(Crédits: Adobe Stock)
L'agrément récemment accordé à la chaîne de magasins Hema a ravivé la colère des restaurateurs sur l'utilisation de ces moyens de paiement. Selon la première organisation du secteur, plus de 900 millions d'euros partiraient tous les ans vers la grande distribution.
Les restaurateurs tapent à nouveau du poing sur la table sur l'utilisation des titres-restaurant. Objet de leur courroux cette fois-ci : l'agrément accordé par les pouvoirs publics français à la chaîne de magasins Hema pour accepter les tickets-resto. «Cette décision fragilise un dispositif social historique et détourne son objectif fondamental : soutenir la restauration et garantir aux salariés l'accès à un repas complet sur leur pause déjeuner» , a dénoncé la première organisation patronale de l'hôtellerie-restauration, l'Umih, dans un communiqué.
L'occasion pour la profession de s'en prendre à nouveau à ce qu'elle considère être un dévoiement du titre-restaurant. Les responsables de l'Umih martèlent ainsi un chiffre : plus de 900 millions d'euros partiraient tous les ans vers la grande distribution . «Nous assistons à une véritable dérive du système des titres‑restaurant qui se fait au détriment de la santé des salariés et de l'activité des restaurateurs, qui voient leurs chiffres d'affaires en titres‑restaurant diminuer d'année en année, abonde Catherine Quérard, présidente du Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR), dans un communiqué. En trois ans, le secteur a perdu près d'un milliard et demi d'euros au bénéfice de la grande distribution, selon nos estimations.»
Selon Franck Chaumès, président de la branche restauration de l'Umih, interrogé sur Sud Radio ce vendredi, la grande distribution «grappille petit à petit des parts de marché» . «Ce n'est pas la majorité, mais d'ici un an ou deux ça le sera» , a estimé le restaurateur. Un rapport parlementaire publié en novembre 2024 pointait en effet «un glissement dans la répartition des dépenses réalisées au moyen des titres-restaurant des commerces de bouche et de l'hôtellerie-restauration vers les grandes et moyennes surfaces (GMS)» . Et estimait que cette dynamique tendait à s'accentuer, avec «une poursuite de l'érosion de la part de marché des restaurants et des commerces de bouche» .
Un marché à près de 11 milliards d'euros
Les dernières données disponibles, communiquées par la Commission nationale des titres-restaurant (CNTR), datent de fin 2024. Elles montrent un recul de l'utilisation de ce dispositif dans les restaurants depuis fin 2022, date à partir de laquelle les consommateurs peuvent dépenser cet argent pour acheter tout produit alimentaire en supermarché, qu'il soit ou non directement consommable. La restauration a ainsi perdu 7 points de part de marché en deux ans, passée de 46,5 à 39,5%. De leur côté, les grandes et moyennes surfaces (GMS) ont glané un peu plus de 9 points de part de marché, de 22,4 à 31,5%, un taux qui reste inférieur à celui des restaurateurs. Les autres commerces de bouche ( boulangeries , boucheries, primeurs...) ont, eux, légèrement baissé, de 30,4 à 29%. En province, l'écart entre les restaurants et la GMS est encore plus réduit, avec 36% de part de marché pour les premiers et 34% pour les secondes.
Si les restaurateurs ne décolèrent pas contre l'agrément octroyé à Hema, c'est qu'ils craignent que cela donne des idées à d'autres enseignes, comme Action ou Decathlon . Dans un courrier envoyé fin décembre au ministre du Commerce Serge Papin, l'Umih pointe le fait que cette décision ouvre «une boîte de Pandore, puisque désormais il suffira à une chaîne de magasins de sport de commercialiser des barres énergétiques et des bouteilles d'eau et à des magasins de prêt-à-porter, quelques snacks ou friandises pour être éligibles au dispositif des titres-restaurant» . Et ce, alors que ces derniers, dont le marché pesait 10,8 milliards d'euros en 2024, sont une manne essentielle pour les restaurateurs. Selon le rapport parlementaire précité, ils «représentent une part non négligeable du chiffre d'affaires des restaurants (15 %)» , quand «ils ne constituent que 1%» du chiffre d'affaires des enseignes de la grande distribution.

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer