Réelle efficacité ou outil "démagogique" ? L'encadrement des loyers est devenu un enjeu des élections municipales information fournie par Boursorama avec Media Services 04/02/2026 à 10:42
Les études se contredisent sur les effets du dispositif, entre réelle baisse des loyers et impact délétère sur l'offre locative.
Professionnels, politiques, associations... Personne n'est d'accord sur la portée réelle -bénéfique pour les locataires ou délétère pour le marché locatif ?- de l'encadrement des loyers qui, à l'approche des élections municipales, est devenu un enjeu poltique.
D'un côté, Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés, assure que l'encadrement "a conduit à une réelle modération des loyers" et "est plébiscité par les locataires" . Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM), dénonce lui un outil "démagogique" qui "fait fuir les investisseurs" du logement. Les joutes verbales entre les deux camps, jamais tombés d'accord depuis la naissance du dispositif en 2018, ont été relancées en décembre avec l'examen puis l'approbation par l'Assemblée nationale, d'une proposition de loi pour pérenniser et étendre l'encadrement des loyers.
Annaïg Le Meur, députée Renaissance du Finistère, considère que le sujet est un enjeu dans la campagne des municipales "dans les grandes villes et les zones tendues", ainsi que là où l'encadrement s'applique déjà et pourrait disparaître en cas de changement de couleur du conseil municipal.
Dans plusieurs métropoles, la question se pose également d'étendre le dispositif à des communes voisines, où les loyers grimpent aussi. Actuellement, autour de 70 communes appliquent l'encadrement des loyers , dont les grandes villes tenues par la gauche Paris, Lyon, Lille, mais aussi quelques municipalités de droite, notamment au Pays basque.
Pour Thierry Repentin, coprésident de la commission Logement de l'Association des maires de France, l'encadrement "est un outil qui a été utilisé à bon escient" et il ne "faut pas en faire un débat démagogique".
Un peu partout les candidats s'opposent, comme à Bordeaux, où l'encadrement des loyers est en vigueur depuis 2022. Stéphane Pfeiffer, adjoint au logement de la Ville, défend un "choix politique" dans une ville où "plus de 70% des habitants" sont locataires et où "beaucoup de gens ont du mal à se loger parce que les loyers sont trop chers". LFI, qui présente une liste à la gauche du maire écologiste Pierre Hurmic, veut renforcer le dispositif avec plus de contrôles. À l'inverse, l'ancien ministre macroniste Thomas Cazenave, principal opposant au maire sortant, juge le "dispositif complexe et peu efficace".
Assèchement de l'offre locative
L'encadrement "aggrave en réalité la maladie (des) loyers trop élevés" , tance également son rival centre-droit Philippe Dessertine, qui déplore que "des soignants du centre hospitalier doivent dormir dans leur voiture".
Quant à l'impact pour les 265.000 habitants, "il y a vraiment un avant et un après", estime une agente immobilière. "Dans l'ensemble, ça a quand même bien marché. Avant, des jeunes avec des dossiers compliqués se retrouvaient dans des appartements dans un état pitoyable pour très cher."
Alice, 27 ans, qui n'a pas souhaité que son nom soit cité, a signé au printemps un bail pour un appartement de 42 m² dans le centre-ville de Bordeaux pour 750 euros par mois. Pile au plafond autorisé. "Venant de Paris, j'étais assez contente de voir la surface que je pouvais louer pour ce prix !", raconte-t-elle à l' AFP .
D'après les chiffres de l'a-urba, agence d'urbanisme de la métropole bordelaise, le loyer médian a augmenté environ deux fois moins vite que l'inflation entre 2022 et 2024.
En revanche, Alice a "été vraiment surprise du nombre élevé de candidats" par annonce.
La FNAIM dénonce un assèchement de l'offre locative à cause de l'encadrement des loyers. Mais les études se contredisent sur les effets du dispositif.
L'observatoire privé Clameur estime que "l'encadrement des loyers ne produit aucun effet sur les loyers et pénalise l'offre locative" dans le parc privé.
L'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) affirme de son côté que l'encadrement a permis une économie moyenne de 1.694 euros pour les locataires parisiens entre juillet 2023 et juin 2024. L'Apur ajoutait qu'"aucune baisse durable du nombre d'annonces ne semble directement imputable à l'encadrement".
PriceHubble, spécialisé dans les données immobilières, constate aussi des "baisses de volumes (d'annonces) comparables entre les villes avec ou sans encadrement" et une "hausse des loyers plus contenue" là où les loyers sont encadrés.