POINT HEBDO-Vers une nouvelle semaine d'incertitude géopolitique, l'économie réelle à l'épreuve
information fournie par Reuters 15/05/2026 à 12:19

La guerre en Iran s'apprête à entrer dans sa douzième semaine et, comme aucune issue ne semble se profiler avec les négociations toujours dans l'impasse, son impact sur l'économie réelle — et, plus précisément, sur l'inflation et la croissance — suscite de plus en plus d'inquiétudes.

Cependant, les nuages noirs qui planent sur l'économie n'affectent pas, pour l'instant, la performance des marchés d'actions mondiaux. Après le choc initial, ils ont largement ignoré les enjeux géopolitiques au Moyen-Orient, l'intelligence artificielle (IA) dominant actuellement le paysage, en particulier à la Bourse de New York.

Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir :

1/ DU PAIN SUR LA PLANCHE

Le président américain Donald Trump a achevé vendredi un sommet de deux jours à Pékin avec son homologue chinois Xi Jinping, que, selon un analyste, les marchés jugeraient "stratégiquement rassurant, mais décevant sur le fond", avec peu de résultats concrets .

Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays du Groupe des sept (G7) se réuniront par ailleurs lundi et mardi à Paris, avec de nombreux sujets à l'ordre du jour, de l'impasse en Iran à la sécurisation des chaînes d'approvisionnement en minerais critiques, en passant par les prix du pétrole et la récente volatilité du marché obligataire mondial.

En l'absence de progrès sur le plan diplomatique, les cours du brut Brent de la mer du Nord, référence mondiale du marché, restent bien au-dessus des 100 dollars le baril LCOc1 et, même si les opérateurs et les investisseurs partent du principe qu'un accord de paix finira par être conclu, le risque de répercussions négatives sur l'économie s'accroît de jour en jour.

Comme si tous ces défis ne suffisaient pas, les marchés obligataires — du Royaume-Uni au Japon, en passant par les États-Unis — sont secoués par divers facteurs, notamment la hausse des indicateurs d'inflation, l'instabilité politique et, surtout, un changement radical dans les anticipations des investisseurs quant à l'évolution des taux d'intérêt.

2/ DE L'IA À LA GRANDE DISTRIBUTION La solide saison des résultats du premier trimestre des entreprises américaines s'achèvera la semaine prochaine avec deux poids lourds, le géant des semi-conducteurs destinés à l'IA Nvidia NVDA.O et le premier détaillant mondial Walmart

WMT.O .

Les résultats et les perspectives de Nvidia, première capitalisation boursière mondiale, sont considérés comme un indicateur clé du secteur au coeur du rallye des actions.

Ses résultats trimestriels, qui seront publiés mercredi, interviennent en outre à un moment où l'engouement pour l'IA a stimulé un large éventail d'actions du secteur des semi-conducteurs.

Les résultats de Walmart et d'autres détaillants qui publieront leurs résultats dans les prochains jours, notamment Home Depot HD.N , Target TGT.N et TJX Cos TJX.N , retiendront également l'attention des investisseurs, à la recherche d'indices suggérant que l'inflation provoquée par la guerre au Moyen-Orient pourrait peser sur les dépenses de consommation.

Selon LSEG IBES, les bénéfices des entreprises du S&P 500 devraient avoir progressé de plus de 28% au premier trimestre par rapport à la même période de l'année précédente.

3/ LES REGARDS SUR DOWNING STREET Les données sur le marché du travail et l'inflation au Royaume-Uni, prévues mardi et mercredi respectivement, risquent de ne pas être bien accueillies par les responsables politiques et monétaires, mais le marché sera surtout attentif à l'évolution de la crise à la tête du gouvernement britannique, qui a déclenché ces derniers jours une tempête sur les obligations d'État.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer est confronté depuis une semaine à d'intenses pressions qui visent à le convaincre de quitter le pouvoir, nombre de responsables travaillistes le jugeant responsable de la déroute électorale historique enregistrée par le Labour lors des élections locales plus tôt ce mois-ci.

Alors que l'impact de la guerre en Iran sur les prix de l'énergie fait des ravages sur les marchés obligataires à l'échelle mondiale, l'incertitude politique interne ne contribue en rien à améliorer la situation, attisant encore davantage les inquiétudes quant à la fragilité des finances britanniques.

La forte hausse des coûts de financement de l'État britannique cette semaine en est la preuve, le rendement des obligations d'État à 10 ans GB10YT=RR ayant atteint vendredi son plus haut niveau depuis juillet 2008.

Si les chiffres de l'inflation publiés mercredi affichent une nouvelle progression et que les marchés anticipent un resserrement encore plus marqué de la politique monétaire de la Banque d'Angleterre (BoE) cette année, la vague de ventes de Gilts pourrait s'amplifier.

4/ ÉCART DE PERFORMANCE

Quels que soient les résultats de Nvidia la semaine prochaine, les investisseurs seront attentifs à savoir s'ils accentuent ou contribuent à réduire l'écart de performance croissant entre les actions américaines et européennes.

Les perturbations de l'approvisionnement énergétique mondial touchent plus durement l'Europe, compte tenu de la plus grande dépendance de la région vis-à-vis des importations par rapport aux États-Unis.

De plus, les solides résultats enregistrés par les grandes entreprises technologiques américaines et l'affaiblissement croissant de la consommation européenne accentuent l'écart de performance.

L'indice S&P 500 .SPX a progressé de 8,8% depuis le début de cette année, contre 3,3% pour l'indice STOXX 600 .STOXX . La comparaison est encore plus frappante depuis le début de la guerre en Iran fin février : le S&P 500 a gagné 8,3% en mars et avril, tandis que le STOXX a perdu 3%.

5/ LE COÛT DU PÉTROLE Les chiffres du produit intérieur brut (PIB) japonais au premier trimestre, qui seront publiés mardi, devraient donner un aperçu de l'impact de la hausse des prix de l'énergie sur une économie qui dépend fortement des importations de pétrole.

Les responsables les suivront de près, en s'efforçant de trouver un équilibre entre les pressions inflationnistes croissantes et les risques de ralentissement de la croissance.

Les chiffres du PIB seront suivis, au cours de la semaine, par ceux du commerce extérieur et de l'inflation, qui pourraient renforcer les arguments en faveur d'une prochaine hausse des taux d'intérêt par la Banque du Japon (BoJ).

Ailleurs en Asie, les données sur les prix de l'immobilier et les ventes au détail en Chine sont attendues lundi. La deuxième économie mondiale continue d'être en proie à un marché immobilier en difficulté et à une consommation intérieure anémique, même si la dynamique de croissance générale montre des signes de résilience.

(Infographies par Kripa Jayaram, compilé par Amanda Cooper ; version française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)