Une trêve, fragile comme le cristal
information fournie par Edmond de Rothschild AM 10/04/2026 à 17:28

Flash Marchés Edram

  • La désescalade au Moyen-Orient a permis une détente des taux d'État et un rebond des actifs risqués, tandis que les anticipations de marché concernant les politiques monétaires sont partout révisées à la baisse.
  • Le président de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a indiqué que les contraintes d'approvisionnement en pétrole devraient s'accentuer nettement en avril, sous l'effet d'une perte de 12 millions de barils par jour.
  • Les enquêtes de conjoncture pour mars montrent un impact plus marqué du conflit en zone euro qu'aux États-Unis. En Europe, les PMI apparaissent en effet plus fragiles dans les pays fortement exposés aux exportations vers le Golfe, comme l'Italie.

Un cessez-le-feu de quinze jours a été conclu in extremis mardi soir entre les États-Unis et l'Iran, après des tensions marquées par des menaces explicites de Donald Trump, qui avait évoqué la possibilité de « rayer de la carte toute la civilisation iranienne ». Le plan iranien en dix points exige un engagement de non-agression des États-Unis, le retrait de leurs forces de combat de la région, l'arrêt de la guerre sur tous les fronts – y compris contre la « résistance islamique » au Liban –, le maintien du contrôle iranien sur le détroit d'Ormuz, la reconnaissance d'un « droit à enrichir » l'uranium, la levée de l'ensemble des sanctions et le versement de réparations à Téhéran. Ce document, que Donald Trump présente néanmoins comme une « base viable » de négociation, se distingue nettement du plan américain en quinze points, centré sur la fin du programme nucléaire iranien, la remise des stocks d'uranium enrichi, la limitation des capacités balistiques et la sécurisation internationale du détroit d'Ormuz. Benjamin Netanyahou a officiellement soutenu la trêve, mais Israël a précisé que celle-ci ne s'appliquait pas à ses opérations contre le Hezbollah au Liban, ce qui constitue, avec la réouverture du détroit à la navigation, un point de fragilité majeur pour les négociations à venir.

Cette désescalade géopolitique a eu un impact immédiat sur les prix de l'énergie. En parallèle, l'Iran et Oman ont évoqué la mise en place d'un droit de passage d'environ 1 dollar par baril pour les flux de pétrole transitant par le détroit d'Ormuz, que Téhéran n'a pas encore rouvert à la navigation. Le président de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a indiqué que les contraintes d'approvisionnement en pétrole devraient s'accentuer nettement en avril, sous l'effet d'une perte de 12 millions de barils par jour, une fois que les pétroliers déjà en mer au moment du déclenchement des hostilités auront livré leurs cargaisons.

La désescalade au Moyen-Orient a permis une détente des taux d'État et un rebond des actifs risqués, tandis que les anticipations de marché concernant les politiques monétaires sont partout révisées à la baisse. Au Royaume-Uni par exemple, les investisseurs n'anticipent plus qu'un peu moins de deux hausses de taux directeurs en 2026, contre quatre au plus fort du conflit. Le choc inflationniste reste marqué, avec une hausse des prix d'environ 1 % selon les pays pour le seul mois de mars, mais son impact est jugé transitoire à la faveur de la fin du conflit.

Les statistiques publiées cette semaine confirment une activité solide en février, en amont du conflit, surtout aux États-Unis. Les ventes au détail ont progressé de 0,6 % en variation mensuelle, au-dessus des 0,5 % attendus, après une révision de janvier à –0,1 %. La consommation a augmenté de 2,5 % sur un an en février, et la croissance du PIB au quatrième trimestre 2025 a été révisée à 0,5 % en rythme trimestriel annualisé. Le taux de chômage recule à 4,3 %, tandis que la progression des salaires ralentit à 3,5 % sur un an, contre 3,7 % attendu et 3,8 % en février, ce qui signale un certain apaisement des tensions nominales sur le marché du travail.

Les enquêtes de conjoncture pour mars montrent un impact plus marqué du conflit en zone euro qu'aux États-Unis. L'ISM des services américains demeure en zone d'expansion, à 54 contre 56,1 en février, avec une composante des prix à 70,7 contre 63,0, confirmant que les pressions sur les coûts restent élevées dans les services. En zone euro, les PMI apparaissent plus fragiles dans les pays fortement exposés aux exportations vers le Golfe, comme l'Italie, où ces enquêtes sont désormais passées en zone de contraction.

La volonté de mettre fin au conflit, et la nomination J.D. Vance pour porter les négociations nous amènent à continuer de repondérer le risque de nos portefeuilles diversifiés, tant sur les actions que sur le crédit. Nous rajoutons également de la duration sur les parties courtes des courbes pour bénéficier des révisions à la baisse des hausses de taux des banques centrales.

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