En quoi consiste le "Manchesterisme", la vision d'Andy Burnham pour le Royaume-Uni ? information fournie par Reuters 22/06/2026 à 13:37
par Andy Bruce et Sarah Young
L'annonce de la démission de Keir Starmer de son poste de Premier ministre laisse la voie libre à Andy Burnham pour prendre les rênes du Royaume-Uni et tenter d'appliquer à l'échelle du pays sa vision du "Manchesterisme" qui a fait sa popularité.
Âgé de 56 ans, Andy Burnham a été confortablement élu député ce week-end lors d'une élection législative partielle, signant son retour à Westminster après avoir été pendant une décennie le maire du Grand Manchester.
L'élu travailliste entend s'inspirer des recettes qui ont permis à Manchester de bénéficier d'un fort essor économique pour redynamiser la croissance du Royaume-Uni, plombée par le Brexit, et redresser ses finances publiques.
Voici ce que l'on sait du modèle économique promu par Andy Burnham, qu'il qualifie lui-même de "socialisme favorable aux entreprises", et de ses grands projets politiques.
DÉCENTRALISATION
C'est sur la question de la décentralisation que la vision d'Andy Burnham est la plus claire : accélérer le transfert des pouvoirs loin du centre financier de Londres, qui les a peu à peu phagocytés au cours des dernières décennies.
Si certains pouvoirs ont été transférés au cours des 30 dernières années vers les parlements écossais et gallois ou vers les maires des villes-régions, très peu a été fait en matière de leviers économiques, tels que le contrôle des dépenses d'infrastructure ou de la fiscalité.
La Grande-Bretagne reste ainsi l'un des pays les plus centralisés sur le plan financier parmi les pays développés, selon les données de l'OCDE. Les économistes estiment que cela a creusé les inégalités entre Londres et le reste du pays.
Andy Burnham s'est engagé à remodeler l'architecture financière du pays en donnant aux collectivités un contrôle direct sur les éléments qui façonnent la vie quotidienne : le logement, les services publics, les transports et l'éducation.
Il cite en exemple le "Bee Network" intégré de Manchester – un système qui a incité les habitants à réadopter les transports en commun – comme un exemple concret du "Manchesterisme" qu'il entend mettre à l'oeuvre.
FISCALITÉ ET DÉPENSES
Andy Burnham n'a pas encore détaillé comment il compte s'y prendre pour trouver un équilibre entre les impôts, les dépenses publiques et l'endettement du pays. Mais il s'est employé pendant sa campagne législative à se montrer rassurant sur le plan budgétaire.
En septembre dernier, le maire du Grand Manchester avait semé le trouble en déclarant que la Grande-Bretagne devait "dépasser cette situation où elle est à la merci des marchés obligataires".
Il a dit par la suite avoir été mal compris, expliquant avoir simplement avoir déploré que le "cercle vicieux de la faible croissance économique" pénalise les investisseurs.
Andy Burnham estime que des années de privatisations et de déréglementation ont non seulement privé le gouvernement du contrôle de ses dépenses et de ses services, mais l'ont également rendu inefficace.
Il cite en exemple la pénurie chronique de logements sociaux abordables, qui oblige l'État à verser d'importantes allocations aux personnes susceptibles d'en bénéficier, lesquelles profitent aux bailleurs privés.
Andy Burnham s'est engagé à respecter les règles budgétaires existantes – qui prévoient notamment un équilibre entre les dépenses courantes et les recettes d'ici 2029/2030 – et à honorer la promesse faite par le Parti travailliste dans son programme électoral de 2024 de ne pas augmenter les impôts des travailleurs.
Cet engagement exclut toute augmentation des impôts qui génèrent la majeure partie des recettes publiques : l'impôt sur le revenu, les cotisations sociales des salariés et la taxe sur la valeur ajoutée.
Il a dans le même temps promis de ne pas remettre en cause le "triple verrou", une politique très coûteuse pour les finances publiques consistant à augmenter chaque année le montant des pensions de retraite d'Etat d'au moins 2,5%, ou davantage si l'inflation ou la croissance moyenne des salaires est plus élevée.
Sur la question des services publics, Andy Burnham a promis un contrôle accru de l'Etat sans pour autant s'engager à les renationaliser complètement, une promesse jugée ambiguë par ses adversaires.
"Sa crédibilité en matière économique au niveau national n'a pas encore été mise à l'épreuve (...) On ne sait pas encore si son approche régionale peut être transposée efficacement à l'échelle nationale", pointe Kallum Pickering, économiste en chef de la banque d'investissement Peel Hunt.
IMMIGRATION
Andy Burnham soutient certaines des mesures d'immigration plus strictes mises en place ces derniers mois par la ministre de l'Intérieur, Shabana Mahmood, qui visent à limiter tant l'immigration légale que clandestine.
Le probable futur Premier ministre a déclaré qu'il envisagerait de durcir les mesures visant à dissuader les migrants de traverser la Manche depuis la France à bord de petites embarcations, tout en soulignant que les réfugiés doivent bénéficier de voies d'accès légales et sûres vers la Grande-Bretagne.
Il a par ailleurs estimé que les personnes déjà présentes sur le territoire britannique et "laissées dans l'incertitude" par la lenteur du système d'immigration devaient pouvoir travailler, ce qui pourrait se traduire par un assouplissement de certaines mesures récemment adoptées.
SANTÉ ET POLITIQUE SOCIALE
Andy Burnham, qui a occupé le poste de ministre de la Santé de 2009 à 2010 dans le gouvernement de Gordon Brown, a déclaré qu'il s'efforcerait de réformer le secteur des services sociaux britanniques afin d'alléger la pression qui pèse sur le Service national de santé (NHS).
Les gouvernements successifs ont eu du mal à réformer l'aide sociale, alors que le coût de la prise en charge des personnes âgées en maison de retraite ne cesse de grimper.
Dans une interview accordée au journal The Guardian, le maire du Grand Manchester s'est dit prêt à regarder dans quelle mesure une réforme des droits de succession pourrait contribuer à financer une réforme des services sociaux.
RELATIONS AVEC L'UNION EUROPÉENNE
Andy Burnham avait fait campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne lors du référendum sur le Brexit en 2016. Deux ans plus tard, alors que Londres négociait péniblement avec Bruxelles les conditions de sa sortie de l'UE, il s'était dit favorable à la tenue d'un second référendum.
L'année dernière, le dirigeant travailliste a dit espérer qu'il verrait la Grande-Bretagne réintégrer l'UE de son vivant, mais il a déclaré pendant sa récente campagne législative que ce sujet inflammable n'était pas une priorité.
"Je ne propose pas que le Royaume-Uni envisage de réintégrer l'UE", a-t-il déclaré, évitant pour le moment une confrontation frontale avec le parti Reform UK de Nigel Farage, grand artisan du Brexit, qui fait la course en tête dans certains sondages d'intention de vote. "Je respecte la décision qui a été prise lors du référendum", a-t-il ajouté.
(Rédigé par Kevin Liffey ; version française Tangi Salaün, édité par Benoit Van Overstraeten)