Faut-il croire les marchés à terme du pétrole ? information fournie par Le Cercle des économistes 26/05/2026 à 07:53
Les faits sont têtus. Les cours à terme du pétrole font espérer un retour rapide du baril vers les prix du début de l'année, et la moindre anticipation d'un accord entre les Américains et les Iraniens engendre sans délai une chute des prix au comptant du pétrole.
Les marchés à terme du brut reflètent un relatif optimisme des opérateurs. Alors que le prix courant (ou spot) de l'or noir fluctue encore autour des 100 dollars pour le baril de Brent, les cours à terme à l'horizon de six mois sont proches de 86 dollars.
Une telle configuration entre le spot et le terme est loin d'être étonnante. Elle correspond même au déport («backwardation») qualifié de «normal» car observé le plus souvent. Les marchés ne sont pas les seuls à prévoir un retour rapide du pétrole à des niveaux proches du début de 2026, donc à anticiper la fin sous peu du blocus dans le détroit d'Ormuz.
Le FMI a fondé ses prévisions macroéconomiques d'avril dernier en supposant un baril qui serait, en moyenne sur 2026, de 82 dollars. Une hypothèse un peu héroïque qui, vu le nombre de mois déjà écoulés au-delà de 100 dollars le baril, supposerait que les prix de l'or noir redescendent vers les 60 dollars une bonne partie du second semestre de cette année.
Des éclaireurs imparfaits
Faut-il prendre au sérieux de telles prévisions ? Ou bien reflètent-elles avant tout l'ignorance collective face à l'incertitude radicale à laquelle nous sommes confrontés ? Nous savons depuis longtemps que les cours à terme, qu'il s'agisse de pétrole, de taux de change ou d'autres classes d'actifs, ne sont pas des estimateurs sans biais des cours au comptant futurs.
Certes, les marchés à terme sont des réducteurs d'incertitude, mais ils sont malgré tout des éclaireurs imparfaits de l'avenir. Ce serait une commodité, mais aussi une erreur d'exagérer la capacité prédictive des marchés à terme. Beaucoup de facteurs sont susceptibles de creuser, dans un sens ou dans l'autre, l'écart entre le prix à terme et le prix spot futur, dont diverses primes de risque, mais ces dernières ne sont pas le seul facteur explicatif.
Puisque nous ne savons absolument pas quand s'arrêtera la guerre du Moyen-Orient, ce que pourraient décider Donald Trump, les Iraniens et les Israéliens, autant rester optimistes et, faute de prévisions fiables, s'accrocher au scénario de retour du marché pétrolier vers un certain équilibre. Le déport normal évoque, comme le fait remarquer Benjamin Louvet d'OFI Investment AM, un tel rééquilibrage : les prix spot élevés du pétrole poussent les producteurs à accroître l'offre rapidement disponible alors que les cours à terme plus modiques incitent les demandeurs à gonfler leur demande pour les prochains trimestres.
De sérieux ajustements
De l'optimisme pour qui et pour quoi ? Le déport évoqué signifie que le marché du pétrole, par les comportements induits sur les opérateurs et les ajustements de l'offre et de la demande, corrigerait la surréaction en ce moment constatée sur les prix spot.
A priori, il y aurait là une mauvaise nouvelle pour les pays producteurs de pétrole, une bonne nouvelle pour les pays européens et nombre de pays en développement structurellement importateurs. La finance, qui sous l'effet de la spéculation et des effets de levier a tendance à certains moments à «s'autonomiser», reviendrait alors en phase avec le marché du physique : c'est l'hypothèse centrale des opérateurs sur les marchés à terme pétroliers.
Le marché physique du pétrole va lui-même connaître de sérieux ajustements. Par-delà la question cardinale du détroit d'Ormuz et des conditions de sa réouverture, surgissent par exemple des interrogations sur l'avenir et l'effectivité de l'OPEP après la défection des Emirats Arabes Unis. En fait, l'optimisme pour les prix du pétrole avec ce scénario de retour vers des valeurs de 70 à 80 dollars le baril contrastant avec certains scénarios à 150/200 dollars, ne correspond pas à de l'optimisme pour l'économie mondiale.
Les marchés à terme du pétrole, tout comme le FMI, sont convaincants s'ils postulent que leur scénario de chute des prix du pétrole pour la seconde partie de 2026 découle de l'effet à la fois récessionniste et inflationniste du choc pétrolier en cours. Ce choc, en pesant lourdement sur l'activité, va fortement et pour quelques trimestres contraindre la demande d'or noir et cet effet deviendra dominant dès que le détroit d'Ormuz sera rouvert, et que l'offre sera libérée, accentuée par le déstockage des volumes actuellement accumulés faute de pouvoir être acheminés.