par Francesco Guarascio
BRUXELLES, 11 mars (Reuters) - Les dépôts bancaires
étrangers ont diminué dans la plupart des Etats de la zone euro
au second semestre 2018, en raison de scandales de blanchiment
d'argent, suivant des données de la Banque centrale européenne
(BCE).
De gros dépôts en provenance de l'étranger ou des flux
financiers transfrontaliers d'une ampleur inusitée sont des
caractéristiques fréquentes du blanchiment d'argent, que l'on
retrouve dans les affaires de la défunte banque lettone ABLV et
des filiales estoniennes de la danoise Danske Bank DANSKE.CO
et de la suédoise Swedbank SWADa.ST .
Toutes sont accusées d'avoir accepté de l'argent en
provenance de Russie et susceptible d'être le produit
d'activités criminelles, d'actes de corruption ou d'évasion
fiscale.
La baisse des dépôts étrangers a commencé au second semestre
de l'an passé et coïncide avec l'ouverture d'une enquête en
juillet sur Danske Bank pour blanchiment d'argent présumé de sa
filiale estonienne, prélude à ce qui allait être l'une des plus
importantes opérations financières illicites d'Europe.
Les dépôts en euro de personnes physiques ou morales
extérieures aux Dix-Neuf ont diminué de plus de 12% à 1.100
milliards d'euros de juin à décembre 2018, selon les dernières
données de la BCE analysées par Reuters, ce qui représente plus
de 150 milliards d'euros de perdus.
Ce tassement est visible dans la plupart des pays de la zone
euro, avec des exceptions telles que le Luxembourg, l'Irlande,
la Finlande ou le Portugal où les dépôts ont augmenté.
Les dépôts de non résidents, tout en étant en soi légitimes,
comportent en eux-mêmes plus de risques car ils sont plus
difficiles à tracer, surtout s'ils représentent une grosse
proportion de l'ensemble des dépôts, font valoir des experts
anti-blanchiment.
"Une proportion élevée de dépôts de non résidents est
l'indicateur d'un risque plus élevé de blanchiment", dit Laure
Brillaud, du groupement anti-corruption Transparency
International.
Nicolas Veron, expert du cercle de pensée bruxellois
Bruegel, explique qu'une telle situation justifie une attention
soutenue de la part des autorités.
A la suite de la faillite pour cause de blanchiment présumé
d'ABLV, troisième banque lettone, en 2018, le précédent
gouvernement a fixé l'an passé à 5% le plafond des dépôts de non
résidents, alors qu'il avait atteint près de 50% peu de temps
après que l'Etat balte eut rejoint l'euro, soit en 2014.
LUXEMBOURG EN TÊTE
Conséquence d'une prise de conscience de ce risque ou d'une
fuite de l'argent suspect face à des autorités devenues plus
regardantes, le montant des dépôts étrangers a récemment diminué
dans la plupart des Etats et de la zone euro et il représentait
8% du total des dépôts en décembre contre près de 9% six mois
auparavant.
Toutefois, la situation varie grandement d'un Etat à
l'autre.
Dans les Etats baltes, propulsés sous les feux de
l'actualité ces derniers mois, les dépôts de non résidents
diminuent à la fois en valeur absolue et en proportion du total
des dépôts.
En Lettonie, où le nouveau gouvernement de centre-droit
entré en fonction en janvier a supprimé le plafond de 5% mis en
place par l'équipe précédente, les dépôts étrangers diminuent
depuis des années et représentent actuellement près de 12% du
total des dépôts, qui est de 16 milliards d'euros.
Ces dépôts se dégonflent aussi en Estonie et représentent
moins de 3% du total.
En Finlande, où Nordea NDAFI.HE , le premier établissement
bancaire du pays, fait l'objet d'accusations de blanchiment
présumé en raison de transaction avec des sociétés-écran des
Iles Vierges britanniques et de Panama, les fonds étrangers sont
au contraire en croissance et comptent pour 7% du total.
C'est le Luxembourg qui arrive en tête, avec des dépôts de
non résidents qui représentent plus de 17% du total, soit un
encours de 63 milliards d'euros, la moitié environ de l'argent
déposé en Allemagne, la première économie de la zone euro.
En Allemagne et en Italie, les dépôts étrangers sont bien
inférieurs à 4% du total. En France et aux Pays-Bas, leur part
est de 16%.
(Avec Gederts Gelzis à Riga, Wilfrid Exbrayat pour le service
français, édité par Marc Joanny)