Warsh redéfinit les règles du jeu et laisse présager une Fed moins prévisible information fournie par Reuters 18/06/2026 à 14:45
par Lewis Krauskopf et Laura Matthews
Le mandat de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale (Fed) a débuté par une refonte en profondeur du fonctionnement de la banque centrale, privant ainsi les investisseurs d'indications précieuses sur l'évolution future des taux d'intérêt et les exposant probablement à une plus grande incertitude à l'avenir.
La Fed a, comme prévu, maintenu mercredi ses taux d'intérêt inchangés, mais a adopté un ton jugé "hawkish" par le marché, puisque neuf responsables prévoient désormais une hausse des taux d'ici fin 2026, tandis que la déclaration de politique monétaire a supprimé les formulations utilisées pour indiquer la probabilité de nouvelles baisses des coûts d'emprunt en 2026.
Les investisseurs seront également confrontés à une Fed plus opaque, qui abandonne les traditionnelles indications prospectives et restructure sa communication.
Les investisseurs attendaient avec impatience la première réunion présidée par Kevin Warsh, après qu'il a promis, lors de son audition de confirmation, un nouveau cadre pour la maîtrise de l'inflation et une éventuelle révision de sa politique de communication.
L'un des changements immédiats observés a été la publication d'un communiqué de politique monétaire plus concis, dans lequel toute référence à d'éventuelles mesures à court terme a été omise, reprenant ainsi le format utilisé par Alan Greenspan, président de la Fed de 1987 à 2006.
De plus, le nouveau patron de la Fed n'a pas présenté ses prévisions pour le "dot plot", graphique en points reflétant les anticipations des membres du comité sur la future évolution des taux d'intérêt, ce qui marque également une rupture avec la pratique antérieure.
"On passe de ce qui était, selon moi, la Fed la plus transparente, qui n'aimait pas créer de surprises ni de déceptions, à une Fed moins transparente, qui ne veut pas être enfermée dans un carcan ni liée par les orientations prospectives données précédemment", souligne Michael Arone, stratège chez State Street Investment Management.
Au cours des vingt dernières années, les marchés ont systématiquement anticipé les décisions de la Fed avec une très grande précision, note David Seif, chef économiste chez Nomura.
"La simplification de la communication pourrait, à terme, signifier la fin de cette idée qui persiste depuis un certain temps, selon laquelle la Fed ne surprend presque jamais les marchés", dit David Seif, chef économiste chez Nomura.
Kevin Warsh a également annoncé un réexamen des opérations de la Fed, notamment de son bilan, de sa communication, de ses sources de données, de sa productivité et de ses effectifs, ainsi que de son cadre de lutte contre l'inflation.
SIGNES DE RESSERREMENT
Les marchés avaient entamé l'année 2026 en anticipant de nouvelles baisses des taux d'intérêt de la part de la Fed, mais ces prévisions ont été complètement bouleversées par la flambée des prix de l'énergie déclenchée par la guerre au Moyen-Orient, ce qui a fait pencher les perspectives vers une éventuelle hausse en fin d'année.
L'inflation se situe par ailleurs bien au-dessus de l'objectif de 2% fixé par la Fed, un objectif auquel Kevin Warsh a réaffirmé mercredi son attachement.
L'accent mis par le patron de la Fed sur la stabilité des prix envoie également un signal de resserrement aux marchés, déclare Josh Jamner, analyste chez ClearBridge Investments.
Mercredi soir, les contrats à terme sur les taux des fonds fédéraux laissaient entrevoir une probabilité supérieure à 50% d'une hausse des taux en septembre, selon les données de CME FedWatch.
Cependant, certains investisseurs estiment que la réaction du marché aux annonces de la Fed, avec la Bourse de New York plongeant dans le rouge et les rendements obligataires et le dollar en forte hausse, pourrait être excessive.
"Je ne pense pas que cela soit nécessairement aussi hawkish que les gens le laissent entendre, car (Warsh) comprend que les prix de l'essence vont probablement faire baisser l'inflation globale à terme", dit Drew Matus, stratège chez MetLife Investment Management.
(Lewis Krauskopf et Laura Matthews, avec la contribution de Suzanne McGee et Saqib Iqbal Ahmed ; version française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)