Un porte-conteneurs sud-coréen va tester la route arctique, avec l'approbation de la Russie information fournie par Reuters 20/08/2026 à 11:47
par Brenda Goh et Joyce Lee
La Corée du Sud donnera samedi le départ d'un porte-conteneurs à destination de l'Europe via l'Arctique, afin de s'assurer de la viabilité d'une route commerciale ouverte par la fonte de la banquise, en coopération avec la Russie, malgré le mécontentement des alliés occidentaux.
En cas de succès, ce voyage, qui devrait durer entre 40 et 45 jours, serait le premier de ce type effectué par la Corée du Sud. Elle compterait alors parmi les rares pays, aux côtés de la Chine et de la Russie, dont les compagnies maritimes ont testé ou exploité des services de fret sur cette route.
Partant du port de Busan, dans le sud-est du pays, en direction du nord, le PanStar Acro fera escale à Felixstowe en Grande-Bretagne, à Rotterdam aux Pays-Bas et à Gdansk en Pologne avant de revenir, a indiqué son opérateur.
"Autour du septembre, pendant lequel ce voyage aura lieu (...) la banquise arctique est à son niveau le plus bas de l’année, ce qui permet une navigation plus sûre", a déclaré un responsable du groupe sous couvert d'anonymat, ce dernier n'étant pas autorisé à s’exprimer auprès des médias.
Le président sud-coréen Lee Jae Myung a fait du transport dans l'Arctique une priorité. Les responsables du pays pensent en effet que cela pourrait transformer le port de Busan en une plaque tournante maritime mondiale et et faire de l'Arctique une route commerciale régulière d'ici 2030.
LES DIPLOMATES OCCIDENTAUX MÉCONTENTS DE CETTE COOPÉRATION
Les diplomates occidentaux sont toutefois mécontents de ce projet, car il a contraint Séoul à consulter la Russie et à solliciter des autorisations pour le voyage du navire.
"Nous voulons isoler la Russie, nous ne voulons pas de relations avec elle", a déclaré un diplomate européen, évoquant la guerre menée par Moscou en Ukraine, et ajoutant que ces préoccupations avaient été exprimées auprès des responsables sud-coréens.
Des experts en navigation arctique ont également indiqué que la Corée du Sud risquait d'enfreindre les sanctions si le navire sollicitait l'aide russe pour faire face aux problèmes rencontrés en cours de route.
Le ministère sud-coréen des Océans et le ministère des Affaires étrangères de Moscou n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.
LA FONTE ACCÉLÉRÉE DE LA GLACE DE MER REND CETTE ROUTE ATTRAYANTE
La fonte accélérée de la glace de mer arctique, attribuée au réchauffement climatique, a rendu plus envisageable cet été l'expérimentation de la Route maritime du Nord (RMN), comme on l'appelle.
Alors que le trafic s'intensifie, la fondation norvégienne de suivi Centre for High North Logistics a indiqué que 88 navires avaient effectué 103 traversées via la RMN l'année dernière, contre 97 en 2024 et 43 en 2022, provenant principalement de pays tels que la Russie et la Chine.
Le ministère sud-coréen des Océans a indiqué que la route arctique pourrait raccourcir les traversées de jusqu'à 35% par rapport au passage traditionnel par le canal de Suez, tout en nécessitant moins de carburant.
Cependant, la faisabilité commerciale pourrait s'avérer plus difficile à évaluer à cause des coûts unitaires de transport, alourdis par des facteurs tels que les limites de taille des navires et les prix d'assurance, a expliqué l’ancien officier de marine Hyewon Choi dans une étude publiée l’année dernière dans la revue Ocean Policy Research.
Cette route n'est navigable par les porte-conteneurs que pendant les trois mois d’été, lorsque la glace fond, a-t-il ajouté.
PanStar, la compagnie maritime sélectionnée à l'issue d'un appel d'offres organisé par le gouvernement pour le voyage pilote, a acheté à HMM 011200.KS un porte-conteneurs de 2.700 EVP (équivalent vingt pieds) qu'elle est en train d’adapter à la navigation polaire, avec un équipage de 20 Coréens et Indonésiens.
La société a indiqué qu’elle cherchait à transporter au moins 1.300 EVP de marchandises, notamment des pièces automobiles, des denrées alimentaires et des cosmétiques, ainsi que des cargaisons en provenance de Chine et du Japon.
(Rédigé par Brenda Goh et Joyce Lee; Version française Rihab Latrache, édité par Benoit Van Overstraeten)