, le patron de la FED, de ne pas le faire assez vite. Mi-janvier 2026, les poursuites judiciaires contre la FED laissent penser que l'institution monétaire sera en difficulté, notamment à partir du mois de mai, fin du mandat de Jérôme Powell. Les gros investisseurs ont confiance dans ce pilier de la politique monétaire, dont l'indépendance permet de limiter les effets à court terme des décisions politiques.

Quand le dollar vacille, l'or stabilise

On le voit depuis quelques années, certaines banques centrales ont décidé d'augmenter fortement leurs stocks d'or. Et souvent, elles vendent des bons du Trésor en dollars pour acheter ces tonnes de métal jaune. Une banque centrale ne souhaite pas se protéger d'une crise, mais bien stabiliser sa réserve de valeur. En septembre dernier, la valeur de l'or détenu par les banques centrales a dépassé celle des bons du Trésor. C'est une première depuis 30 ans.

On a aussi vu des grands fonds, ou grands gestionnaires de fonds, modifier la répartition de leurs portefeuilles. Plus d'or et moins d'obligations était le maître-mot de la gestion patrimoniale en 2025. Cela ne devrait pas s'arrêter en 2026.

L'or pour se protéger d'un bouleversement géopolitique

Le métal jaune est un protecteur, mais aussi un stabilisateur. Quand les grands équilibres semblent mis à mal, le réflexe de certains investisseurs est d'augmenter leurs allocations en or. Donald Trump a semble-t-il décidé de passer la vitesse supérieure dans sa quête America First. Il a passé 2025 à négocier des droits de douane favorables à son pays et parle maintenant de récupérer directement les ressources : pétrole, terres rares, etc. Cela commence par sa remise au goût du jour de la doctrine Monroe. Il souhaite sécuriser son environnement « proche », le continent américain. Si la capture du président du Venezuela a provoqué des réactions assez faibles des autres pays du monde, les menaces sur le Groenland semblent beaucoup plus agiter les Européens. On ne sait pas comment la Russie et la Chine prendraient l'invasion éventuelle de Cuba. Cette pression permanente du Président de la première puissance du monde créé de l'incertitude. Et ça, les investisseurs de long terme n'aiment pas. Ils se rabattent sur des actifs tangibles qui ont traversé plusieurs civilisations : l'or, l'argent et le platine.

L'augmentation du risque de conflits armés

La planète se relance dans la course aux armements. Mais surtout, depuis le début de l'année, l'Iran est de nouveau sous pression. Il y a les émeutes, mais aussi la sensation que le régime des Mollahs est à bout de souffle. Le bon timing pour tenter de le faire tomber ? L'Iran reste une puissance militaire, et ce pays a surtout autant d'alliés que d'ennemis importants. Là aussi, les menaces de Donald Trump d'une intervention militaire sont favorables à la valeur refuge.Pendant ce temps-là, rien n'est réglé en Ukraine. Les forces en présence poursuivent leurs bombardements avec des armes de plus en plus sophistiquées et puissantes.

Pourquoi l'or stopperait-il sa progression ?

Les cours ne montent pas jusqu'au ciel… et ça vaut aussi pour les métaux précieux dont l'or.

Un changement de politique monétaire

En raison du lien avec les politiques monétaires, tant que les monnaies s'effritent, il n'y a pas de raison que le prix de l'or baisse. À l'inverse, si les taux remontent, alors le prix de l'or sera freiné et baissera. Cela ne semble pas être la tendance des différentes banques centrales pour l'instant.

Une tentative de maîtrise par le COMEX ?

En novembre dernier, le prix de l'or a subi une correction. La raison de cette baisse de 6% en quelques heures ? Le COMEX, l'organisme qui gère les contrats futurs de l'or, est intervenu pour stopper la surchauffe. Il a relevé ses montants de couverture sur les ETF, ce qui a immédiatement calmé certains investisseurs opportunistes et spéculateurs. C'est un des éléments importants de l'or : le cours est fortement influencé par l'or papier (les ETF et autres contrats), moins par les transactions d'or physique. Le COMEX a fait la même opération pour l'argent quelques semaines plus tard avec le même effet : une correction. Mais cette baisse a été effacée pour l'or et pour l'argent en quelques jours.

Un prix qui dégoûterait le consommateur

L'or est un métal d'investissement, une réserve de valeur, mais aussi la principale matière première des bijoutiers. Quand l'or est très cher, la joaillerie doit trouver des moyens de produire à des prix acceptables par le consommateur. C'est la courbe de Laffer : trop cher, moins d'achats, baisse des prix. Ce marché ne semble pas important en France, mais cette industrie consomme 50% de l'or importé en Inde ! Et clairement, si l'or est trop cher, les Indiens se tournent vers d'autres métaux pour fabriquer leurs bijoux. On pourrait faire la même démonstration avec l'argent et l'industrie. Si le métal coûte cher, c'est le prix des panneaux photovoltaïques qui s'envole.