IA : le patron de Cohere alerte sur la dépendance technologique de l’Europe
information fournie par Boursorama avec Media Services 19/06/2026 à 12:12

Aidan Gomez, co-fondateur et président de la société Cohere, lors d'une conférence à San Francisco le 9 avril 2026. ( GETTY IMAGES NORTH AMERICA / BIG EVENT MEDIA )

Sans souveraineté, l’Europe risque de devenir "totalement insignifiante au niveau technologique", a averti Aidan Gomez (co-fondateur de Cohere)lors d’un entretien avec l’AFP.

"Vos données, votre productivité, vos industries stratégiques, votre capacité à vous défendre, tout dépendra de ce que les autres vous autoriseront à avoir", a ajouté Aidan Gomez au lendemain du G7 à Evian auquel il a assisté aux côtés d'une dizaine de responsables d'entreprises d'IA comme Sam Altman d'OpenAI et Dario Amodei d'Anthropic.

La question de la dépendance technologique aux Etats-Unis, qui agite l'Europe depuis des mois, s'est encore accentuée lorsque le gouvernement Trump a enjoint la semaine dernière Anthropic à bloquer l'accès de ses modèles les plus puissants aux ressortissants étrangers, contraignant la start-up américaine à les mettre hors ligne.

La souveraineté numérique des démocraties

"C'est comme si tout le monde s'était pris un seau d'eau froide sur la tête", a estimé Aidan Gomez qui veut positionner son entreprise comme une alternative souveraine sur les marchés européen et asiatique.

Fondée en 2019, Cohere bâtit des modèles d'IA pour les entreprises et les gouvernements, tournant le dos au grand public pour privilégier les applications concrètes dans la santé, la finance, l'énergie et la sécurité nationale.

Pour assurer une vraie souveraineté, et pas seulement une souveraineté de façade, il faut "une série de garanties techniques" pour le dirigeant.

Dans le secteur privé, il s'agit de déployer les solutions d'IA "sur des infrastructures qu'on contrôle, gérées par une entité souveraine, c'est-à-dire une entreprise nationale", détaille-t-il.

Si Cohere ne dispose pas de ses propres centres de données, elle entend s'appuyer sur des entreprises locales comme Mistral en France ou Deutsche TeleKom en Allemagne.

Concernant la couche logicielle, la conception de modèles d'IA "demande énormément de ressources, donc chaque pays ne peut pas construire les siens, c'est une réalité à laquelle nous devrons faire face", selon Aidan Gomez. "Ce dont nous avons besoin c'est d'un certain nombre de champions répartis à travers les pays démocratiques et que les démocraties collaborent pour faire émerger ces champions" , poursuit-il.

L'europe, priorité de Cohere

Son entreprise a ainsi les yeux braqués sur l'Europe, "bastion démocratique" face à l'avancée technologique de pouvoirs autocratiques, comme la Chine.

Elle a annoncé le mois dernier le rachat de la start-up allemande Aleph Alpha, créant un ensemble valorisé à quelque 20 milliards de dollars avec un double siège à Toronto et Berlin, soutenu par les deux gouvernements. Dans la foulée, la société a aussi acquis l'entreprise biomédicale Reliant AI , qui opère entre le Canada et l'Allemagne. Cohere a aussi signé en mai des partenariats avec les entreprises espagnoles Indra, spécialisée dans la défense, et Multiverse Computing, qui développe des logiciels d'IA.

Il existe "un alignement au niveau de l'histoire et des valeurs" entre l'Europe et le Canada, pour Mle aptron de Cohere dont la mère est britannique, le père espagnol, et qui réside à Londres où sa société a récemment renforcé sa présence.

L'Europe représente d'ailleurs la deuxième source de revenus la plus importante pour Cohere, après l'Amérique du Nord , a-t-il précisé. "Nous observons une adoption qui progresse très rapidement", a affirmé le dirigeant, dont l'entreprise compte 700 employés et travaille sur une prochaine levée de fonds.

Quant à l'appel à freiner le développement de l'IA face aux risques posés par cette technologie qui a émané début juin de géants américains comme OpenAI et Anthropic, Aidan Gomez n'y croit pas. "Personne ne va faire de pause, c'est une posture stupide et pas réaliste", assène-t-il. "Au contraire, le Canada et l'Europe doivent accélérer".