Wall Street vue dans le désordre, l'Europe dans le rouge, les taux français et l'IA inquiètent
information fournie par Reuters 20/10/2026 à 13:22

Des courtiers à l'œuvre dans la salle des marchés de la Bourse de New York (NYSE), à New York

par Claude Chendjou

Wall Street est attendue dans le désordre mardi à l'ouverture, tandis que les Bourses européennes sont dans le rouge à ‌la mi-séance, dans un contexte d'aversion au risque au regard des craintes sur le niveau de la dette des Etats, conjuguées aux violences qui ont émaillé les manifestations du week-end en France, ainsi que d'interrogations sur l'intelligence artificielle (IA). Les futures sur indices new-yorkais signalent une ouverture de ​Wall Street en hausse de 0,24% pour le Dow Jones, mais une baisse de 0,05% pour le Standard & Poor's 500 et de 0,40% pour le Nasdaq au lendemain déjà d'une séance en ordre dispersé.

À Paris, le CAC 40 perd 0,75% à 7.808,70 points vers 10h40 GMT. À Francfort, le Dax recule de 0,73% et à Londres, le FTSE cède 0,53%.

L'indice paneuropéen FTSEurofirst 300 régresse de 0,56% et l'EuroStoxx 50 de la zone euro de 0,97%. Le Stoxx 600 reflue de 0,67%, la plupart de ses grands secteurs étant dans le rouge, ​notamment le compartiment technologique (-1,55%) et celui de l'industrie (-2,02%).

Les rendements des obligations d'Etat françaises sont repartis mardi à la hausse à la mi-séance après une légère baisse en matinée au lendemain de leur plus forte progression quotidienne en près d'un mois, les investisseurs restant prudents avant le vote sur le projet de loi de finances prévu dans le courant de la ​journée.

"Bien que n'étant pas déterminant pour le processus global, le vote d'aujourd'hui sur les recettes du projet de loi de finances (français) revêt ⁠une importance accrue en tant que signal à court terme", note Jamie Searle, stratégiste taux européens chez Citi.

Ce contexte de prudence intervient après la demande par le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, de l'instauration de couvre-feux localisés et partiels dans ‌l'Hexagone à la suite des violences et des pillages en marge de manifestations samedi où se mêlaient revendications des lycéens et mécontentement face au coût de la vie.

"Les investisseurs s'interrogent sur la capacité du pays à conjuguer apaisement social et redressement budgétaire", souligne dans une note Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés pour eToro.

L'écart de rendement entre l'OAT française et le Bund allemand à dix ans, référence pour la zone euro, ​se creuse désormais à plus de 150 points de base. Il avait atteint 158,67 points de base ‌début octobre, son niveau le plus élevé depuis novembre 2011.

La tendance observée sur l'OAT se reflète sur le BTP italien, qui prend trois points de base, à 4,6012%, le ratio ⁠de la dette publique de l'Italie par rapport au PIB étant à environ 137,1%. Les rendements souverains grecs et belges progressent également sur fond d'inquiétudes croissantes concernant la soutenabilité des finances publiques.

"Il est difficile pour les investisseurs de se montrer particulièrement confiants envers l'Europe actuellement", souligne Neil Wilson, stratégiste en investissements chez Saxo.

"À quel point souhaitez-vous vous exposer à l'Europe en ce moment, alors que vous n'êtes pas vraiment sûr des politiques que les gouvernements vont mener au cours des prochaines années, et que la France est au centre de ces politiques ?", ⁠ajoute-t-il.

Parallèlement aux craintes dans l'obligataire, les investisseurs analysent une ‌nouvelle série de résultats d'entreprises contrastés en Europe, en attendant les comptes financiers aux Etats-Unis de General Motors avant l'ouverture de Wall Street et de Netflix après la clôture.

LES VALEURS À SUIVRE À WALL STREET

VALEURS ⁠EN EUROPE

Les valeurs technologiques européennes du secteur des semi-conducteurs chutent, pénalisées par les inquiétudes concernant le financement de l'IA et la rentabilité des investissements dans le secteur: Siltronic abandonne 5,71%, ams-Osram 5,27%, Soitec 5,25%, ASML 2,63%, ASM International 2,92%, BE Semiconductor Industries 2,92%, Infineon 2,78%, STMicroelectronics ‌3,16% et VAT 2,65%.

Schneider Electric perd 2,97% après une augmentation de capital de six miliards d'euros destinée à financer en partie son acquisition de PTC. Le prix de souscription, fixé à 240 euros par action, représente une décote de ⁠près de 5% par rapport au cours de clôture de l'action lundi et de 21% par rapport au cours du titre avant l'annonce de cette acquisition.

OVHcloud grimpe de 9,37% après ⁠avoir dit viser une marge d'Ebitda ajustée supérieure à 42,5% pour ‌2027.

Solvay chute de 5,54% au lendemain d'un abaissement des perspectives annuelles du groupe chimique belge.

ABB plonge de 5,65%, les inquiétudes liées à l'IA pèsant sur le cours de l'action de la société d'ingénierie suisse, qui est un fournisseur majeur de centres de données, malgré des ​commandes record.

Comet Holding prend 2,8%, le fabricant suisse d'équipements électroniques ayant annoncé une hausse de ses ventes au troisième trimestre, grâce notamment à l'expansion de ‌ses centres de données et de son infrastructure d'IA.

TAUX

Le rendement du Bund allemand à dix ans cède 2,3 points de base, à 3,43%, mais son équivalent français grimpe à 4,9937%, proche de plus haut niveau depuis juillet 2002, atteint début octobre. Celui des bons du Trésor américain à dix ans perd 1,2 ​point de base, à 5,1231%. Il avait pris 4,2 points de base la veille, à la suite de sa plus forte baisse hebdomadaire en sept mois, alors que les inquiétudes concernant l'impact de la hausse des taux d'intérêt sur les actions de l'IA s'étaient atténuées sans pour autant disparaître complètement.

CHANGES

Le dollar se déprécie de 0,12% face à un panier de devises internationales, mais reste proche du bas de la fourchette de négociation d'octobre.

L'euro, qui a touché la semaine dernière son plus bas niveau depuis mai 2025 à 1,1113 dollar, recule ⁠mardi de 0,03%, à 1,1207 dollar, malgré l'apaisement des troubles en France durant la nuit de lundi à mardi.

"Les inquiétudes en France ne sont pas près de disparaître", prédit Tommy von Brömsen, stratégiste devises chez Handelsbanken.

"La perspective pessimiste concernant la France va persister encore un certain temps et une faiblesse supplémentaire de l'euro doit encore être prise en compte dans les cours", a-t-il ajouté.

La livre sterling s'échange à 1,3339 dollar (+0,28%), après la publication de données montrant la résilience du marché du travail en Grande-Bretagne.

"Le risque est qu'un marché du travail résilient donne à la Banque d'Angleterre à la fois une marge de manœuvre et un motif de relever à nouveau ses taux d’intérêt", commente Lale Akoner, stratégiste chez eToro.

PÉTROLE

Le marché pétrolier s'affermit mercredi en l'absence de véritables progrès dans les initiatives visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Le Brent monte de 1,74% à 111,49 dollars le baril, près de son pic de cinq mois, tandis que le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) bondit de 5,02% à 108,86 dollars.

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(Rédigé par Claude Chendjou; avec ​la contribution de Stefano Rebaudo, Avinash P, Nathan Vifflin; édité par Benoit Van Overstraeten)