"Il y a urgence": le château de Chambord au chevet de son aile François Ier information fournie par AFP 12/03/2026 à 08:34
Fissures, planchers fragilisés et murs qui se déforment: l'aile François Ier du château de Chambord, joyau du patrimoine français, menace de s'effondrer. Au centre d'un vaste projet de rénovation, elle a fait l'objet d'un appel aux dons pour pouvoir être sauvée.
Dans cette aile aménagée à partir de 1539 pour accueillir les appartements particuliers et la salle du conseil de François Ier, aucun visiteur n'a pu pénétrer depuis 2019.
Les modules pédagogiques du premier étage destinés aux scolaires sont pourtant toujours en place, mais les murs lézardés par les fissures et les gravats au sol en ont rendu l'accès impossible, face à l'imminence du risque.
"Il y a urgence: il faut agir rapidement avant que cette aile ne s'effondre", alerte auprès de l'AFP Pierre Dubreuil, directeur général du domaine national de Chambord.
Si, de l'extérieur, l'état général de ce bâtiment situé sur le flan droit du château paraît satisfaisant, un "problème structurel global" existe à l'intérieur, indique l'architecte en chef des monuments historiques, Maël de Quelen.
Et ces désordres, multifactoriels, ne datent pas d'hier: en 2003, déjà, des visiteurs avaient manqué de passer à travers le plancher du deuxième étage.
- Dérèglement climatique -
"Un monument historique comme celui-ci s'use et se détériore au fil du temps" et des rénovations, explique-t-elle, évoquant divers problèmes, des murs de façade aux charpentes, qui ont créé un écart d'une quinzaine de centimètres entre le pied et le haut de la façade.
Le dérèglement climatique a aussi aggravé le phénomène: les inondations, plus fréquentes et plus intenses, comme ce fut le cas en 2016, ont pour conséquence "de lessiver les fondations" et de les affaiblir, détaille Mme de Quelen.
Pour parer au plus urgent, des étais ont été posés dans chaque encadrement de porte, au fil du temps, mais des opérations de mise en sécurité sont devenues "indispensables à la préservation de l'intégrité du château".
Un chantier "hors-normes" estimé à 37 millions d'euros pour ce joyau de la Renaissance, visité par 1,2 million de personnes chaque année.
"Nous avons déjà réuni 12 millions d'euros pour une première phase de consolidation" prévue à partir de 2027, explique M. Dubreuil.
Une somme réunie grâce à une dotation du ministère de la Culture, mais aussi à travers un appel aux dons lancé auprès des visiteurs, invités à contribuer via la campagne "Chambord a besoin de vous", illustrée par le portrait de François Ier orné d'une larme de sang, et affiché aux entrées du site.
- "Patrimoine mondial" -
Le but, justifie Pierre Dubreuil, est de sensibiliser le public à la nécessité de mener ces interventions.
La collecte a permis de récolter près de 500.000 euros depuis son lancement en septembre et un dispositif de la loi de finances 2026 vise à bonifier cette dynamique auprès du public: une mesure fiscale similaire à celle appliquée pour la rénovation de Notre-Dame de Paris porte la réduction d'impôt à 75% pour les dons en faveur du chantier.
Une mesure "exceptionnelle", mais bienvenue pour Chambord, qui tente de diversifier ses sources de financement. L'appel à des mécènes est étudié, indique le domaine, qui précise aussi apporter une part du financement en fonds propres.
"Chambord est un emblème du patrimoine national et mondial, et cela parle aux Français", affirme M. Dubreuil, convaincu que "dans un monde d'incertitudes, les gens cherchent à retrouver les racines de leur histoire et de leur patrimoine".
Une deuxième phase du chantier, consacrée à la restauration des façades et des couvertures, avec une mise en accessibilité du site aux personnes à mobilité réduite, est aussi prévue.
Si l'opération réussit, le public pourra à nouveau visiter l'aile François Ier en 2032.