En pleine fébrilité budgétaire, Lecornu consent des gestes pour les entreprises
information fournie par Reuters 09/09/2026 à 15:48

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu prononce un discours lors d'une intervention télévisée préenregistrée à l'Hôtel de Matignon, à Paris

Le Premier ministre, confronté à de complexes arbitrages pour le projet de loi de ‌finances de 2027 dans un climat de tension, s'engage mercredi dans une lettre aux entrepreneurs à baisser la contribution exceptionnelle à l'impôt des grandes entreprises.

Sébastien Lecornu qui, fait inédit, a saisi ​lundi la justice pour des "fuites" dans la presse sur les réflexions en cours, souligne dans cette lettre diffusée sur X que le texte sur le budget de l'Etat - avec celui du financement de la Sécurité sociale - prochainement soumis au Parlement reposera sur "la stabilité fiscale" et répète qu'"il n'y aura pas d'impôt nouveau".

Mais il n'exclut pas "d'examiner l'efficacité de certaines niches fiscales ou sociales".

Dans cet ​esprit, il annonce que la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, surtaxe temporaire d'impôt sur les sociétés créée en 2025 et reconduite en 2026, diminuera afin de ne pas casser les "grands instruments qui permettent à nos entreprises d'investir, de ​produire et de transmettre".

Sébastien Lecornu ajoute que le pacte Dutreil de 2003 sur la transmission ⁠des entreprises familiales sera maintenu et complété d'un "pacte Papin", du nom du ministre des PME et du Commerce, pour faciliter la transmission des entreprises à leurs salariés.

Le projet ‌de loi de finances pour 2027 doit être présenté en conseil des ministres fin septembre et déposé à l'Assemblée nationale au plus tard le 6 octobre.

Sous la menace d'un vote de censure, le chef du gouvernement, nommé il y a tout juste un an à Matignon sans majorité au ​Parlement, est à la recherche de 30 milliards d'euros d'économies avec ‌l'objectif difficilement tenable d'un déficit du produit intérieur brut (PIB) à 4,9%.

La tâche est d'autant plus "himalayesque", pour reprendre un terme cher à ⁠son prédécesseur François Bayrou, que l'environnement économique mondial et les aléas climatiques pèsent lourd dans la balance, avec une croissance nationale atone.

"Nous ne ferons pas de la croissance la variable d'ajustement du redressement. Nous en ferons sa condition", assure Sébastien Lecornu dans sa lettre.

Un rameau d'olivier est ainsi tendu aux entreprises deux jours après une "fuite" qui a largement irrité au Medef sur un ⁠projet de fiscalisation partielle des primes ‌d'intéressement, de la participation ou de l'abondement des employeurs aux plans d'épargne pour financer le budget 2027 de la Sécurité sociale.

VERS UNE BAISSE DE L'INDEMNITÉ ⁠DES MINISTRES?

Les services du Premier ministre ont annoncé lundi avoir saisi la justice au titre de l'article 40 du code de procédure pénale après la divulgation de "travaux internes" par le ‌quotidien Les Echos, que Matignon assimile à un "abus de confiance" ou "violation du secret professionnel" susceptibles "d'influer sur la vie économique du pays."

La piste avait été confirmée le jour ⁠même par le ministre de l'Economie, Roland Lescure, mais finalement écartée par Matignon. Le Medef avait dénoncé dans un communiqué une ⁠atteinte au "fruit du travail et de la réussite ‌collective".

La saisine de la procureure de la République de Paris, sans précédent en l'espèce, dénote s'il le fallait la tension entourant l'élaboration du budget à l'approche de l'élection présidentielle de ​2027 et la volonté de l'exécutif de ne pas se mettre à dos les patrons.

Le Medef a ‌salué mercredi avec prudence un message "bienvenu". "Alors que prospèrent des propositions dangereuses à l'approche des élections, cette clarification s'imposait. Nous espérons que le Parlement fera preuve de la même clairvoyance sur la fragilité de notre situation économique", peut-on ​lire dans un communiqué de l'organisation patronale, qui relaye l'appel à la responsabilité lancé par Sébastien Lecornu aux oppositions, qui menacent d'un blocage au Parlement.

Dans sa lettre, le Premier ministre déclare que "l'Etat commencera par lui-même" en limitant ses dépenses, avec l'appui de réformes structurelles comme la refonte des arrêts de travail.

Bercy assure que les économies seront trouvées pour partie dans "les dépenses ⁠de fonctionnement de l'Etat, des collectivités locales, des administrations de Sécurité sociale, et de tous les agents publics".

Pour preuve de sa volonté de discipline budgétaire, le Premier ministre songe à baisser l'indemnité des ministres et des conseillers dans les cabinets ministériels, a-t-on appris mercredi à Matignon, qui confirme ainsi une information de BFMTV.

"C'est clairement à l'étude pour les ministres. Le Premier ministre en a déjà parlé à quelques ministres pour les sonder. (...) Cela peut paraître symbolique, mais c'est assumé comme la volonté de montrer que chacun peut faire un effort", a-t-on dit à Reuters. La dernière initiative de ce type remonte à 2012.

Pour l'ancien ministre des Armées, la bataille parlementaire a déjà commencé et avec elle ses coups tactiques.

(Rédigé par Sophie Louet, avec ​Elizabeth Pineau et Leigh Thomas, édité par Benoit Van Overstraeten)