Air India s'engage à acquérir 250 Airbus dans le cadre d'une commande historique
information fournie par Reuters 14/02/2023 à 16:39

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      La compagnie aérienne va également acquérir 220 Boeing
    

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      A 470 appareils, il s'agit de la plus grosse commande de
l'histoire de l'aviation
    

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      Air India entend notamment concurrencer les compagnies du
Golfe
    

  
 (Ajoute Boeing, Biden)
    par Aditi Shah et Tim Hepher
       BANGALORE, Inde/PARIS, 14 février (Reuters) - 
    Air India s'est engagée mardi à acquérir 250 avions auprès
d'Airbus  AIR.PA , auxquels s'ajouteront 220 Boeing dans le
cadre d'une commande historique de 470 appareils, étape cruciale
d'une transformation en profondeur de l'ex-compagnie aérienne
publique désormais contrôlée par Tata Group.
  
        La commande à Airbus se divise entre 210 monocouloirs
A320neos et 40 bi-couloirs A350, qu'Air India utilisera "pour
des routes ultra-longues à travers le monde", a déclaré le
président du conglomérat indien, N Chandrasekaran. 
  
        Avec les 220 Boeing, confirmés par le président
américain Joe Biden qui a salué un "accord historique", il
s'agit de la plus grande commande jamais passée dans l'histoire
de l'aviation, devant les 460 Airbus et Boeing acquis par
American Airlines  AAL.O  en 2011. 
  
        La commande à Boeing, la deuxième en volume dans
l'histoire de l'avionneur américain, et la troisième en valeur,
comprend 190 737 MAX, 20 787 et 10 777X. Air India a également
posé des options pour l'achat de 50 737 MAX supplémentaires et
20 787. 
  
        Si l'on y ajoute 25 Airbus supplémentaires qu'Air India
entend louer pour répondre à ses besoins immédiats, l'accord
global approche la marque des 500 appareils, confirmant un
chiffre que Reuters avait dévoilé en décembre dernier. 
  
        Cette méga-commande illustre l'aspiration de l'Inde à
devenir l'un des premiers marchés de l'aviation commerciale,
avec une clientèle appelée à s'accroître sur son territoire et
une vaste diaspora. 
  
        Elle constitue aussi un tournant pour Air India,
rachetée il y a un peu plus d'un an par Tata Group et qui, sous
la houlette de son nouveau directeur général Campbell Wilson,
s'emploie à redorer son image en reléguant aux oubliettes celle
d'une compagnie retardataire à la flotte vieillissante. 
  
        "Nous sommes en train de connaître une transformation
massive avec la volonté de construire une compagnie aérienne de
classe mondiale", a souligné le président de Tata Group. "L'un
des points les plus importants est une flotte moderne qui soit
efficace et qui puisse opérer sur toutes les routes aériennes."
  
    COOPÉRATION FRANCO-INDIENNE
    Le président du conglomérat indien s'exprimait lors d'une
visioconférence à laquelle participaient notamment le Premier
ministre indien Narendra Modi, le président français Emmanuel
Macron et le directeur général d'Airbus Guillaume Faury. 
        "Ce contrat important montre, parallèlement à
l'approfondissement des relations entre l'Inde et la France, les
succès et les aspirations du secteur de l'aviation civile en
Inde. Aujourd'hui, l'aviation civile est une partie intégrante
de la croissance indienne", a déclaré Narendra Modi. 
  
        Selon des sources au sein de l'industrie aéronautique,
l'Inde a fait pression sur Airbus pour obtenir une ligne
d'assemblage final sur son territoire, à l'image de l'usine du
groupe européen près de Pékin dans le nord de la Chine, mais
l'avionneur a repoussé l'idée pour des raisons financières et
industrielles.
  
        La commande d'Air India devrait cependant avoir d'autres
retombées industrielles. "Cette réussite montre qu'Airbus et
tous ses partenaires français sont pleinement engagés à
développer de nouveaux domaines de coopération avec l'Inde", a
souligné Emmanuel Macron lors de la visioconférence. 
  
        N Chandrasekaran a indiqué qu'Airbus et Tata
travaillaient sur de plus gros partenariats avec notamment
l'ambition "d'introduire la fabrication d'avions commerciaux à
un moment donné dans le futur".
  
        CFM INTERNATIONAL CHOISI POUR UNE PARTIE DES MOTEURS
  
        Le montant global de cette double commande à Airbus et
Boeing, même après les remises de prix importantes attendues,
devrait s'élever à plusieurs dizaines de milliards de dollars, à
un moment où le secteur aéronautique profite d'un rebond de la
demande consécutif à la sortie de la crise du COVID-19 tout en
subissant des pressions sur les plans industriel et
environnemental. 
  
        "C'est important pour l'industrie car en raison des
récentes turbulences sur le marché chinois, le marché de
croissance alternatif, c'est l'Inde", relève Bertrand Grabowski,
expert et conseiller indépendant. 
  
        "L'Inde envoie aussi un signal politique fort pour dire
qu'elle reste attachée à l'Occident à un moment où elle est
apparue ambiguë à propos des sanctions russes", ajoute-t-il. 
  
        La commande représente également une victoire
commerciale d'importance pour le motoriste CFM International,
coentreprise entre General Electric  GE.N  et Safran  SAF.PA ,
choisi pour fabriquer les moteurs des 210 monocouloirs d'Airbus
aux dépens de son rival américain Pratt & Whitney  RTX.N . 
  
        Les moteurs des avions à fuselage large seront
construits par le britannique Rolls-Royce  RR.L . 
  
        Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a déclaré
que l'accord permettrait la création de nouveaux emplois. 
  
        "La commande permettra de soutenir plus d'un million
d'emplois américains dans 44 Etats, et beaucoup ne nécessiteront
pas un Bac +4", a déclaré quant à lui Joe Biden dans un
communiqué. 
  
        Grâce à cette commande, Air India ambitionne de jouer
dans la cour des grandes compagnies aériennes, capables de peser
auprès des avionneurs et fournisseurs sur un marché indien en
plein boom. 
  
        La compagnie aérienne va chercher aussi à mieux
rivaliser avec ses concurrentes, principalement des compagnies
du Golfe comme Emirates, sur le vaste marché que représentent
les voyages effectués par la diaspora indienne vers des
métropoles comme Delhi ou Bombay. 
  
        La commande devrait enfin permettre à Air India de se
renforcer sur les liaisons intérieures face à la compagnie à bas
coûts IndiGo, majoritaire sur ce marché.
  
 (Reportage Aditi Shah à Bangalore, Tim Hepher à Paris, avec
David Shepardson et Valerie Insinna à Washington, rédigé par
Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse, édité par Blandine
Hénault et Matthieu Protard)