"Une civilisation va mourir ce soir", dit Trump alors que l'Iran brave son ultimatum
information fournie par Reuters 07/04/2026 à 18:26

(Actualisé tout du long avec précisions)

par Parisa Hafezi et Trevor Hunnicutt

Le président américain a menacé que "toute une civilisation (mourrait) ce soir" alors que l'Iran ne montre aucune volonté de conclure un accord avant l'expiration mardi soir de l'ultimatum fixé par Donald Trump.

Le locataire de la Maison blanche a donné à Téhéran jusqu'à 20h00 heure de Washington mardi - 00h00 GMT et 03h30 mercredi en Iran - pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Si la République islamique ne scelle pas un accord d'ici là, les Etats-Unis détruiront chaque pont et centrale électrique en Iran, a dit Donald Trump.

L'Iran a fait savoir qu'il frapperait en représailles les alliés des Etats-Unis dans la région, dont les villes - situées dans le désert - deviendraient inhabitables si elles étaient privées d'eau et d'électricité.

Au cours de la journée de mardi, de nombreuses infrastructures, notamment ferroviaires et énergétiques, ont été visées par des bombardements israélo-américains à travers l'Iran, ainsi que des cibles militaires sur l'île iranienne de Kharg dans le détroit d'Ormuz, selon les médias nationaux et des sources américaines.

Les Gardiens de la révolution islamique ont prévenu mardi les pays voisins de l'Iran que le temps de la retenue était "révolu".

LES MENACES DE TRUMP S'AMPLIFIENT

"Toute une civilisation va mourir ce soir, elle ne reviendra jamais. Je ne veux pas que cela se produise, mais cela se produira sans doute", a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.

"Toutefois, maintenant que nous avons un changement total de régime, où des esprits différents, plus intelligents et moins radicalisés prédominent, peut-être que quelque chose de révolutionnairement merveilleux peut arriver. Qui sait? Nous verrons ce soir, lors de l'un des moments les plus importants de la longue et complexe histoire du monde."

Selon Brian Finucane, un ancien conseiller juridique du Département d'Etat américain qui travaille désormais pour l'International Crisis Group, les propos de Donald Trump "pourraient être interprétés comme la menace de commettre un génocide" dans le cadre du droit américain et du droit international.

Bombarder délibérément des infrastructures civiles est une violation du droit humanitaire international et peut constituer un crime de guerre.

DES POURPARLERS DE PAIX COMPLIQUÉS

Quelques heures avant l'expiration de l'ultimatum de Donald Trump, une source iranienne de haut rang a déclaré que Téhéran refusait toujours de rouvrir le détroit d'Ormuz en l'absence de concessions de la part des Etats-Unis.

Téhéran a rejeté une proposition de cessez-le-feu temporaire émise par Washington et relayée par le Pakistan, qui joue les médiateurs entre les deux camps, a rapporté l'agence de presse officielle Irna, ajoutant que les autorités iraniennes voulaient une fin permanente à la guerre avec les Etats-Unis et Israël.

Un autre haut représentant iranien avait déclaré un peu plus tôt à Reuters qu'il était exclu que Téhéran rouvre le détroit d'Ormuz en échange uniquement d'un cessez-le-feu temporaire, disant également ne pas croire que les Etats-Unis étaient disposés à respecter une telle mesure.

Selon l'agence Irna, la réponse formulée par Téhéran à la proposition relayée par Islamabad comprend 10 clauses, dont la fin des conflits à l'échelle régionale, un protocole pour une traversée sûre du détroit d'Ormuz, la levée des sanctions visant l'Iran et la reconstruction du pays.

Donald Trump a rejeté la proposition iranienne, qu'il a décrite devant des journalistes, lors d'un événement pour Pâques dans les jardins de la Maison blanche, comme "significative" mais "pas suffisamment bonne".

Les marchés financiers restaient paralysés par l'incertitude, ne sachant pas si Donald Trump mettrait ses menaces à exécution ou s'il reviendrait dessus.

Les Iraniens espèrent que la mise à exécution des menaces pourrait être évitée.

"J'espère qu'il ne s'agit que d'un nouveau bluff de (Donald) Trump", a dit Shima, qui habite à Ispahan et que Reuters a pu joindre par téléphone.

ISRAËL LANCE DE NOUVELLES ATTAQUES

Israël a lancé de nouvelles attaques contre des infrastructures iraniennes avant l'expiration de l'ultimatum de Donald Trump.

L'Etat hébreu a visé des voies ferrées et des ponts qui, selon le Premier ministre Benjamin Netanyahu, étaient utilisés par les Gardiens de la révolution iranienne pour transporter, entre autres, des armes et des matières premières.

Israël a également prévenu les personnes se trouvant près de voies ferrées qu'elles seraient en danger.

Des coupures d'électricité ont affecté certaines zones de la ville de Karaj, dans le nord de l'Iran, après que des projectiles tirés lors d'une frappe ont touché des lignes de transmission.

Une synagogue de Téhéran a été détruite dans la nuit de lundi à mardi durant, selon l'Iran, une frappe israélienne.

"Le bâtiment de la synagogue a été complètement détruit. Nos rouleaux de Torah ont été abandonnés sous les décombres", a dit Homayoun Sameh, un parlementaire représentant la communauté juive d'Iran.

(Avec les bureaux de Reuters, rédigé par Peter Graff et Charlie Devereux; version française Jean Terzian et Camille Raynaud, édité par Benoit Van Overstraeten)