POINT HEBDO-Un début de mai semé d'embûches pour les investisseurs
information fournie par Reuters 01/05/2026 à 14:14

Des cours du pétrole qui restent élevés alors que les pourparlers de paix au Moyen-Orient sont dans l'impasse, en passant par le yen japonais, les chiffres de l'emploi aux États-Unis, la décision de politique monétaire de la Banque centrale australienne et les élections locales au Royaume-Uni, les opérateurs auront de quoi s'occuper ces prochains jours.

Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir :

1/ VENDRE EN MAI?

Les prix du pétrole remontent, dépassant brièvement les 120 dollars le baril à la fin de la semaine, pour atteindre leur plus haut depuis 2022, année du début de la guerre en Ukraine, alors que le conflit avec l'Iran entre dans son troisième mois et que les négociations sont dans l'impasse.

Chaque semaine où le détroit d'Ormuz reste fermé, les risques d'une inflation galopante, d'une croissance faible ou, selon certains, des deux à la fois, s'accroissent.

Le Japon, pays importateur de pétrole fortement touché par la crise énergétique, vient d'intervenir pour soutenir un yen encore plus affaibli par le conflit.

Dans le même temps, les marchés d'actions tiennent bon et les principales places boursières ont enregistré de forts gains en avril après les lourdes pertes subies en mars, soutenues par des résultats solides et un regain d'enthousiasme lié à l'intelligence artificielle (IA).

Il est toutefois peu probable que cette tendance perdure tant que la guerre se poursuivra.

Certains investisseurs auront sans doute à l'esprit la vieille stratégie consistant à "vendre en mai et partir" ("Sell in May and go away"), qui repose sur la conviction que les mois entourant la période estivale sont moins propices à la croissance boursière.

2/ L'EMPLOI AU MENU

L'attention de Wall Street se concentrera sur le rapport mensuel sur l'emploi du mois d'avril, prévu vendredi prochain. Toujours très suivi par les investisseurs, cet indicateur du département américain du Travail pourrait, dans ce contexte de craintes liées à la guerre, susciter un intérêt accru.

L'économie américaine devrait avoir créé 73.000 nouveaux emplois, selon les prévisions des économistes interrogés par Reuters. Les effectifs ont augmenté de 178.000 en mars, la plus forte hausse depuis décembre 2024, même si cette progression faisait suite à un rapport montrant des destructions d'emplois en février.

Ces chiffres seront publiés à un moment où la Réserve fédérale (Fed) durcit le ton face au risque d'inflation et où Kevin Warsh s'apprête à succéder à Jerome Powell à la tête de la banque centrale, tandis que le locataire de la Maison blanche reste convaincu que les coûts de financement doivent baisser.

La Fed a maintenu ses taux inchangés mercredi, comme prévu, mais trois membres du comité de politique monétaire ont exprimé leur désaccord sur le communiqué de politique monétaire, estimant qu'une "orientation accommodante" n'était plus appropriée, ce qui laisse penser que l'institution pourrait rencontrer des obstacles pour baisser ses taux cette année.

3/ NOUVEAU TEST POUR STARMER

Les élections municipales de jeudi en Grande-Bretagne, qui n'attirent généralement pas l'attention des investisseurs, pourraient entraîner des fluctuations importantes sur les marchés, car les sondages laissent présager une lourde défaite pour le Parti travailliste du Premier ministre Keir Starmer.

Les Gilts, les obligations d'État britanniques, ont fait l'objet de ventes massives cette année, alors que l'avenir politique de Keir Starmer semblait compromis.

Le Premier ministre peine à justifier sa décision de nommer Peter Mandelson ambassadeur de Grande-Bretagne aux États-Unis, malgré les liens bien connus de ce dernier avec le délinquant sexuel Jeffrey Epstein.

Une défaite cuisante jeudi pourrait déclencher des appels plus généralisés à sa destitution parmi ses propres députés et alimenter les espoirs de voir son successeur se montrer plus disposé à mener une politique budgétaire plus souple.

Cela constituerait une nouvelle mauvaise nouvelle pour les obligations britanniques.

Le rendement des gilts à 10 ans GB10YT=RR affiche déjà, et de loin, la plus mauvaise performance parmi ses homologues des pays du G7 depuis le début de la guerre en Iran le 28 février.

4/ LES GROUPES ÉNERGÉTIQUES SE DISTINGUENT

La semaine qui commence s'annonce également importante pour les résultats des entreprises en Europe.

Les géants de l'énergie Shell SHEL.L et Equinor EQNR.OL , Commerzbank CBKG.DE et HSBC HSBA.L , ainsi que les entreprises du secteur de la défense Rheinmetall RHMG.DE , Leonardo LDOF.MI et Renk R3NK.DE , publieront leurs résultats dans les prochains jours.

Dans l'ensemble, les bénéfices des entreprises européennes devraient afficher une croissance robuste de 3,2% au premier trimestre, selon les données LSEG I/B/E/S.

Mais, en réalité, la situation est un peu plus complexe et la croissance devrait être tirée uniquement par trois secteurs : le financier, le technologique et l'énergétique, ce dernier étant considéré comme le principal bénéficiaire de la guerre en Iran en raison de la hausse des prix du pétrole et du gaz.

La compagnie pétrolière et gazière française TotalEnergies

TTEF.PA a publié mercredi des résultats en forte hausse au titre du premier trimestre 2026, dopés par la flambée des prix du pétrole.

Cependant, si la guerre et la flambée des prix de l'énergie persistent, les perspectives globales des bénéfices européens pourraient s'assombrir.

Cette saison de publication des résultats est peut-être encore trop précoce pour refléter l'impact de la guerre dans les prévisions des entreprises, mais c'est un aspect qu'il faudra suivre de près au cours des prochains mois.

5/ DÉCISION DIFFICILE

La décision de la Banque de réserve d'Australie (RBA) concernant une troisième hausse consécutive des taux d'intérêt pourrait se jouer à un cheveu, car l'impact du conflit au Moyen-Orient n'est pas plus clair qu'il ne l'était lors de la précédente réunion de la banque centrale.

La RBA a relevé son taux directeur de 25 points de base en mars après un vote de 5 contre 4, la marge la plus serrée depuis qu'elle a commencé à publier ses votes l'année dernière.

Le compte-rendu de la réunion a montré que les inquiétudes concernant la durée de la guerre étaient au centre des préoccupations, les responsables de la politique monétaire devant trouver un équilibre entre l'inflation et les risques sur la croissance économique.

Une nouvelle hausse porterait le taux de la RBA à son plus haut niveau depuis la fin de la pandémie de COVID-19 et annulerait toutes les baisses de taux de l'année dernière.

La gouverneure Michele Bullock a souligné que cette divergence tenait davantage à une question de timing que d'orientation, tous les membres du conseil s'accordant sur la nécessité d'un resserrement supplémentaire.

Les marchés tablent sur une probabilité de 80% d'une hausse mardi, soit un chiffre légèrement inférieur à celui enregistré avant la publication, mercredi, de chiffres de l'inflation sous-jacente inférieurs aux prévisions.

(Compilé par Dhara Ranasinghe ; graphiques de Sumanta Sen ; version française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)