Forêts françaises : quand la nature devient un actif recherché information fournie par Mingzi 04/06/2026 à 14:51
Longtemps regardée comme un espace naturel ou une source de bois, la forêt attire désormais de nouveaux regards. Climat, biodiversité, patrimoine : elle s'impose comme un bien stratégique, au cœur des grands enjeux de demain.
Un marché forestier en pleine croissance
La forêt française attire de plus en plus. Selon le rapport de la Safer, en 2025, les ventes progressent à la fois en nombre, en surface et en valeur. Plus de 176.000 hectares de forêts ont changé de mains, soit une hausse de 18,5 % par rapport à l'année précédente. C'est un record : jamais autant de surfaces forestières n'avaient été échangées depuis le début de cette observation.
La valeur totale du marché atteint 2,17 milliards d'euros, en hausse de 7,7 %. Autrement dit, la forêt n'est plus seulement perçue comme un espace naturel ou un lieu de production de bois : elle devient aussi un actif recherché, dans un contexte où les enjeux climatiques, environnementaux et patrimoniaux prennent de l'ampleur.
Les grands massifs donnent le tempo
Le moteur principal de cette dynamique se trouve du côté des grandes forêts. Les massifs de plus de 100 hectares ne représentent qu'une toute petite part des transactions, environ 1 % des ventes. Mais leur poids est considérable : ils concentrent près d'un tiers des surfaces échangées.
Ce phénomène change la lecture du marché. Les petites parcelles restent les plus nombreuses dans les ventes, notamment celles de moins de 10 hectares. Elles intéressent souvent des particuliers, pour du bois de chauffage, des loisirs, la chasse ou l'agrément. Mais ce sont les grands ensembles forestiers qui font véritablement bouger les volumes et les montants.
Des prix toujours orientés à la hausse
Le prix moyen des forêts continue lui aussi de progresser. En 2025, il atteint 4.950 euros par hectare, soit une hausse de 2,5 %. C'est la cinquième année consécutive d'augmentation.
Mais ce prix moyen cache de fortes différences selon les régions et la taille des biens. Dans le Nord-Bassin parisien, les prix atteignent un nouveau record, à 7.880 euros par hectare. À l'inverse, le Massif central reste la zone la moins chère, autour de 2.850 euros par hectare. La taille compte également : les forêts de plus de 25 hectares restent les plus chères, même si leur prix recule légèrement en 2025.
Les sociétés prennent une place majeure
Autre enseignement important : les acheteurs changent. Les personnes morales privées, notamment les sociétés agricoles, forestières ou d'investissement, achètent désormais plus de la moitié des surfaces vendues. À elles seules, elles représentent près de 90.000 hectares acquis en 2025.
Cette évolution traduit un intérêt croissant pour la forêt comme placement de long terme. La forêt peut offrir du bois, une valeur patrimoniale, mais aussi répondre à de nouvelles attentes liées au carbone, à la biodiversité ou à la stratégie environnementale des entreprises.
GFF et GFI : investir dans la forêt sans acheter un massif
Cette attractivité se traduit aussi par le développement de véhicules d'investissement spécialisés. Les GFF, groupements fonciers forestiers, et les GFI, groupements forestiers d'investissement, permettent à des particuliers d'acheter des parts de forêts plutôt qu'un massif entier. Le principe est simple : l'épargnant devient associé d'une structure qui détient et gère des parcelles forestières.
Ces placements séduisent parce qu'ils donnent accès à un actif tangible, inscrit dans le temps long, avec une dimension patrimoniale et environnementale forte. Leur rendement annuel reste toutefois modéré, généralement autour de 1 % à 3 % par an.
La forêt n'est donc pas un placement de revenu immédiat élevé. Son intérêt repose plutôt sur une logique de diversification, de transmission patrimoniale, de fiscalité favorable et de valorisation à long terme. Elle comporte aussi des risques spécifiques : tempêtes, incendies, maladies, évolution du prix du bois ou difficulté à revendre ses parts.
Une forêt au cœur des défis de demain
Ce dynamisme est une bonne nouvelle pour la visibilité du marché, mais il soulève aussi des questions. La montée en puissance des grands acheteurs peut éloigner la propriété forestière des acteurs locaux. Elle interroge aussi la gestion durable de ces espaces, alors que les forêts sont en première ligne face au changement climatique.
Plus que jamais, la forêt apparaît comme un bien précieux : économique, écologique et territorial. Le marché est actif, les prix montent, les investisseurs s'y intéressent. Reste à veiller à ce que cette attractivité serve aussi la vitalité des territoires et la santé des forêts françaises.