PARIS, 26 septembre (Reuters) - Siemens SIEGn.DE devrait
choisir ce mardi de fusionner ses activités dans le secteur
ferroviaire avec le français Alstom ALSO.PA , et les conseils
des deux groupes se réunissent dans l'après-midi pour examiner
le dossier.
Voici en résumé la logique industrielle qui sous-tend ce
possible rapprochement et les risques potentiels qu'il
comporterait, sur la base des sources au fait du dossier
contactées par Reuters :
LA HAUTE MAIN POUR SIEMENS ?
Siemens Mobility, la branche de matériel roulant et de
signalisation ferroviaire de Siemens, devrait prendre 50% plus
une action du groupe Alstom. L'entité combinée afficherait un
chiffre d'affaires de quelque 15 milliards d'euros, pour mieux
faire face à la concurrence du champion chinois CRRC 601766.SS
qui s'est lancé dans une offensive mondiale pour rafler des
parts de marché et affiche des revenus deux fois plus
importants.
UNE FUSION ENTRE ÉGAUX ?
Les autorités françaises, qui plaident pour un tel
rapprochement, insistent sur la nécessité d'une fusion
"équilibrée". Dans le cadre des discussions actuelles, le
président non exécutif de la future entité serait choisi par
Siemens et le directeur général serait l'actuel président
d'Alstom Henri Poupart-Lafarge, qui serait aussi administrateur.
Le conseil compterait 11 membres, dont six nommés par Siemens.
Selon la presse, la nouvelle société aurait son siège en
France.
LES DESSOUS POLITIQUES
Un accord entre Siemens et Alstom scellerait la première
alliance franco-allemande depuis l'arrivée à l'Elysée d'Emmanuel
Macron, qui milite pour une plus grande intégration économique
européenne. Les opposants du chef de l'Etat, cependant, ont
commencé à faire pression sur le gouvernement en critiquant la
manière dont un nouveau "fleuron industriel français", et non
des moindres puisque le TGV fabriqué par Alstom est de longue
date une des fiertés françaises, passerait sous pavillon
allemand.
LES REVENDICATIONS SYNDICALES
Siemens n'a pas d'usine en France, tandis qu'Alstom en a une
en Allemagne. Alstom et Siemens négocient un accord sur le
maintien de l'emploi pendant quatre ans, qui protégerait les
salariés français d'Alstom. Suffira-t-il à juguler une
éventuelle levée de boucliers politique et sociale en France ?
D'ores et déjà en alerte, des syndicats ont écrit à Emmanuel
Macron la semaine dernière en lui demandant de clarifier sa
stratégie pour Alstom.
L'ÉTAT FRANÇAIS SERA-T-IL ACTIONNAIRE ?
Le groupe Bouygues BOUY.PA détient 8,3% du capital
d'Alstom et est propriétaire de 20% supplémentaires qu'il a
prêtés à l'Etat français en 2014 pour faciliter la cession à
General Electric GE.N des activités d'Alstom dans l'énergie.
L'Etat n'exercera pas son option d'achat sur ces 20% au prix
du marché, qui expirera le 17 octobre, ont dit des sources à
Reuters. Dans ce cas, Bouygues disposera de 28,3% du capital
d'Alstom et en sera le premier actionnaire, mais il verra cette
participation diluée de moitié dans le cadre d'un accord avec
Siemens.
QUE FERA BOUYGUES DE SA PARTICIPATION ?
Bouygues est entré au capital d'Alstom en 2006 lors du
sauvetage par l'Etat du spécialiste du ferroviaire. Depuis,
Alstom est devenu un actif non stratégique pour Bouygues,
conglomérat dont les activités sont centrées sur le BTP, les
télécoms et les médias. Bouygues a cependant dit à plusieurs
reprises qu'il ne sortirait pas d'Alstom à moins de 35 euros par
action (le titre Alstom se traite à un peu plus de 33 euros
actuellement). Mais il pourrait aussi conserver cet actif, du
moins dans un premier temps.
LES QUESTIONS RÉGLEMENTAIRES DE CONCURRENCE
Une fusion entre Alstom et Siemens Mobility devra avoir le
feu vert de la Commission européenne, ce qui pourrait impliquer
des cessions d'actifs pour éviter des abus de position
dominante.
Les autorités françaises ne sont pas inquiètes concernant
ces questions anti-trust, un aspect que, selon les analystes de
Barclays, le PDG d'Alstom Henri Poupart-Lafarge a cependant cité
à plusieurs reprises comme un élément de préoccupation dans le
cadre d'une consolidation européenne du secteur ferroviaire.
(Dominique Rodriguez pour le service français, édité par Marc
Joanny)