Anaïs et Julien veulent construire un patrimoine commun malgré un écart de salaire important
information fournie par Le Particulier 17/01/2026 à 08:00

L’indivision et le pacs sont des solutions à explorer pour construire un patrimoine immobilier commun malgré un écart de salaire important pour un couple ( crédit photo : Getty Images )

Jeunes trentenaires, Anaïs et Julien vivent ensemble depuis trois ans. Aujourd’hui, ils rêvent d’acheter leur logement en commun. Plusieurs questions demeurent : Comment financer cet achat immobilier ? Comment protéger l’autre et sécuriser son propre patrimoine avec des revenus différents ? Pour une juste répartition des charges, Anaïs et Julien s’intéressent à la théorie du pot de yaourt. Ils réfléchissent aussi à l’indivision et se renseignent sur le régime matrimonial le plus adapté à leur situation.

Sommaire:

  • La théorie du pot de yaourt: quand le plus gros salaire consolide son patrimoine au détriment de l’autre partenaire du couple
  • Acheter en indivision: une solution simple mais peu protectrice du conjoint en cas de décès
  • Se pacser pour mieux protéger son patrimoine: quel régime de Pacs choisir?

Passionnés de musique, Julien et Anaïs se rencontrent en 2021 lors d’un festival. Très vite, ils emménagent ensemble et projettent d’acheter un logement en commun.

Ils vivent actuellement en concubinage dans un charmant duplex canut situé sur les pentes de la Croix-Rousse à Lyon, leur ville d’origine.

Julien, 34 ans, est chef de projet dans une PME et gagne 2200 euros nets par mois. Anaïs, sa cadette de deux ans, est ingénieure informatique. Elle perçoit 4000 euros nets par mois.

Ils projettent d’acheter un appartement pour y vivre ensemble. Ils s’aiment et sont lucides: l’acquisition d’un bien immobilier soulève de multiples questions patrimoniales, surtout en cas de séparation. Le couple recherche un équilibre juste pour chacun. Ils choisissent un mode de remboursement équitable et explorent plusieurs options. Anaïs dispose d’une capacité d’emprunt importante, Julien avance des idées pour harmoniser leurs apports. Ensemble, ils envisagent un projet à la mesure de leurs possibilités et imaginent la solution la plus adaptée à leurs envies. Les amoureux réfléchissent avec enthousiasme à leur futur logement.

La théorie du pot de yaourt: quand le plus gros salaire consolide son patrimoine au détriment de l’autre partenaire du couple

Comme dans notre couple de Lyonnais, les écarts de salaire sont fréquents au sein des ménages. Et parmi ceux n’ayant pas de compte joint, le plus gros salaire paie souvent les grosses dépenses, comme une voiture ou le logement. Le plus petit salaire paie les petites dépenses, comme les courses alimentaires. Cette pratique courante a inspiré la «théorie du pot de yaourt», à la journaliste et féministe Titiou Lecoq. Elle en expose les conséquences fâcheuses dans Le couple et l’argent paru en 2022. En cas de séparation, si le couple n’était ni marié, ni sous le régime de la communauté de biens, l’un repart avec la maison et l’autre avec le pot de yaourt… vide! Dit autrement, celui ayant le plus gros salaire a consolidé son patrimoine, au détriment du conjoint aux revenus inférieurs.

Ayant lu cet ouvrage, Julien et Anaïs décident d’ouvrir un compte joint pour mutualiser leurs achats. Il sert à payer les factures du quotidien (eau, gaz, alimentation, internet, etc.) en étant alimenté au prorata des revenus de chacun. Pour l’achat de leur logement, ils prévoient d’appliquer ce même ratio pour déterminer combien chacun doit emprunter et rembourser.

La part d’Anaïs s’élève à 65% de leurs deux salaires mis en commun, soit 6200 euros mensuels (4000 / 6200 = 0,645, arrondi à 65%) et celle de Julien à 35%. Pour payer leurs 900 euros de factures mensuelles, Anaïs verse donc 585 euros par mois sur le compte joint et Julien 315 euros. Cela lui permet d’épargner davantage pour se constituer un patrimoine.

A savoir: En indivision, les parts de propriété sont indiquées dans l’acte de vente, en prenant en compte, en plus du prix d’acquisition, l’intégralité des coûts du projet (frais de notaire, d’agence, travaux éventuels, etc...).

Des inégalités de patrimoine de plus en plus élevés entre hommes et femmes Entre 1998 et 2025, l’écart de patrimoine entre hommes et femmes vivant en couple est passé de 9% à 16,3%, selon une étude de l’Ined (Institut national d’études démographiques). Pour ses auteurs, l’explication tient à l’évolution des régimes matrimoniaux. De moins en moins de couples se marient sous le régime de la communauté des biens réduites aux acquêts. Ils ne mettent donc plus leur patrimoine en commun alors que trois femmes sur quatre gagnent moins que leur conjoint ( Insee ). «Les inégalités en début d’union ont particulièrement progressé dans les couples mariés ou pacsés ayant un régime de séparation de biens. Dans les couples qui ne vivent pas sous le régime de la communauté, les inégalités sont ensuite creusées par la moindre capacité d’épargne des femmes par rapport aux hommes.» (1)

Acheter en indivision: une solution simple mais peu protectrice du conjoint en cas de décès

Une fois leur organisation quotidienne clarifiée, Anaïs et Julien se penchent sur la question centrale: comment acheter ensemble sans déséquilibrer leurs patrimoines? Vivant aujourd’hui en concubinage, le régime par défaut pour acquérir un bien est l’indivision. Concrètement, chacun devient propriétaire du logement à hauteur de sa contribution financière. Comme pour leurs dépenses du quotidien, ils souhaitent appliquer au projet immobilier la “théorie du pot de yaourt”, et contribuer au prorata de leur salaire.

Après plusieurs simulations avec leur banquier, Anaïs et Julien peuvent emprunter respectivement 250.000 € et 135.000 euros sur 20 ans, à un taux de 3%, soit 385.000 euros en tout. Avec ce montant, ils savent pouvoir acheter un logement au cœur de Lyon comportant au moins trois chambres. Anaïs remboursera 1386 euros et Julien 748 euros par mois. Le ratio 65/35% est respecté (385.000 × 0,65% = 250.250 euros et 385.000 x 35% = 134.750 euros).

L’achat en indivision a l’avantage de la simplicité. Cette formule permet au couple d’acheter immédiatement sans avoir à se pacser ou à créer une structure juridique complexe. Et en cas de rupture et de revente, chacun repart au prorata de son investissement.

Mais l’indivision n’est pas sans contraintes. Si Anaïs meurt prématurément, ses héritiers - ici ses parents - deviennent indivisaires aux côtés de Julien. Dans ce cas, si Julien souhaite vendre le bien, il devra obtenir leur accord. En effet, les deux-tiers des parts de l’indivision doivent donner leur accord pour qu’une vente soit possible. Conscients de cette difficulté, Julien et Anaïs cherchent une solution pour protéger le survivant en cas de décès de l’un d’eux.

Se pacser pour mieux protéger son patrimoine: quel régime de Pacs choisir?

Face aux limites de l’indivision, Anaïs et Julien décident de se pacser. Le Pacs ne les rend pas automatiquement héritiers l’un de l’autre, mais il offre un avantage fiscal majeur en cas de transmission: le partenaire survivant bénéficie d’un abattement de 80.724 euros sur la valeur des biens. En concubinage, il n’existe aucun abattement, et la part transmise est taxée à 60%, à condition d’être mentionné dans un testament.

Les futurs pacsés découvrent qu’ils doivent choisir entre deux régimes de Pacs: l’indivision ou la séparation de biens. Dans le régime de l’indivision, tous les biens achetés durant le Pacs appartiennent automatiquement pour moitié à chacun, quel que soit l’apport financier réel. Avec un écart de revenus aussi important, cette option est trop risquée: en cas de rupture, Anaïs perd une partie des sommes investies. Ils optent donc pour le Pacs en séparation de biens. Il n’entraîne aucune mise en commun automatique des biens. Leur appartement reste détenu en indivision à hauteur de leurs contributions réelles: 65% pour Anaïs et 35% pour Julien.