La Fed devrait maintenir ses taux, possible dernière réunion présidée par Powell information fournie par Reuters 27/04/2026 à 15:16
La Réserve fédérale (Fed) tiendra mardi et mercredi à Washington ce qui pourrait être la dernière réunion de politique monétaire de Jerome Powell à la tête de la banque centrale américaine, dans un contexte d'incertitude marqué par la flambée des prix de l'énergie et alors que les négociations visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient sont dans l'impasse.
La fin du mandat de huit ans de Jerome Powell à la tête de la Fed, prévue pour le 15 mai, semble désormais plus probable après que la procureure de Washington Jeanine Pirro a dit vendredi que le département de la Justice allait clore son enquête le concernant, levant ainsi un obstacle à la confirmation du candidat proposé par Donald Trump pour le remplacer, Kevin Warsh.
Le FOMC - le comité de politique monétaire de la banque centrale - devrait laisser mercredi son taux d'intérêt de référence dans la fourchette actuelle de 3,50% à 3,75%.
La Fed a modifié ses taux pour la dernière fois en décembre 2025, les abaissant de 25 points de base après des réductions identiques en octobre et septembre.
La réunion et la conférence de presse de Jerome Powell qui suivra la décision de politique monétaire pourraient apporter des réponses à des questions essentielles, notamment celle de savoir si les responsables de la banque centrale envisagent une hausse des taux d'intérêt au cours de l'année en cas d'accélération de l'inflation.
Une autre question qui devrait intéresser les investisseurs est de savoir si l'actuel président continuera à siéger au conseil des gouverneurs, notamment si Kevin Warsh est confirmé à temps pour présider la réunion de politique monétaire de juin.
Le département de la Justice a abandonné vendredi une enquête pénale controversée portant sur les coûts liés à des travaux de rénovation du siège de la Fed menés sous la présidence de Jerome Powell, répondant ainsi aux demandes de l'influent sénateur républicain Thom Tillis, qui avait menacé de retarder la confirmation par le Sénat du futur président.
Jerome Powell avait également fait de la fin de l'enquête une condition nécessaire à son départ du conseil de gouverneurs de la Fed.
Cependant, l'actuel président a déclaré le mois dernier qu'il pourrait y rester et qu'il prendrait cette décision en fonction de ce qu'il jugerait le mieux pour l'institution.
Jerome Powell pourrait rester au conseil jusqu'en janvier 2028, soit la dernière année complète du mandat de Trump, ce qui constituerait un long épilogue pour celui que le locataire de la Maison blanche a vivement critiqué pour ne pas avoir procédé aux baisses de taux agressives qu'il exigeait.
Les patrons de la Fed démissionnent généralement de leur poste au sein du Conseil à l'expiration de leur mandat.
UNE SITUATION COMPLEXE
L'actuel président de la Fed sera probablement interrogé sur ses projets ainsi que sur le fond économique d'un débat politique encore assombri par la guerre au Moyen-Orient.
Lorsque la guerre a éclaté le 28 février dernier, les responsables de la banque centrale ont déclaré que son impact sur l'inflation et la croissance dépendrait de la rapidité avec laquelle elle prendrait fin et de la possibilité que les prix du pétrole reviennent à leurs niveaux d'avant le conflit, soit environ 70 dollars le baril.
Huit semaines plus tard, les bombardements ont cessé grâce à un cessez-le-feu qui semble tenir pour l'instant, mais les négociations pour une paix durable sont dans l'impasse et le détroit stratégique d'Ormuz reste fermé de facto, ce qui perturbe les chaînes d'approvisionnement mondiales et entretient les craintes inflationnistes.
Les contrats à terme sur le Brent LCOc1 , référence mondiale du pétrole, ont augmenté d'environ 50% depuis le début de la guerre, contribuant à propulser l'indice des prix à la consommation américain vers sa plus forte hausse en près de quatre ans en mars.
Même si les taux devraient rester inchangés ce mois-ci, les responsables de la banque centrale devront décider s'il convient d'envisager une hausse dans les mois à venir si l'inflation continue d'accélérer.
La perspective d'une baisse des taux s'est, pour le moins, amenuisée, les marchés obligataires tablant sur le maintien du taux directeur à son niveau actuel au moins jusqu'à mi-2027.
"Plus les prix de l'énergie resteront élevés et plus les goulets d'étranglement persisteront, plus il y aura de chances que l'inflation plus forte s'ancre dans un large éventail de biens et de services, que divers effets sur la chaîne d'approvisionnement commencent à se manifester, et que l'activité réelle et l'emploi commencent à ralentir", a déclaré la semaine dernière le gouverneur Christopher Waller, nuançant ainsi ses précédents appels en faveur d'une baisse des taux.
La Fed pourrait devoir faire face à la fois à un affaiblissement de l'emploi et à une inflation élevée, une situation "très compliquée pour un décideur", a-t-il déclaré.
Un nombre croissant de ses collègues ont souligné déjà la nécessité éventuelle de hausses de taux lors de leurs discussions lors de la réunion de la Fed de mars.
La question qui reste en suspens est de savoir si la déclaration de politique monétaire de la Fed évoluera pour reconnaître la possibilité de hausses des coûts d'emprunt comme prochaine étape, et comment Jerome Powell présentera cette discussion.
Une enquête Reuters auprès d'économistes a montré que la Fed attendra au moins six mois avant de baisser ses taux directeurs cette année, le choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient alimentant une inflation déjà élevée.
(Reportage Howard Schneider ; version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)