Fiscalité : pourquoi la France prélève encore plus que ses voisins européens information fournie par Mingzi 28/04/2026 à 09:05
Malgré plusieurs années de baisses d'impôts, la France reste l'un des pays d'Europe où les prélèvements obligatoires pèsent le plus lourd. Selon les données de la Commission européenne reprises par FIPECO, ce sont surtout le travail et le capital qui expliquent l'écart avec nos voisins.
Une France toujours en haut du classement
En 2024, les prélèvements obligatoires représentent 43,5 % du PIB en France, selon les données de la Commission européenne reprises par FIPECO. C'est moins qu'en 2016, où ce taux atteignait 45,7 %, mais cela reste nettement supérieur à la moyenne de l'Union européenne, qui s'établit à 39,4 % du PIB, ainsi qu'à celle de la zone euro, à 39,8 %, et à l'Allemagne, à 39,6 %.
La France demeure ainsi au deuxième rang européen, derrière le Danemark. Autrement dit, même après une baisse de 2,2 points de PIB en huit ans, elle conserve une fiscalité globalement plus élevée que la plupart de ses voisins.
Trois grandes familles d'impôts
Pour comprendre ce niveau élevé, il faut regarder non seulement combien l'État prélève, mais aussi sur quoi il prélève. Les économistes distinguent généralement trois grandes « assiettes » : le travail, le capital et la consommation.
Les prélèvements sur le travail comprennent notamment les cotisations sociales et une partie de l'impôt sur le revenu. Ceux sur le capital concernent les revenus financiers, l'immobilier, les transmissions ou encore la détention de patrimoine. Enfin, les prélèvements sur la consommation regroupent principalement la TVA et certaines taxes, par exemple sur l'énergie.
Le travail reste fortement taxé
En France, les prélèvements sur le travail représentent 22,4 % du PIB en 2024. C'est moins qu'en 2016, où ils atteignaient 24 %, mais cela reste au-dessus de la moyenne de l'Union européenne, à 20,3 % du PIB. La France est passée du deuxième au cinquième rang de l'Union européenne sur ce critère.
À lire aussi | Pression fiscale sur les salaires : la France sur le podium des pays de l'OCDE
Un point distingue particulièrement le modèle français : le poids des prélèvements à la charge des employeurs. Ils atteignent 12 % du PIB, contre 8 % en moyenne dans l'Union européenne, ce qui place encore la France au premier rang européen. Malgré les allègements de cotisations patronales et la transformation du CICE, le coût fiscal et social du travail pour les entreprises demeure donc élevé.
Le capital : un niveau élevé malgré les réformes
Autre enseignement important : les prélèvements sur le capital n'ont pas baissé en proportion du PIB entre 2016 et 2024. Ils restent stables à 10,3 % du PIB, malgré des réformes souvent présentées comme favorables au capital, comme la suppression de l'ISF remplacé par l'IFI, la baisse de l'impôt sur les sociétés ou la création du prélèvement forfaitaire unique.
La France se situe ainsi au quatrième rang européen pour les prélèvements sur le capital, loin devant l'Allemagne. Elle reste également au-dessus de la moyenne de l'Union européenne, fixée à 8,5 % du PIB. Elle se distingue surtout par les impôts portant sur le stock de capital : taxes foncières, impôt sur la fortune immobilière, droits de mutation ou droits de succession. Ces prélèvements atteignent 3,7 % du PIB en France, contre 2,1 % dans l'Union européenne.
La consommation, une fiscalité moins exceptionnelle
Contrairement à une idée répandue, les taxes sur la consommation ne sont pas ce qui explique principalement l'écart français. Elles représentent 10,8 % du PIB en 2024, un niveau proche de la moyenne de l'Union européenne, à 10,6 % du PIB. La TVA française, à 7,1 % du PIB, est exactement au niveau de la moyenne de l'Union européenne, également à 7,1 %.
La France est même relativement moins dépendante de cette fiscalité que d'autres pays européens. Les prélèvements sur la consommation représentent 24,8 % du total des prélèvements obligatoires en France, contre 26,9 % en moyenne dans l'Union européenne.
Un choix de modèle social
Ces chiffres racontent finalement une histoire simple : la France a réduit ses impôts depuis 2016, mais elle reste un pays à forte redistribution et à haut niveau de financement public. Son originalité ne tient pas tant à la TVA qu'au poids des prélèvements sur le travail et sur le capital.