Avion de combat européen SCAF : l'Allemagne n'a "pas besoin" du même avion que la France, déclare Friedrich Merz, consommant un peu plus le divorce entre Paris et Berlin information fournie par Boursorama avec Media Services 18/02/2026 à 11:49
La France et l'Allemagne sont "en désaccord sur les spécifications et les profils" de l'avion de combat que les deux pays sont censés développer ensemble.
C'est un constat que les observateurs ont fait il y a longtemps. Paris et Berlin n'ont pas les mêmes besoins quand il s'agit des avions de combat. La France, puissance navale et nucléaire exige un vecteur nucléaire déployable sur porte-avion. L'Allemagne, elle, veut un appareil pour défendre son territoire et qui peut rester longtemps dans les airs. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a officialisé mercredi 18 février la divergence, et affirmé que son pays n'avait pas besoin du même avion que la France. Il signale ainsi que Berlin pourrait bien abandonner le programme Système de combat aérien du futur (Scaf).
Ses propos interviennent alors que la liste des différends franco-allemands est croissante, Berlin reprochant à la France des efforts "insuffisants" en matière de dépenses de défense ou encore d'avoir voulu bloquer un accord commercial avec des pays sud-américains.
"Les Français ont besoin, dans la prochaine génération d'avions de combat, d'un avion capable de transporter des armes nucléaires et d'opérer à partir d'un porte-avions. Ce n'est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l'armée allemande", a dit le chancelier dans le podcast allemand Machtwechsel. Il a relevé que la France et l'Allemagne sont donc "en désaccord sur les spécifications et les profils" de l'avion de combat que les deux pays sont censés développer ensemble.
"La question qui se pose maintenant est la suivante : avons-nous la force et la volonté de construire deux avions pour ces deux profils d'exigences différents , ou seulement un seul ?", a-t-il demandé, avant de noter que la France n'en veut "qu'un seul" répondant à ses exigences.
"D'autres en Europe" sont prêts à travailler avec Berlin
Pour le chancelier, si ce problème n'est pas résolu "nous ne pourrons pas poursuivre le projet", assurant qu'il y avait "d'autres (pays) en Europe", prêts à travailler avec Berlin.
Emmanuel Macron "reste engagé pour le succès du SCAF", le projet d'avion de combat franco-allemand, a répondu l'Élysée.
"Les besoins militaires des trois États participants n'ont pas changé, qui incluaient d'emblée la dissuasion française comme les autres missions de l'avion du futur", estime la présidence française en réponse aux arguments du chancelier allemand. "Au vu des enjeux stratégiques pour notre Europe, il serait incompréhensible que des divergences industrielles ne puissent être surmontées alors même que nous devons collectivement montrer unité et performance dans tous les domaines intéressant son industrie, sa technologie et sa défense", a-t-elle ajouté.
Lancé en 2017 par le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".
L'Allemagne avait promis de décider de l'avenir de sa participation au projet avant la fin 2025, mais n'a cessé de la reporter depuis, Paris insistant sur la viabilité du projet.
Le programme est également miné par les tensions entre industriels car le français Dassault, désigné comme maître d'œuvre, réclame plus d'autonomie pour sa fabrication , ce qui irrite l'Allemagne et l'Espagne, représentées par Airbus.
Berlin devrait développer son propre avion de combat en s'alliant à des partenaires, estimaient ainsi la semaine dernières le vice-président du puissant syndicat de la métallurgie IG Metall, Jürgen Kerner, et la présidente de la Fédération allemande des industries aéronautiques, Marie-Christine von Hahn.
Le SCAF vise à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d'ici à 2040, dans un contexte de réarmement européen face aux tensions accrues avec la Russie.
L'Allemagne, qui a lancé un gigantesque plan d'investissement pour disposer de la première armée conventionnelle d'Europe, reproche à la France de ne pas en faire assez pour accroître ses dépenses militaires en réduisant les sociales.