POINT HEBDO-Face à l'inflation, l'heure de la fermeté pour les banques centrales information fournie par Reuters 14/09/2026 à 07:53
(Actualisé avec détails sur les prix du pétrole)
par Diana Mandia et Coralie Lamarque
Alors que la Banque centrale européenne (BCE) vient de relever ses taux pour la deuxième fois cette année, les marchés se tiennent prêts pour la suite des décisions de politique monétaire, dans un contexte de flambée des cours pétroliers, des rendements obligataires et des risques inflationnistes.
Au programme du bal des banques centrales, la Réserve fédérale américaine doit rendre sa décision de politique monétaire mercredi, suivie de la Banque d'Angleterre (BoE) jeudi, puis de la Banque du Japon (BoJ) vendredi.
Tour d'horizon des perspectives pour les marchés dans les jours à venir :
1/ DES MENACES D'INFLATION PARTOUT
Le nombre de "feux" que les banquiers centraux doivent éteindre augmente rapidement.
Le Brent LCOc1 a de nouveau franchi la barre des 100 dollars le baril pour la première fois depuis juillet, l'escalade s'intensifiant ces derniers jours au Moyen-Orient.
Le contrat de référence pour le marché avance de 2,51% à 107,27 dollars le baril lundi après que les attaques de drones ont contraint l'Arabie saoudite à fermer vendredi son important oléoduc est-ouest, qui permettait jusqu'à présent au royaume de contourner le détroit d'Ormuz, bloqué en raison de la guerre entre les États-Unis et l'Iran.
En Europe, les prix du gaz naturel ont touché la semaine dernière un pic depuis fin 2022, à plus de 80 euros par mégawattheure (MWh) alors que l'hiver approche et que les stocks de gaz sont à leur plus bas niveau pour cette période de l'année depuis 15 ans.
Les vagues de chaleur sans précédent de cet été ont ravagé les cultures et les pâturages dans de nombreuses régions, ce qui fait également peser la menace d'une inflation des prix des denrées alimentaires.
Parallèlement, le cuivre, indispensable à tout, des réseaux électriques au matériel d'intelligence artificielle (IA), a atteint des sommets historiques proches de 15.000 dollars la tonne.
2/ LA FED CHANGE DE CAMP
La Réserve fédérale américaine (Fed) sera mercredi sous les feux de la rampe, les marchés se questionnant si la banque centrale américaine optera finalement pour un relèvement des taux afin de d'endiguer l'inflation.
À la différence de la BCE, dont le relèvement des taux était largement anticipé par les marchés, les prévisions concernant la décision de la Fed ont éte moins catégoriques à quelques jours seulement de la réunion, en attendant des données macroéconomiques clés sur l'évolution des prix.
Les chiffres sur les prix à la production, publiés jeudi, et les prix à la consommation, vendredi, ont toutefois consolidé les paris en faveur d'une hausse par la banque centrale américaine, qui a maintenu ses taux inchangés depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
D'après les données LSEG, les marchés anticipent à environ 86% la probabilité d'une hausse des taux.
L'évolution des taux au cours des prochains mois fera également l'objet de nombreuses interrogations.
"Si la Fed présente cette hausse comme une mesure de précaution face à un regain d'inflation, plutôt que comme le début d'un cycle prolongé de hausses de taux, les marchés pourraient l'interpréter comme une 'hausse accommodante'", dit Bret Kenwell, analyste des marchés américains pour etoro.
"Cela pourrait limiter les pressions haussières supplémentaires sur les rendements des bons du Trésor américain à long terme, même si les rendements à court terme restent élevés", ajoute-t-il.
3/ LA BOJ, ATTENTIVE AU YEN
Les marchés s'attendent à ce que la Banque du Japon (BoJ) annonce vendredi une hausse des taux, à 1,25 %, un niveau qui n'a pas été atteint depuis plus de trois décennies.
Selon les données LSEG, les marchés parient sur une probabilité à 75% pour une hausse des taux, contre 25% pour un maintien.
La grande question est de savoir ce qui va se passer ensuite, alors que le marché se tient attentif à l'évolution du yen.
Soutenir la devise est devenu un objectif de facto de la banque centrale nippone, la monnaie nationale ayant atteint en juillet son plus bas niveau depuis quatre décennies.
Un rebond récent a toutefois atténué cette pression, même si les investisseurs restent sensibles à toute nouvelle liquidation des opérations de "carry trade" financées en yens, qui ont ébranlé les marchés bien au-delà des frontières japonaises.
Lors d'une rencontre ce mois-ci avec le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda, en marge d'une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20, le secrétaire du Trésor américain Scott Bessent avait exprimé son ferme soutien à des mesures monétaires "décisives" pour lutter contre la faiblesse de la monnaie japonaise.
4/ LA BOE DEVRAIT PATIENTER
La Banque d'Angleterre (BoE) devrait maintenir jeudi ses taux, bien que la croissance économique solide accroît la possibilité d'une hausse d'ici la fin de l'année.
Le gouverneur Andrew Bailey a déclaré mardi qu'il souhaitait dissiper l'idée selon laquelle une hausse des taux par la banque centrale n'était qu'une question de temps, plutôt qu'une éventualité dépendant de l'évolution de la situation économique et géopolitique.
L'économie britannique a enregistré en juillet sa plus forte croissance annuelle depuis 18 mois, soutenue par l'essor de l'IA selon les chiffres officiels publiés vendredi, ce qui pourrait inciter certains responsables de la BoE à envisager plus volontiers une hausse des taux avant la fin de l'année.
"Ces chiffres contribueront dans une certaine mesure à rassurer les responsables de la BoE sur le fait que le niveau actuel des taux ne freine pas de manière significative la croissance, ce qui laisse entendre que les taux pourraient être relevés sans causer de dommages économiques excessifs", estime Felix Feather, économiste chez Aberdeen.
Selon les données LSEG, les marchés anticipent vendredi à 69% un maintien des taux, tandis que 31% misent sur une hausse.
Des commentateurs craignent toutefois qu'un statu quo de la part de Londres, face à un relèvement des autres grandes banques centrales, contribue à un affaiblissement de la livre sterling.
(Rédigé par Diana Mandia et Coralie Lamarque, édité par Benoit Van Overstraeten)