Wall Street cherche ses repères après la victoire démocrate information fournie par Zonebourse 04/11/2026 à 14:33
Wall Street s'oriente vers une ouverture en hausse mercredi, après une nuit électorale agitée. Les derniers contrats à terme gagnent 1,65% sur le Dow Jones, 0,95% sur le S&P 500 et 0,34% sur le Nasdaq 100. Les investisseurs commencent à mesurer les conséquences de la victoire démocrate lors des midterms : un frein au programme de Donald Trump, des taux qui se détendent et de nouvelles interrogations sur l'essor de l'intelligence artificielle. Le dollar, lui, est retombé à son plus bas depuis début octobre.
Le verdict des urnes est tombé. Celui des marchés se précise encore. En remportant la Chambre des représentants et le Sénat, les démocrates imposent à Donald Trump la perspective d'un Congrès d'opposition pour la seconde moitié de son mandat. Affaibli et désavoué, le président a choisi un ton conciliant au New York Times : "Je suis tout à fait disposé à accepter ces résultats", a-t-il déclaré, avant de se dire prêt à travailler avec ses adversaires. Les mandats des élus de la nouvelle majorité ne commenceront que le 3 janvier 2027 et, d'ici là, le Congrès sortant conserve ses pouvoirs. Donald Trump dispose donc encore de quelques semaines pour tenter de faire adopter des textes par la majorité républicaine, puis les promulguer. La défaite électorale réduit son horizon politique sans interrompre immédiatement son action.
A Wall Street, la première réaction a été nerveuse. Dans la nuit, les contrats à terme sur le Nasdaq 100 ont perdu jusqu'à 2,4% et ceux sur le S&P 500 jusqu'à 1,4%, avant de se redresser. Le marché cherche désormais à distinguer les promesses de campagne des décisions qui pourront réellement être prises.
Selon les futures sur indices, le Dow Jones et le S&P 500 devraient progresser de respectivement 1,72 et 0,91%, tandis que le Nasdaq devrait être un peu plus frileux, mais progresser d'environ 0,20% à l'ouverture. Mardi, les indices avaient terminé en ordre dispersé : le Nasdaq 100 avait gagné 0,68%, à 25 372,01 points, et le S&P 500 0,36%, à 7 568,92 points. Le Dow Jones avait cédé 0,38%, à 51 786,72 points.
Trump dans les cordes, taux et dollar sous pression
Le marché obligataire donne une première lecture du scrutin. Avec un Congrès démocrate, de nouvelles baisses d'impôts ou mesures de relance seront plus difficiles à faire adopter. Les investisseurs anticipent donc une impulsion budgétaire moins forte et se tournent vers les obligations américaines. Leur prix monte, leur rendement baisse : le taux à dix ans revient autour de 4,91%, en recul d'environ quatre points de base.
Le dollar accompagne ce mouvement. L'indice qui mesure son évolution face à six grandes devises perd environ 0,6%, autour de 101,1 points, après être retombé à son plus bas depuis début octobre. L'euro progresse de 0,52%, à 1,1264 dollar. Des rendements moins élevés réduisent l'attrait des placements en dollars. Pour les multinationales américaines, ce recul du billet vert peut néanmoins offrir un soutien : leurs revenus étrangers prennent davantage de valeur une fois convertis dans leur monnaie. La détente des taux peut aussi alléger le coût du financement.
Mais ces effets favorables ne règlent pas tout. Moins de relance signifie également moins de soutien potentiel à l'activité et aux bénéfices. Et les démocrates ne pourront pas imposer librement leur programme : Donald Trump conservera son droit de veto. Le partage du pouvoir peut protéger les entreprises des changements brusques, mais il promet aussi des négociations difficiles sur le budget et le plafond de la dette en 2027.
Centres de données : le coup de frein redouté
Pour la tech, les conséquences les plus concrètes pourraient se jouer loin de Washington. Plusieurs élus souhaitent en effet encadrer davantage la construction des centres de données, indispensables au développement de l'intelligence artificielle.
Les inquiétudes se concentrent sur le Texas, où Gina Hinojosa, victorieuse face au gouverneur républicain Greg Abbott, défend un moratoire sur les nouvelles installations et la suppression des exonérations fiscales accordées au secteur. L'enjeu dépasse les frontières de l'Etat : le Texas pourrait représenter, à lui seul, près de 30% de la demande américaine en puissance électrique consacrée à l'IA en 2028. En Géorgie comme dans l'Ohio, les nouvelles gouverneures souhaitent également durcir les règles.
Au coeur de cette bataille politique, la question de facture de l'IA est essentielle. Très gourmands en électricité, les centres de données nécessitent de lourds investissements dans les réseaux. Les élus veulent éviter que leur essor ne se traduise par une hausse des factures des ménages. Pour les entreprises, ces contraintes supplémentaires pourraient retarder les constructions et alourdir les coûts. Certains projets pourraient être déplacés vers des territoires plus accueillants, mais leur calendrier et leur rentabilité resteraient à revoir. Cette incertitude se répercute sur toute la chaîne de l'IA.
Dans l'actualité des valeurs
Du côté des valeurs, les publications d'entreprises rappellent pourtant que la demande reste soutenue, même si les gains de plusieurs titres se sont réduits.
En préouverture, AMD progresse de 2,02%, à 493,68 dollars, porté par des perspectives supérieures aux attentes. Le fabricant de puces vise environ 17 milliards de dollars de chiffre d'affaires au quatrième trimestre, contre 16,23 milliards anticipés. Ses ventes aux centres de données ont bondi de 97% au troisième trimestre, confirmant la vigueur des commandes.
Arista Networks est attendu en hausse de 7,12%, à 182 dollars. Le spécialiste des équipements réseau profite lui aussi des investissements dans l'IA. Ses prévisions de revenus pour le quatrième trimestre, comprises entre 3,9 et 4 milliards de dollars, dépassent nettement les quelque 3,6 milliards attendus par le marché.
Skyworks Solutions devrait chuter de 13,03%, à 74,27 dollars, sanctionné pour ses prévisions décevantes. Sur fond de faiblesse du marché des smartphones, notamment Android haut de gamme, le groupe prévoit un bénéfice ajusté de 1,25 dollar par action pour le trimestre en cours, contre environ 1,52 dollar attendu.
Tesla devrait céder 5,63%, à 376,06 dollars. Le revers du camp républicain, soutenu par Elon Musk, nourrit les interrogations sur l'environnement politique de ses entreprises, notamment au Texas. Le constructeur est également visé par les accusations d'une association de consommateurs sud-coréenne concernant la commercialisation de son logiciel d'aide à la conduite.
L'économie après les urnes
La politique ne fait pas oublier la conjoncture. Selon l'enquête ADP sur l'emploi dans le secteur privé, l'économie américaine a créé 86 000 le mois dernier, plus que les 67 000 attendus par les analystes, mais moins que les 90 000 enregistrés en septembre. Ces bonnes données viennent confirmer la solidité actuelle du marché du travail aux Etats-Unis, permettant à la Réserve fédérale de se concentrer sur l'inflation. Les investisseurs ont sauront plus vendredi avec la publication du très attendu rapport mensuel sur l'emploi.
Autrement, à 14h30, la balance commerciale de septembre devrait faire apparaître un déficit de 108 milliards de dollars, contre 106 milliards précédemment. Après l'ouverture de Wall Street, l'attention se portera sur l'ISM des services, à 16h, attendu à 54,8, après 54,9. Ses composantes d'emploi et de prix permettront de voir si l'activité résiste sans entretenir davantage l'inflation. Les stocks pétroliers hebdomadaires de l'EIA suivront à 16h30.