(Actualisé avec précisions de Delphine Batho §5 à §11)
PARIS, 10 septembre (Reuters) - Le parquet de Paris a ouvert
une enquête pour "prise illégale d'intérêt" visant le directeur
général de General Electric France GE.N , Hugh Bailey, a-t-on
appris mardi de source judiciaire, confirmant une information de
L'Obs.
Un porte-parole de GE a déclaré à Reuters que ces
accusations étaient "totalement infondées".
L'enquête, menée par l’Office central de lutte contre les
infractions financières et fiscales (OCLICCF), a été ouverte la
semaine dernière, à la suite d'un signalement de l'ancienne
ministre de l'Ecologie Delphine Batho, a précisé la source
judiciaire.
Les policiers s'intéresseraient au parcours de Hugh Bailey
au sein de l'administration française entre août 2014 et
septembre 2016, alors qu'il faisait partie du cabinet d'Emmanuel
Macron, ministre de l'Economie et des Finances à l'époque.
Contactée par Reuters, Delphine Batho explique avoir
découvert, dans le cadre de son travail, que des garanties
financières avaient été accordées à General Electric au premier
trimestre de l'année 2016 pour le fonctionnement d'une centrale
à gaz en Irak d'un coût de quelque 70 millions d'euros.
Hugh Bailey était à ce moment-là conseiller export du
ministre de l'Economie et des Finances, Emmanuel Macron,
a-t-elle ajouté.
Or, selon l'ancienne ministre, il aurait été recruté comme
chargé des relations publiques par le conglomérat américain
l'année suivante. Il n'aurait donc pas respecté le délai légal
de trois ans imposé à tout fonctionnaire qui se voit embaucher
par une entreprise avec laquelle il a conclu un contrat.
Une prise illégale d'intérêt est passible de trois ans
d'emprisonnement et d'une amende de 200.000 euros.
DES "STRATÉGIES DE DÉBAUCHAGE"
"Je l'ai signalé au parquet, on apprend aujourd'hui que le
parquet ouvre une enquête préliminaire qu'il confie aux
policiers spécialisés dans ce genre d'affaire", a confié
Delphine Batho.
"C'est normal. En fait c'est la moindre des choses, parce
que c'est grave. Et ça illustre les stratégies de débauchage de
hauts fonctionnaires, hauts conseillers de ministre, sur
lesquels on peut considérer qu'ils n'ont pas respecté l'éthique
de l'Etat", a-t-elle ajouté.
General Electric a par ailleurs annoncé au printemps dernier
la suppression de 1.000 emplois en France, principalement dans
le Territoire de Belfort, suscitant une vague d'indignation de
la part des syndicats qui estiment que GE n'a pas respecté ses
engagements envers l'Etat.
En rachetant, en 2015, le pôle énergie d'Alstom ALSO.PA
pour 9,7 milliards d'euros, le conglomérat américain s'était
engagé à maintenir les emplois en France pendant au moins trois
ans.
"Il convient de rappeler que la nomination de Monsieur Bailey
chez GE France a été autorisée par la Commission de déontologie
de la fonction publique. Il respecte par ailleurs toutes les
réserves imposées par celle-ci. Nous restons à la disposition
des autorités sur ce dossier", déclare un porte-parole de GE
dans un communiqué.
Selon l'avocat du directeur général, Me Benjamin Van Gaver,
"l’ouverture de l’enquête va permettre d’offrir à Monsieur
Bailey la possibilité d’apporter tous les éléments nécessaires
aux autorités afin de réfuter fermement les allégations portées
à son encontre".
(Caroline Pailliez avec Richard Lough et Elizabeth Pineau,
édité par Sophie Louet)