Une économie mondiale "plus fragile qu'il n'y paraît", selon Standard Chartered information fournie par Zonebourse 22/07/2026 à 09:32
Le premier semestre 2026 restera dans les mémoires. Au cours des deux premiers mois de l'année, Donald Trump a neutralisé deux de ses homologues, à savoir les dirigeants du Venezuela et de l'Iran. Depuis, les Etats-Unis s'embourbent (une fois de plus) dans une guerre au Moyen-Orient qui a entraîné la fermeture du détroit d'Ormuz et déstabilisé les cours mondiaux du pétrole. De quoi faire dérailler les marchés ? Que nenni ! Ceux-ci ont fait montre d'une résilience inattendue, soutenus par la dynamique de l'IA. Néanmoins, Philippe Dauba-Panatacce, économiste spécialiste de la géopolitique chez Standard Chartered, appelle à la vigilance : les moteurs de la croissance seraient de plus en plus étroits.
Les guerres du Golfe se suivent et se ressemblent (un peu) : une armée américaine qui roule des mécaniques avant de s'enliser, des pertes humaines, des cours du pétrole qui s'agitent... Une nouveauté, tout de même : le serpent de mer que constituait la fermeture du stratégique détroit d'Ormuz est devenue une réalité. Pourtant, malgré ces circonstances inédites, les marchés financiers sont restés sereins.
"Finalement, la résilience de l'économie mondiale et des marchés financiers constitue la véritable surprise du premier semestre", souligne Philippe Dauba-Panatacce. Si Standard Chartered a tout de même abaissé sa prévision de croissance mondiale de 3,4% à 3% pour 2026, la banque rappelle que l'effondrement redouté n'a pas eu lieu. "Les craintes de pénurie généralisée d'énergie ne se sont pas matérialisées, même sur le kérosène, dont les marchés ont, un temps, redouté la pénurie", poursuit le spécialiste.
La raison de cette résilience ? Un "supercycle" dans l'intelligence artificielle qui a généré des investissements massifs dans les centres de données, les semi-conducteurs et les infrastructures numériques, notamment aux Etats-Unis, à Taïwan, en Corée du Sud ou à Singapour. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les investissements des hyperscalers sont évalués entre 650 et 725 MdsUSD pour 2026, contre entre de 380 et 410 MdsUSD un an plus tôt.
A en croire Standard Chartered, cette vigueur masque pourtant une réalité plus contrastée. "Si l'on retire l'IA de l'équation, on se rend compte que la demande américaine s'affaiblit". Pour Philippe Dauba-Panatacce, cette concentration des moteurs de croissance accroît le risque d'une économie mondiale à deux vitesses ("K-shape economy"), où quelques secteurs surperforment tandis que le reste de l'activité ralentit.
Le pétrole reste le principal risque
Malgré le regain de tension au Moyen-Orient, la hausse du Brent reste pour l'instant limitée, même si le marché de l'or noir reste foncièrement "tendu", note le spécialiste. En effet, la nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz est intervenue avant même que les stocks stratégiques ne puissent être reconstitués.
Les réserves pétrolières des pays de l'OCDE se rapprochent ainsi de niveaux historiquement faibles, tandis qu'une partie des capacités de production du Moyen-Orient pourrait être perdue durablement après les dommages subis par certains champs pétroliers, explique Philippe Dauba-Panatacce.
L'envolée limitée des cours du brut s'expliquerait surtout par la faiblesse de la demande chinoise ainsi que par la prudence des investisseurs, désormais moins enclins à sur-réagir aux crises géopolitiques après plusieurs épisodes où les prix du pétrole avaient rapidement reflué.
"Il suffirait pourtant d'un événement majeur sur une infrastructure pétrolière pour provoquer un véritable repricing", prévient le spécialiste, qui n'exclut pas une possible entrée des Houthis yéménites dans l'équation guerrière.
Les droits de douane reviennent au premier plan
Autre facteur d'incertitude, les fameux droits de douane "réciproques" que Trump a voulu imposer au monde entier lors du "Liberation Day". Si la Cour de justice des Etats-Unis a ordonné le remboursement de quelque 81 MdsUSD indûment perçus, Donald Trump a créé la surprise en début de semaine en annonçant imposer des droits de douane de 50% sur le Canada. Ainsi, "Les Etats-Unis n'ont absolument pas abandonné cette stratégie. Et elle continuera de peser sur le commerce mondial", constate l'expert.
Ces mesures compliquent les décisions d'investissement des entreprises disposant de chaînes d'approvisionnement internationales alors que les flux se sont déjà recomposés autour de nouvelles routes commerciales, via le Vietnam ou le Mexique notamment.
Des banques centrales condamnées à l'attentisme
Face au ralentissement économique et au retour des tensions inflationnistes, Standard Chartered estime que les banques centrales disposent d'une marge de manoeuvre limitée, d'autant que le souvenir de l'inflation post-Covid pousse désormais les banquiers centraux à davantage de prudence. "Le risque de stagflation reste bien présent", résume Philippe Dauba-Panatacce.
A ce titre, la banque prévoit ainsi un long "statu quo" de la Fed : celle-ci qui pourrait maintenir ses taux inchangés pendant toute l'année 2026, voire jusqu'en 2027.
Selon Standard Chartered, la croissance des Etats-Unis devrait atteindre 2,3% en 2026 puis 2,1% en 2027, tirée par l'IA. Le scénario est moins optimiste pour l'Europe avec des prévisions de croissance ramenées de 1,1% à 0,4% pour 2026, malgré le plan de défense allemand en matière de défense et d'infrastructures. L'Europe est pourtant "à l'épicentre du réarmement mondial", assure le spécialiste.
Enfin, la croissance chinoise est attendue à 4,6% en 2026 puis 4,5% l'année suivante. "Pékin aura beau vendre toutes les voitures électriques et panneaux solaires, cela ne compensera pas la crise de l'immobilier sur le marché chinois", juge Philippe Dauba-Panatacce.
Dans ce contexte, Standard Chartered privilégie la prudence compte tenu de l'équilibre géopolitique encore fragile, des marchés financiers sous pression et d'une croissance reposant sur une base étroite.