Épargne : les Français, plus malins qu’on ne le croit information fournie par Mingzi 21/04/2026 à 11:09
Une étude du Cercle de l'Épargne parue en avril 2026 nuance l'image d'un épargnant français frileux et mal éduqué : derrière la préférence pour les placements sûrs se cache une prudence héritée de notre histoire, doublée d'un vrai pragmatisme.
Les Français aiment épargner. En 2025, ils ont mis de côté 18,3 % de leur revenu, ce qui les place parmi les champions d'Europe. Pourtant, on leur reproche souvent d'épargner « beaucoup mais mal » : plus de 60 % de leur bas de laine sommeille dans des produits dits sans risque, Livret A et assurance vie en euros en tête. Faut-il y voir, comme le suggèrent souvent les économistes, le signe d'un manque d'éducation financière ? Le Cercle de l'Épargne invite à tempérer ce jugement.
Une prudence qui a ses raisons
D'abord, cette préférence pour la sécurité n'a rien d'exclusivement tricolore : Allemands et Italiens se comportent à peu près de la même façon. Si les Britanniques, les Américains ou les Néerlandais investissent davantage en actions, c'est parce que leur retraite repose sur des fonds de pension qui en achètent massivement. En France, le choix fait en 1945 d'un système par répartition – où les actifs paient directement les pensions des retraités – a rendu cette mécanique moins nécessaire. L'épargne est donc une affaire de culture et d'histoire, dans laquelle chacun jongle avec le « triangle magique » : sécurité, liquidité et rendement.
Des épargnants plus agiles qu'il n'y paraît
Les Français savent pourtant s'adapter. Dans les années 1980, ils se sont rués sur les SICAV monétaires, qui rapportaient alors plus de 5 %. En 2023, la remontée des taux d'intérêt les a ramenés vers les dépôts à terme. En 2025, l'assurance vie a retrouvé ses couleurs avec plus de 50 milliards d'euros de collecte nette, au détriment du Livret A.
Plus spectaculaire encore : depuis la crise sanitaire, près de 800.000 nouveaux investisseurs ont fait leur entrée en Bourse, selon l'OCDE. Beaucoup ont moins de 35 ans et se tournent vers les ETF, ces fonds indiciels peu coûteux qui donnent accès aux marchés mondiaux. Plus de la moitié détiennent aussi des cryptoactifs, contre un quart de la population générale : le portrait de l'épargnant français se diversifie.
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Le vrai enjeu : mieux s'informer
Reste un point sensible : le niveau de culture financière. Avec une note de 12,45 sur 20, la France arrive 14ᵉ sur 39 pays évalués par l'OCDE. Les conséquences sont bien concrètes. Les arnaques en ligne ont bondi de 74 % entre 2019 et 2024, et près de 60 % des moins de 25 ans déclarent y avoir déjà été confrontés. Or, 41 % des 18-24 ans se fient d'abord aux réseaux sociaux et à leur entourage pour choisir leurs placements : un mélange détonant, qui conduit à sous-estimer les risques tout en surestimant ses connaissances. Les ménages les plus modestes, eux, concentrent souvent leur épargne dans des produits peu rémunérateurs.
Le message du Cercle de l'Épargne est donc rassurant autant qu'exigeant : les Français ne sont pas bornés, mais prudents, adaptables et de plus en plus curieux. Il leur manque surtout les clés pour naviguer dans un univers financier devenu complexe. Les transmettre – à l'école, dans les familles, dans les médias – serait bien plus utile qu'un énième procès en conservatisme.