Pourquoi les Français n'arrivent plus à dépenser leur argent
information fournie par Tout sur mes finances  12/02/2026 à 09:37

(Crédits: Unsplash - Mathieu Stern)

Le pouvoir d'achat remonte, mais les comptes bancaires continuent de gonfler. La Banque de France analyse les raisons qui poussent les ménages à accumuler une épargne historique, six ans après la crise sanitaire.

Les bas de laine n'ont jamais été aussi garnis. Selon l'Insee, les Français ont mis de côté 18,7% de leurs revenus au deuxième trimestre 2025, un niveau bien supérieur à celui d'avant le Covid-19.
Ce comportement, qui aurait dû être temporaire, s'est installé durablement dans le quotidien des ménages. Pour comprendre cette prudence persistante, cinq économistes de la Banque de France ont décortiqué les motivations de nos compatriotes dans une étude rendue publique le 5 février 2026.

Quand l'emploi se précarise, l'épargne devient vitale

Première raison qui explique cette prudence : l'impossibilité grandissante de pouvoir compter sur des revenus stables. Que l'on soit en CDD, intérimaire ou travailleur indépendant, les rentrées d'argent varient d'un mois sur l'autre.

Face à cette précarisation du marché du travail, les ménages constituent une réserve de sécurité pour faire face aux aléas professionnels. L'épargne devient ainsi un filet de protection dans un monde professionnel où les garanties d'emploi se font de plus en plus rares.

Les placements rapportent plus que le salaire

La deuxième explication touche à la composition des revenus. En 2022 et 2023, alors que l'inflation explosait à 4,9% puis à 7%, l'épargne a rapporté davantage que le travail. Le Livret A, indexé sur la hausse des prix, a vu sa rémunération augmenter.

Les comptes à terme et les fonds euros de l'assurance vie ont, eux, profité de la remontée des taux d'intérêt décidée par la Banque centrale européenne (BCE) pour juguler la hausse des prix. Ces placements ont offert des rendements que les fiches de paie n'ont pas pu égaler.

Un réflexe de protection qui perdure

Troisième élément révélé par l'enquête : les Français ont épargné massivement pour préserver leur pouvoir d'achat quand les prix s'envolaient. Mais maintenant que l'inflation est retombée, cet argent n'est toujours pas utilisé pour consommer.

Les gains de pouvoir d'achat restent thésaurisés, comme si la période de hausse des prix avait laissé une cicatrice dans les comportements. Le rapport à la dépense a changé, sans que l'on s'en rende compte.

L'angoisse permanente de la prochaine crise

La dernière explication de cette frilosité financière tient à la perception de l'avenir. Depuis le Covid, les chocs se sont enchaînés : la guerre en Ukraine qui a déstabilisé l'économie mondiale, le retour de l'inflation qui a grignoté les revenus, les soubresauts politiques en France, et l'incertitude autour de la politique commerciale américaine. Dans cet environnement où chaque lendemain peut réserver son lot de mauvaises surprises, l'épargne se transforme en bouclier contre l'inconnu. Ce n'est plus seulement une stratégie financière, c'est devenu un rempart psychologique.

Au bout du compte, les 3,6 points de pourcentage qui séparent le taux d'épargne actuel de celui d'avant l'épidémie de coronavirus révèlent qu'une méfiance s'est enracinée. Même quand les voyants économiques repassent au vert, les réserves restent intactes. Cette prudence, devenue un réflexe, freine la reprise de la consommation et redessine durablement le rapport des Français à l'argent.