Épargne verte : les Français veulent agir, mais pas à n’importe quel prix
information fournie par Mingzi 16/05/2026 à 08:43

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Selon le Cercle de l'épargne, les Français restent sensibles à la transition écologique et à l'investissement responsable. Mais entre pouvoir d'achat, recherche de sécurité et méfiance face au « greenwashing », le passage des bonnes intentions aux placements concrets demeure difficile.

Une transition écologique toujours soutenue, mais moins prioritaire

Dix ans après l'Accord de Paris, la transition écologique continue de compter pour les Français. Ils ne sont pas devenus hostiles à l'action climatique, loin de là. D'après le Cercle de l'épargne, 63 % d'entre eux se disent encore inquiets face au changement climatique en 2025. Mais cette inquiétude ne suffit plus à placer l'environnement au sommet des priorités nationales.

Dans un contexte marqué par les préoccupations de pouvoir d'achat, d'insécurité, de dette publique ou de qualité des services publics, l'écologie recule dans la hiérarchie des urgences. La part des Français citant l'environnement parmi leurs deux premières préoccupations est passée de 30 % à 21 % en deux ans. Le sujet reste important, mais il est désormais davantage soumis à des arbitrages.

Oui à l'écologie, mais à condition qu'elle soit juste

Les Français acceptent l'idée d'un effort collectif pour le climat. Ils sont encore 72 % à se dire favorables à une mobilisation financière importante, comparable à celle engagée pendant la crise du Covid. Mais ce soutien a diminué : ils étaient 82 % en 2024.

La fiscalité écologique illustre bien cette tension. Seuls 25 % des Français se disent prêts à payer davantage de taxes pour l'environnement, et la taxe carbone ne recueille que 19 % d'adhésion spontanée. Pourtant, une majorité pourrait l'accepter si certaines conditions étaient réunies : que l'argent soit clairement utilisé pour la transition, que d'autres impôts baissent en compensation, ou que les ménages modestes et les classes moyennes soient protégés.

Le message est donc clair : les Français ne rejettent pas l'écologie, mais ils veulent comprendre qui paie, pour quoi, et avec quelles garanties.

L'épargne responsable séduit en théorie

Cette prudence se retrouve dans l'épargne. Les Français sont nombreux à penser que leur argent peut servir à financer des entreprises ou des projets plus respectueux de l'environnement. Selon les données citées, 76 % considèrent que l'impact des placements sur l'environnement est un sujet important, et plus d'un Français sur deux dit tenir compte, au moins parfois, des critères environnementaux et sociaux dans ses choix financiers.

Mais cet intérêt reste souvent flou. Seuls 12 % des Français déclarent connaître précisément les placements responsables. Beaucoup ont entendu parler d'épargne verte, d'ISR ou de critères ESG, sans toujours savoir ce que ces termes recouvrent concrètement.

Un passage à l'acte encore limité

Dans les faits, la détention de placements responsables reste minoritaire. Environ un Français sur cinq possède un produit de ce type. Les fonds responsables progressent, mais ils occupent encore rarement une place centrale dans le patrimoine des ménages.

Plusieurs freins expliquent cet écart entre intention et action. Le premier est financier : beaucoup d'épargnants privilégient d'abord la sécurité, la disponibilité de leur argent et le rendement. Le deuxième est la méfiance : la peur du « greenwashing », c'est-à-dire de placements présentés comme verts sans preuves suffisantes, reste forte. Le troisième est la complexité. Entre labels, réglementations européennes, critères ESG et documents techniques, l'offre paraît souvent difficile à comprendre.

Le conseiller, maillon essentiel de la confiance

Face à cette complexité, les Français attendent beaucoup de leur banque ou de leur conseiller financier. Selon les enquêtes citées, une large majorité estime important que le conseiller demande à ses clients s'ils souhaitent investir de manière responsable. Mais peu déclarent avoir réellement été interrogés ou accompagnés sur ce sujet.

Pour changer d'échelle, l'épargne responsable devra donc devenir plus lisible, plus concrète et plus rassurante. Les Français ne demandent pas seulement des produits « verts ». Ils veulent des placements compréhensibles, crédibles, compatibles avec leurs besoins de sécurité et de rendement.

La transition écologique de l'épargne est engagée. Mais pour convaincre largement, elle devra parler un langage simple : celui de la confiance.

Source : « Les Français, la transition écologique et l'épargne : adhésions et contraintes » - Le Cercle de l'Épargne