Succession : un certificat médical établi post-décès peut-il annuler un testament pour insanité d’esprit ?
information fournie par Mingzi 02/04/2026 à 13:48

Peut-on annuler un testament en s'appuyant sur des certificats médicaux établis après la mort du testateur ? C'est la question au cœur d'un litige opposant un fils à la ville de Narbonne, désignée légataire par son père en 2011.

À la mort de son père en mars 2013, un homme découvre qu'il ne récupérera pas l'intégralité de la succession. Le défunt avait, deux ans avant de mourir, rédigé un testament authentique — c'est-à-dire établi devant notaire — léguant une partie de ses biens à la ville de Narbonne. Une générosité que le fils refuse d'accepter, convaincu que son père n'était plus en état de prendre une telle décision.

Qu'est-ce que l' « insanité d'esprit » ?

Pour contester un testament, la loi permet d'invoquer ce que les juristes appellent l' « insanité d'esprit ». Le principe est simple : pour faire un don ou rédiger un testament, il faut être sain d'esprit au moment de l'acte. Si ce n'est pas le cas, le testament peut être annulé. C'est au plaignant — ici le fils — de le prouver.

Le problème des preuves tardives

Pour appuyer sa demande, le fils produit notamment des certificats médicaux établis en 2018 par deux médecins, soit sept ans après la signature du testament de 2011. Il soumet également une note rédigée en 2015, deux ans après le décès. La cour d'appel de Montpellier, saisie de l'affaire, balaie ces documents d'un revers de main : ils sont trop tardifs, dit-elle, pour démontrer l'état mental du testateur au moment où il a signé.

La Cour de cassation tranche différemment

C'est là que la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français, intervient et casse l'arrêt de la cour d'appel. Dans sa décision du 4 février 2026, elle rappelle un principe fondamental : la preuve de l'insanité d'esprit peut être rapportée par tout moyen, y compris des documents établis après la date de l'acte contesté.

En clair, un médecin qui examine le dossier d'un patient en 2018 peut parfaitement rendre compte, à partir des éléments dont il dispose — antécédents, dossier médical, symptômes rétrospectifs — de l'état mental de cette personne en 2011. Les juges d'appel auraient dû examiner si ces certificats permettaient ou non de remonter jusqu'à l'état du testateur au moment précis de la signature, au lieu de les écarter sans autre forme d'analyse.

Concrètement, que se passe-t-il ?

La Cour de cassation ne tranche pas elle-même le fond du litige : elle ne dit pas si le père était ou non sain d'esprit en 2011. Elle renvoie l'affaire devant une nouvelle cour d'appel, celle de Nîmes, qui devra réexaminer l'ensemble des preuves — y compris les certificats médicaux — en appliquant correctement la loi.

Source : Cour de cassation - 4 février 2026 - Pourvoi n° 24-18.451