Les données de santé françaises vont quitter les serveurs de Microsoft pour le cloud souverain Scaleway information fournie par Boursorama avec Media Services 23/04/2026 à 10:06
L'annonce intervient en plein débat sur la dépendance accrue des pays du bloc européen aux technologies américaines.
La nouvelle mine des données de santé françaises ne dépendra finalement pas d'un géant américain. Près de sept ans après son lancement officiel, le grand entrepôt français de données de santé pour la recherche va migrer des serveurs de Microsoft vers Scaleway, filiale de services cloud du groupe français Iliad, selon une annonce faite jeudi 23 avril.
Baptisée "Health Data Hub", la plateforme a remplacé l'Institut des données de santé, et héberge le Système nationale des données de santé. Créée en 2019, celle-ci doit accueillir notamment une copie de l'ensemble des données de santé des Français (SNDS) détenues par l'Assurance maladie , pour devenir une sorte de mine numérique pour les scientifiques à la recherche de données exhaustives et sur des longues périodes. Mais le choix fait par l’État du géant américain Microsoft pour l'héberger, via son service Microsoft Azure, empoisonne depuis le début le projet et a empêché son décollage réel.
Face aux risques d'intrusion des autorités américaines dans les données, la Cnil, gardienne des libertés numériques, n'avait en effet jamais donné son accord pour un transfert global de toutes les données de l'Assurance maladie vers la plateforme.
Extraterritorialité du droit américain et dépendance aux géants de la tech
"La migration vers un cloud souverain marque une étape importante" pour la Plateforme de données de santé et devrait "accélérer la mise à disposition des données de santé aux acteurs de la recherche et de l'innovation", a indiqué le groupement d'intérêt public dans un communiqué. Le gouvernement avait annoncé début février son intention de retirer d'ici la fin de l'année l'hébergement de cette plateforme particulièrement sensible à Microsoft, face à une pression croissante à s'affranchir des géants américains de la tech.
Les lois américaines permettent en effet à l'administration du pays d'exiger des acteurs américains du cloud les données qu'ils détiennent, n'importe où dans le monde. Les dépendances au cloud américain de nombreux pays d'Europe ont par ailleurs été mises en lumière par une étude récente, indiquant que plus des trois quarts des pays européens ont recours à des services de cloud américains pour des fonctions essentielles à leur sécurité nationale.
Le fournisseur de cloud Scaleway avait annoncé en janvier 2025 avoir entamé les démarches pour obtenir la qualification SecNumCloud, label délivré par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes informatiques (ANSSI) qui garantit la sécurité de l'hébergement face à toute ingérence extra-communautaire sur les données, et exclut de fait les géants américains.
"Cette migration s'inscrit dans une démarche engagée de longue date pour maintenir un haut niveau de sécurité et de confiance à l’ensemble des utilisateurs de la plateforme", a souligné dans le communiqué Hela Ghariani, directrice de la plateforme. Ce transfert "marque une étape importante pour accélérer l’usage des données du SNDS et plus largement de tous les projets de recherche et d'innovation qui s’appuient sur des données de santé, en France et en Europe", a t-elle encore indiqué. Ce nouvel hébergement permettra à la Plateforme de données de santé de gérer en autonomie une copie de la base principale du SNDS entre la fin de l’année 2026 et le début de l’année 2027, précise le communiqué.