France-Cinq questions auxquelles le prochain ministre des Finances devra répondre
information fournie par Reuters 17/09/2024 à 15:54

Dès sa nomination, le nouveau ministre français des Finances va devoir présenter rapidement un projet de budget pour 2025, un exercice à hauts risques dont pourrait dépendre la survie du gouvernement de Michel Barnier.

Quel que soit l'élu, le successeur de Bruno Le Maire devra trouver les moyens de combler un trou béant dans les finances publiques, présenter un projet de budget cohérent avant le 9 octobre et le faire adopter par un Parlement profondément divisé alors que plane la menace d'une motion de censure de la gauche comme de l'extrême droite.

Voici cinq questions auxquelles le nouveau ministre des Finances va devoir rapidement trouver une réponse :

AUGMENTER LES IMPÔTS OU RÉDUIRE LES DÉPENSES ?

Sous l'effet de recettes fiscales plus faibles que prévu et de la hausse des dépenses des collectivités territoriales, le déficit budgétaire pourrait atteindre 5,6% du PIB cette année, au lieu des 5,1% espérés, et 6,2% en 2025 si rien n'est fait pour enrayer cette tendance, selon les dernières estimations fournies par Bruno Le Maire.

Le nouveau gouvernement va donc devoir faire des arbitrages difficiles entre hausse des impôts et baisse de dépenses, au risque de se mettre à dos les partis d'opposition.

Issu de la droite, Michel Barnier est a priori plus enclin à baisser les dépenser publiques, même si une cure d'austérité pourrait porter un coup fatal à la croissance de l'économie française, et par ricochet de la zone euro.

L'ancien commissaire européen a cependant déclaré que la France avait besoin de davantage de "justice fiscale", des propos qui laissent la porte ouverte à des hausses d'impôts ciblées, grand tabou des gouvernements successifs du président Emmanuel Macron.

Plusieurs médias, dont Le Parisien et BFMTV, ont rapporté mardi en citant des interlocuteurs du Premier ministre, dont le ministre de l'Intérieur sortant, Gérald Darmanin, que Michel Barnier leur avait dit qu'il allait "devoir augmenter les impôts", même à contrecoeur.

OÙ FAIRE DES ÉCONOMIES ?

Selon une note du Trésor public, si rien n'est fait d'ici là, le prochain gouvernement devra économiser 30 milliards d'euros cette année et autant en 2025 pour tenir ses objectifs de réduction du déficit public, bien qu'ils paraissent de plus en plus difficiles à atteindre.

Un récent audit des dépenses du ministère des Finances a permis d'identifier plus de 12 milliards d'euros d'économies possibles sur les subventions et allègements fiscaux accordés aux entreprises, les équipements médicaux, les soins de longue durée, l'absentéisme dans le secteur public ainsi que les programmes de formation et d'apprentissage.

Des mesures telles que le non-alignement des retraites ou des salaires des fonctionnaires sur l'inflation pourraient permettre de réaliser davantage d'économies, mais de telles mesures provoqueraient à coup sûr une levée de boucliers de l'opposition au Parlement.

QUELS IMPÔTS POURRAIENT ÊTRE AUGMENTÉS ?

Si des hausses d'impôts sont prévues dans le budget 2025, le gouvernement pourrait reprendre à son compte une proposition de Bruno Le Maire visant à augmenter les prélèvements spéciaux sur les entreprises du secteur énergétique et les rachats d'actions par les entreprises.

Des recettes fiscales supplémentaires pourraient également être trouvées en réduisant les avantages fiscaux accordés aux locations à court terme sur des plateformes comme AirBnB, ainsi qu'aux dépenses de recherche et développement des entreprises.

Voulu par la gauche, le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF), supprimé par Emmanuel Macron, trouve également des partisans chez Les Républicains (LR), le parti de Michel Barnier, selon Le Parisien.

FAUT-IL MAINTENIR LES OBJECTIFS DE RÉDUCTION DU DÉFICIT ?

En fin de compte, il est possible qu'aucune combinaison de réduction des dépenses et d'augmentation des impôts ne puisse trouver grâce aux yeux des partis d'opposition lors de l'examen du projet de loi de finances par le Parlement.

Le ministre des Finances n'aurait alors d'autre choix que de revenir sur l'objectif du gouvernement sortant de réduire le déficit budgétaire à 3% du PIB d'ici à 2027, pour le mettre en conformité avec les traités européens.

Si la Commission européenne et les autres pays de la zone euro accordent davantage de temps au gouvernement français pour parvenir à cet objectif, celui-ci pourrait avoir la main plus légère sur les hausses d'impôts et la baisse des dépenses, ce qui pèserait moins sur l'économie.

COMMENT CONVAINCRE BRUXELLES ET LES AUTRES PAYS EUROPÉENS ?

Si la France obtient un délai supplémentaire pour réduire son déficit, le nouveau ministre des Finances devra négocier de nouveaux objectifs avec Bruxelles et obtenir le soutien des autres pays de la zone euro, notamment de l'Allemagne.

Les partenaires européens de la France risquent cependant de rechigner à lui accorder un délai supplémentaire si Paris ne s'engage pas dans le même temps à mettre en oeuvre des réformes susceptibles de soutenir la croissance.

Mais même cela pourrait ne pas suffire compte tenu du passif de la France en matière de réduction du déficit public et de l'extrême incertitude politique qui pèsera sur le gouvernement Barnier.

(Rédigé par Leigh Thomas, version française Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault)