Parents âgés dépendants: financer un Ehpad en préservant l’intérêt des enfants information fournie par Le Particulier 02/05/2026 à 08:00
Sommaire:
- Claire doit faire face à la perte d’autonomie de ses parents
- Plusieurs alternatives pour l’hébergement de personnes en perte d’autonomie
Le coût réel d’un Ehpad- Les aides publiques, premières ressources à mobiliser
- Le logement: le vendre ou le mettre en location?
- L’assurance-vie: un outil flexible
La solidarité familiale: des avantages à étudier- Un équilibre à construire
Claire doit faire face à la perte d’autonomie de ses parents
Claire, 48 ans, cadre dans une société de conseil à Paris jongle entre son travail, ses deux enfants adolescents et ses parents vieillissants. Avec son frère Paul, qui lui fait confiance pour coordonner les décisions, elle organise progressivement la prise en charge de leurs parents. Jusqu’à présent, Claire a respecté le vœu de ses parents de rester le plus longtemps possible chez eux. Pour cela, elle a mis en place un dispositif d’aides à domicile. Ainsi, une auxiliaire de vie vient chaque jour pour préparer des repas et une société de services intervient pour le ménage. Par ailleurs, les parents de Claire bénéficient de livraisons ponctuelles de repas et d’une assistance pour certaines démarches administratives.
Cette organisation montre ses limites et chaque semaine apporte son lot de signaux préoccupants. En effet, depuis quelques mois, Colette et Jean, 82 et 84 ans, perdent progressivement leur autonomie. La maison, avec ses escaliers et ses seuils, devient difficile à vivre. Les rendez-vous médicaux se multiplient. Du neurologue pour les premiers signes de déclin cognitif jusqu’au cardiologue pour l’hypertension de Jean ou le kinésithérapeute pour les douleurs chroniques de Colette.
Plusieurs alternatives pour l’hébergement de personnes en perte d’autonomie
Si la situation continue d’évoluer, une entrée en établissement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) pourrait s’imposer. En effet, Colette doit souvent s’aider du mobilier pour se déplacer. Jean a failli provoquer un incendie en voulant réchauffer un gâteau au four. Par ailleurs, au cours des trois derniers mois, Jean est tombé deux fois et Colette une fois.
Claire doit prendre des décisions importantes pour ses parents mais aussi pour elle et ses enfants. Comme beaucoup d’enfants de personnes âgées, elle s’interroge sur la manière de financer cet Ehpad sans puiser dans l’héritage ou liquider une partie du patrimoine familial.
Claire, avec l’aide des médecins, a écarté l’idée des résidences services seniors. En effet, ces appartements indépendants, avec des services à la carte (restauration, sécurité, activités, assistance légère) s’adressent à des personnes encore relativement autonomes. Les chutes répétées de Colette et les troubles cognitifs de Jean nécessitent une présence médicale et un encadrement permanent. Un Ehpad semble répondre aux besoins de C laire et de ses parents.
Le coût réel d’un Ehpad
Avant toute décision, Claire doit comprendre combien coûte réellement un Ehpad. En France, en 2025, selon la Caisse nationale pour personnes âgées dépendantes (CNSA ), le tarif moyen en Ehpad est de 2630 euros par mois. Ce prix varie d’une région à l’autre. Il dépend du statut de l’Ehpad avec plutôt 1950 euros par mois pour un Ehpad public, 2350 euros pour un établissement associatif non lucratif et 3000 euros pour un Ehpad privé commercial. La prestation comprend la partie hébergement (loyer, restauration, charges, soins et animation) et le ticket modérateur de la partie dépendance.
En se fiant à cette moyenne nationale, en Indre-et-Loire où vivent les parents de Claire, la facture serait de 30.000 euros par an et par parent, soit plus de 60.000 euros au total. En cinq ans, cela représente 300.000 euros.
Les aides publiques, premières ressources à mobiliser
Bonne nouvelle pour Claire: elle peut bénéficier de plusieurs aides de l’Etat ou du conseil départemental des Indre-et-Loire, département de résidence de ses parents. Les demandes se font auprès du Centre communal d’action sociale (CCAS) ou directement auprès du conseil départemental, via un dossier accompagné d’une évaluation médico-sociale réalisée à domicile ou en établissement.
> L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA). Versée par le département, elle est destinée aux personnes âgées en perte d’autonomie. Le niveau d’aide dépend du degré de dépendance, mesuré par la grille AGGIR, qui classe les personnes de GIR 1 (dépendance la plus lourde) à GIR 6 (autonomie complète). En Ehpad, l’APA ne finance que la partie «dépendance» du tarif. Pour Colette et Jean, probablement classés en GIR 2 (perte d’autonomie importante nécessitant une aide quotidienne pour la plupart des actes essentiels), l’APA pourrait représenter environ 1200 euros chacun par mois, soit près de la moitié du tarif moyen d’un Ehpad.
> L’aide sociale à l’hébergement (ASH). Cette aide peut être accordée par le département aux personnes dont les ressources sont insuffisantes pour couvrir les frais d’hébergement en établissement. Elle permet de prendre en charge une partie du coût de l’Ehpad, mais elle n’est pas neutre patrimonialement: elle fonctionne comme une avance. Le département peut en effet demander ultérieurement le remboursement des sommes versées, notamment lors de la succession, si le patrimoine des parents le permet (vente de biens, actif successoral suffisant).
Claire commence par déposer les dossiers APA auprès du conseil départemental. L’aide proposée par l’APA couvrira seulement une partie de la facture (600 euros par mois par parent). Par ailleurs, ses parents ne remplissent pas les conditions nécessaires pour bénéficier de l’ASH. Elle doit donc explorer d’autres pistes: la vente ou la mise en location de leur logement, le rachat total ou partiel de leur contrat d’assurance-vie, la prise en charge directe d’une partie des dépenses. Tout cela en préservant les intérêts patrimoniaux de toute la famille.
Le logement: le vendre ou le mettre en location?
La maison familiale de Tours représente une part importante du patrimoine de Colette et Jean. Claire compare les bénéfices de la vente à ceux de la mise en location.
La maison est évaluée à 350.000 euros et pourrait permettre de dégager des liquidités pour couvrir environ cinq ans en Ehpad après déduction des frais de notaire (environ 7%). Cependant, Colette et Jean veulent garder le bien familial.
Mettre la maison en location peut permettre de générer un revenu net de charges et d’impôts de 1200 euros par mois, tout en gardant la propriété. Ce loyer pourrait être consacré aux dépenses non couvertes par l’APA, soit environ 600 euros par parent et par mois. Toutefois, dans ce cas, Claire devra gérer la location du bien (trouver un locataire, rédiger un bail, assurer l’entretien du logement, gérer les éventuels travaux) et sa vacance locative. Elle devra alors soit se déplacer de Paris à Tours régulièrement, soit en confier la gestion à une agence immobilière. Cette deuxième option réduisant légèrement la rentabilité.
L’assurance-vie: un outil flexible
Les parents de Claire ont souscrit des contrats d’assurance-vie il y a une vingtaine d’années pour compléter leur retraite et préparer leur succession. L’assurance-vie peut donc devenir un levier de financement de leur Ehpad. Avec un capital de 150.000 euros, un rachat partiel de 60.000 euros permet de financer un an de séjour pour les deux parents. Les 90.000 euros restants continuant à être investis pour les années suivantes.
Claire sollicite son notaire pour simuler plusieurs scénarios de rachats et étaler les sorties de capitaux, de manière à optimiser la fiscalité et limiter les prélèvements sociaux. En effet, cela reste un point de vigilance important. Le traitement fiscal des rachats diffère selon l’âge auquel les primes ont été versées (avant ou après 70 ans) et selon l’ancienneté du contrat.
La solidarité familiale: des avantages à étudier
À la recherche d’une autre solution, Claire sollicite son frère Paul. Il ne mesurait pas la situation et écoute avec attention sa proposition. Elle propose de mettre en location la maison pour financer 1200 euros nets par mois et d’utiliser le rachat partiel de l’assurance-vie pour financer 1000 euros supplémentaires par mois pendant cinq ans.
Dès lors, il resterait 660 euros par mois à financer pour l’hébergement des deux parents. Claire propose de partager cet effort avec Paul (chacun 330 euros par mois). Par ailleurs, ils pourraient également prendre en charge ensemble les formalités liées à la gestion locative de la maison. Cette organisation permettant de conserver la maison, de limiter les rachats sur l’assurance vie et de rester sur un effort compatible avec le budget de chacun.
Un équilibre à construire
Le cas de Claire illustre une réalité partagée par de nombreuses familles en France. En effet, la perte d’autonomie des parents oblige souvent à repenser l’organisation et le financement de la fin de vie.
En combinant aides publiques, gestion du patrimoine immobilier, assurance-vie et solidarité familiale, il est possible de sécuriser le quotidien des parents âgés tout en préservant, autant que possible, l‘équilibre patrimonial des enfants.
Claire se sent désormais plus sereine. Les décisions prises permettent à Colette et Jean de vieillir le plus sereinement possible. Par ailleurs, au moment de la succession, l’intérêt de ses enfants aura été préservé.