POINT HEBDO-Six mois de guerre
information fournie par Reuters 21/08/2026 à 12:30

Les dirigeants des principales banques centrales du monde se réunissent à Jackson Hole la semaine prochaine dans un contexte de nervosité, six mois après le début de la guerre en Iran et dans la foulée d'une vague de ventes de titres de dette américaine à long terme qui a secoué les marchés obligataires, poussant le Trésor américain à intervenir.

Les événements qui animeront l'actualité ne se limiteront pas au Wyoming, où se tiendra le symposium économique annuel : une volée de données d'inflation est attendue de différents coins du monde, la Banque centrale sud-coréenne prendra une décision sur les taux d'intérêt et l'Islande se rendra aux urnes pour décider si l'île arctique reprendra ou non des négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE).

Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir:

1/ À LA PÊCHE

Réflexion prospective ou propos provocateurs ? Tel est le choix auquel est confronté le président de la Fed, Kevin Warsh, alors qu'il prépare son discours d'ouverture au symposium économique de la Fed à Jackson Hole : exposer ses idées sur la réforme de la banque centrale ou s'en tenir aux aspects concrets de la politique monétaire.

Kevin Warsh, qui s'exprimera devant un parterre de banquiers centraux venus du monde entier, a consacré son début de mandat aux problèmes structurels auxquels est confrontée la première économie mondiale. Mais les investisseurs, qui digèrent encore une vague de ventes d'obligations de dette souveraine, sont en attente d'indications immédiates.

Le président de la Fed a manifesté clairement qu’il ne souhaitait pas dévoiler son jeu, mais il pourrait bien constater que sa politique de non-orientation devient un handicap.

2/ L'INFLATION SOUS SURVEILLANCE

La fermeture prolongée du détroit d'Ormuz, par lequel transite normalement un cinquième du trafic maritime mondial d'hydrocarbures, et la hausse constante des prix du brut alimentent les inquiétudes concernant les perspectives d'inflation au niveau mondial.

Le Brent LCOc1 s'apprête à enregistrer une deuxième hausse hebdomadaire consécutive, la sixième sur les huit dernières semaines, mais c'est la flambée des prix des produits raffinés qui retient de plus en plus l'attention à l'approche des mois les plus froids dans l'hémisphère nord.

Les prix européens du diesel LGOc1 ont bondi de plus de 70% depuis le début de la guerre en février ; l’essence américaine RBc1 a quant à elle augmenté de 60%. La production de raffinage étant réduite au Moyen-Orient, en Russie, en Asie de l’Est et ailleurs, l’inflation liée à l’énergie semble bien partie pour perdurer.

Une image plus claire devrait se dessiner dans les prochains jours, avec la publication mercredi des données d'inflation australiennes, suivies de celles de la France, de l'Espagne et de Tokyo vendredi. Une attention particulière sera portée à l'inflation PCE américaine mercredi, qui devrait s'établir au-dessus de l'objectif de 2% de la Fed pour le 65e mois consécutif.

3/ LE POINT SUR LES PUCES

Après une semaine mouvementée pour les valeurs technologiques, la publication des résultats de Nvidia, mercredi, donnera aux investisseurs auront un nouvel aperçu de l'essor des dépenses en intelligence artificielle (IA) qui a contribué à propulser les marchés vers des niveaux records.

Le géant des puces, dont les processeurs jouent un rôle clef dans ce domaine en pleine expansion, est largement considéré comme un baromètre tant des investissements dans l’IA que du sentiment général du secteur.

Ses résultats pourraient aider à déterminer si l'enthousiasme pour l'IA peut soutenir les valorisations élevées, après une récente vague de ventes dans la "tech", en partie alimentée par la hausse des rendements obligataires.

Les investisseurs se concentreront sur la demande émanant des principaux fournisseurs de services cloud, dont les dépenses ont alimenté la croissance rapide de Nvidia. Des signes indiquant que les clients intensifient leurs déploiements d’IA ou leurs plans d’investissement pourraient renforcer l’idée que le cycle d’investissement a encore de beaux jours devant lui.

4/SÉOUL SE CHERCHE

La banque centrale sud-coréenne se réunit jeudi, les marchés guettant les signes d'une nouvelle hausse des taux d'intérêt, après le premier relèvement depuis trois an et demi opéré en juillet.

L'inflation s’est ralentie à 2,8% en rythme annualisé le mois dernier, mais reste toujours supérieure à l’objectif, la demande de puces continuant de soutenir l'économie.

La hausse des coûts d’emprunt pourrait accentuer la pression sur les actions sud-coréennes, qui se remettent encore de la vague de ventes de juin alimentée par l'effet de levier, tout en renforçant le won KRW= , qui s’est apprécié de plus de 10% ce mois-ci.

Le gouverneur Shin Hyun Song a indiqué qu’il privilégiait le maintien d’une politique monétaire restrictive pour contenir l’inflation, laissant entendre qu’une nouvelle hausse des taux ne pouvait être exclue.

5/L'ISLANDE TREMPE (ENCORE) SON PIED DANS L'UE

Les Islandais se rendront aux urnes le 29 août pour un référendum consacré à la reprise ou non des négociations d'adhésion à l'UE, abandonnées en 2013 en raison de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement eurosceptique.

Le scrutin ne porte pas sur l'adhésion elle-même et tout accord devrait être approuvé par un deuxième référendum. Pour l’instant, les sondages indiquent que le pays est divisé à égalité en deux camps.

Sont en jeu les ressources naturelles abondantes de l'Islande, des taux d'intérêt particulièrement hauts, un coût de la vie exorbitant et des préoccupations croissantes sur la sécurité de l'État insulaire alors que le Groenland voisin est convoité par les États-Unis.

Un "oui" relancerait des négociations épineuses avec Bruxelles, la pêche constituant probablement le principal obstacle. Un "non" renverrait la question de l’UE au placard et porterait un coup à la cause des partisans d'un élargissement.

(Rédigé par Howard Schneider à Washington, Laura Matthews à New York, Stine Jacobsen à Copenhague, Gregor Stuart Hunter à Singapour et Samuel Indyk à Londres ; infographies par Prinz Magtulis; compilé par Karin Strohecker ; version française Augustin Turpin, édité par Benoit Van Overstraeten)