La hausse des taux va-t-elle casser la tendance haussière des actions ? information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 04/06/2026 à 08:17
La très forte hausse des taux des obligations d'Etat à 10 ans interroge sur la poursuite de la hausse des marchés d'actions.
Si la hausse des taux jusque 3% peut etre interprétée favorablement par l'éloignement du risque déflationniste, la hausse récente devient inquiétante. Elle est imputable en partie au retour du risque inflationniste, et en partie à la hausse de l'endettement public au-delà de 100% du PIB, considérée comme la limite de l'insolvabilité, ou en tous cas la montée en puissance de la réelle contrainte de l'endettement public.
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Les obligations porteuses de tels taux sont redevenues des concurrentes très sérieuses aux actions. Dès lors on peut considérer que la relation négative entre les variations de taux et les variations des cours des actions est désormais rétablie, comme le montre le graphique suivant. Il retrace l'évolution de la corrélation entre les variations du taux des obligations US et les variations du cours des actions (S&P 500), calculée sur 3 ans glissant.
Pendant près de 20 ans, de 2001 à 2020, la corrélation était positive : le cours des actions montait avec la hausse des taux, et baissait avec eux. Les variations de taux n'étaient pas motivées par des modifications d'anticipation d'inflation, puisqu'on était en risque déflationniste.
Les baisses de taux étaient associées aux décisions purement financières : la «fuite vers la qualité» incitait les investisseurs à acheter des obligations d'Etat, ce qui poussait leurs taux à la baisse, concomitamment avec la baisse des cours des actions qui étaient vendues ... A l'opposé, lorsque la confiance revenait, pour pouvoir acheter des actions, ils vendaient des obligations, ce qui faisait monter les taux.
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Aujourd'hui, comme avant 2001, le niveau atteint par les taux (proche ou supérieurs à 4,5% aux USA) a rétabli la corrélation négative entre les variations de taux et les variations des cours des actions. Nous sommes revenus dans un monde inflationniste. C'est en tous cas ce que nous disent les marchés financiers.
Cela signifie que si les taux progressent au-delà des niveaux actuels, une baisse profonde des actions pourrait s'enclencher. Une hausse significative des taux par rapport au niveau actuel serait forcément liée à une aggravation de l'inflation. Nous n'y croyons pas, pour plusieurs raisons.
La première est que manifestement, la hausse actuelle de l'inflation, qui a une origine pétrolière, est transitoire et non permanente. Comme en 2022 avec le déclenchement de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, il y a tout lieu de penser que le règlement de ce conflit amènera une stabilisation voire une baisse des cours du pétrole. Celui ci restera probablement au-delà des niveaux du début d'année, mais devrait se stabiliser entre 80 et 90 $ le baril, ce qui est optimal pour justifier les investissements dans les énergies renouvelables des pays consommateurs et poursuivre l'exploitation et la recherche pétrolière des pays producteurs.
La seconde est que l'inflation, si elle devait perdurer, induirait une perte de pouvoir d'achat qui casserait la demande finale et conduirait rapidement à une situation récessive et à des pressions baissières sur les prix. Déjà, les prévisions de croissance en Europe ont été révisées en baisse.Aux USA, la fameuse résilience de la conjoncture est mise à mal par les dernières publications de statistiques économiques.
Surtout, les gains de productivité induits par le déploiement de l'IA sont le meilleur remède contre un retour durable de l'inflation. Si quelques salariés pourront bénéficier de leurs expertises en IA pour demander des hausses de salaire, la plupart d'entre eux préfèreront rester raisonnables en la matière, pour garder leur emploi....
Au total, nous ne croyons pas en une forte hausse des taux. Ils devraient se stabiliser, et en tous cas ne pas augmenter en raison d‘une inflation qui reste profondément transitoire. Si la tendance haussière des actions est remise en cause, ce sera pour d'autres raisons.