France-Lecornu résiste à nouveau à la censure sur le budget, qui part au Sénat
information fournie par Reuters 27/01/2026 à 19:35

(Actualisé avec échec des motions de censure et citations)

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a de nouveau résisté à deux motions de censure mardi après avoir eu recours à l'article 49.3 de la Constitution pour la partie "dépenses" du projet de loi de finances (PLF) pour 2026.

Le PLF va désormais être transmis au Sénat avant de revenir à l'Assemblée nationale, où le gouvernement engagera à nouveau sa responsabilité, cette fois sur l'ensemble du texte.

Sébastien Lecornu était confronté mardi à deux motions de censure, la première déposée par La France insoumise (LFI) associée aux écologistes et aux communistes - qui a recueilli 267 voix - et la seconde défendue par le Rassemblement national (RN)- approuvée par 140 députés. L'une ou l'autre devait obtenir au minimum 289 voix pour renverser le gouvernement.

Confronté à une impasse dans les discussions, le chef du gouvernement s'était résolu la semaine dernière à recourir à l'article 49.3 de la Constitution, qui permet de faire adopter un texte sans vote des députés, en dépit de sa promesse initiale de laisser ces derniers se prononcer jusqu'au bout du processus d'élaboration du budget.

Il avait déjà surmonté deux premières motions de censure vendredi après avoir déclenché le 49.3 pour la partie "recettes" du PLF.

Les deux nouvelles motions de censure de mardi - liées à la partie "dépenses" - avaient elles aussi peu de chances d'aboutir, les députés du Parti socialiste (PS) et ceux de la Droite Républicaine (DR) ayant décidé de ne pas les approuver.

Le retour du PLF au Palais Bourbon devrait intervenir vendredi, avant un nouveau recours au 49.3 portant sur l'ensemble du texte et l'examen d'éventuelles motions de censure consécutives à celui-ci.

L'examen du projet de budget devrait ainsi s'achever autour du mardi 3 février, selon le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous. Si les ultimes motions de censure échouent, le texte sera définitivement adopté après plus de quatre mois de joutes parlementaires.

"BOURBIER INSTITUTIONNEL"

A la tribune de l'Assemblée nationale, la députée du groupe Ecologiste et Social Christine Arrighi a défendu mardi après-midi la motion de censure déposée par la gauche, dénonçant la "logique de passage en force assumée" du gouvernement.

"Ce n'est plus un débat budgétaire normal, c'est une mise en scène où le Parlement et les citoyens qu'il représente sont tenus à distance", a-t-elle dit.

"Voter cette motion de censure, ce n'est (...) pas jouer un jeu politique, c'est refuser un système où nous perdons tous : le Parlement, les élus locaux et surtout les citoyens, enfermés dans un bourbier institutionnel qui les éloigne durablement de ce qu'est véritablement la démocratie."

Le député RN Jean-Philippe Tanguy, présentant la motion déposée par l'extrême droite, a quant à lui dénoncé auprès des députés un "déni de la faillite budgétaire" dont l'exécutif se rendrait selon lui coupable.

"Les Français savent que ce budget ne baisse pas les impôts (...) les Français savent que ce budget ne contrôle pas les dépenses (...), les Français savent que ce budget n'arrête pas l'emballement fou de la dette qui augmente (...)", a-t-il dit.

"Toutes vos manœuvres, Monsieur le Premier ministre, toutes vos compromissions, n'ont évidemment qu'un seul but totalement étranger à l'intérêt national : éviter de retourner devant les Français, pour vous sauver vous et surtout pour sauver Emmanuel Macron. Du point de vue démocratique, c'est évidemment une trahison. Du point de vue républicain, c'est évidemment une forfaiture."

En réponse aux deux motions de censure, Sébastien Lecornu a fustigé mardi une stratégie consistant "à ne jamais décider, à ne pas vouloir travailler à un compromis pour pouvoir toujours accuser", ajoutant que les débats n'avaient pas permis l'émergence "d'alternative crédible".

"Celles et ceux qui refusent ce budget refusent en réalité de dire où ils feraient réellement des économies. Ils parlent d'un autre budget, mais sans jamais dire lequel ; ils parlent de justice, mais sans jamais expliquer comment ils financeraient leurs promesses ; ils parlent de sérieux, mais votent systématiquement contre toute mesure qui l'incarne."

(Rédigé par Blandine Hénault, Bertrand Boucey et Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)