Un plan social historique met à l'épreuve la cogestion chez Volkswagen information fournie par Boursorama avec AFP 03/09/2026 à 17:27
Le conseil de surveillance de Volkswagen se réunit vendredi pour examiner un plan de restructuration d'une ampleur inédite, prévoyant des milliers de suppressions d'emplois et mettant en péril plusieurs usines allemandes, au risque d'ébranler le modèle social du constructeur.
Comme l'ensemble de l'industrie automobile allemande, Volkswagen souffre d'une demande atone, d'une transition vers l'électrique plus lente qu'espéré et de la concurrence croissante des marques chinoises, qui pèsent sur ses ventes et sa rentabilité.
Le président du directoire, Oliver Blume, a estimé que le modèle économique du groupe aux dix marques, dont Volkswagen, Audi, Porsche, Skoda et Seat, "ne fonctionne plus" et veut donc accélérer les réformes indispensables pour sa survie.
Son plan de redressement pourrait entraîner jusqu'à 100.000 suppressions d'emplois dans le monde d'ici à la fin de la décennie, soit environ 15% des effectifs du groupe et le double d'un précédent plan actant 50.000 départs.
Il a aussi douté que les usines allemandes d'Emden, Hanovre, Zwickau et Neckarsulm "restent rentables dans les années 2030", une fois les accords de garantie d'emploi arrivés à terme.
Le sort de l'usine de Zwickau (est), qui produit seulement des voitures électriques, est particulièrement scruté.
"Si elle devait vraiment fermer, vous pourriez mettre un gros point noir sur la carte", a estimé auprès de l'AFP Martin Lehmann, employé du site depuis près de quinze ans.
"Il y a tellement de passion, de coeur, d'âme et de tradition dans ces emplois", a-t-il dit, "nulle part dans le monde vous ne trouverez des personnes aussi profondément attachées à ce produit et à ce site qu'ici en Allemagne".
Pour Daniel Schwarz, analyste automobile chez Metzler, Volkswagen n'a pourtant d'autre choix que faire des économies face à la pression des constructeurs chinois.
Ces derniers "gagneront aussi des parts de marché en Europe", a-t-il prévenu, "c'est pourquoi les coûts doivent baisser".
Tensions sociales
La recherche d'un compromis s'annonce complexe dans un système de cogestion où, au sein du conseil de surveillance de 20 membres, représentants des salariés et des actionnaires disposent d'un poids égal.
Le Land de Basse-Saxe, région-actionnaire qui abrite le siège du groupe à Wolfsbourg, dispose notamment d'un droit de véto sur des décisions telles que la fermeture de sites, malgré une participation limitée à 20% du capital.
Le dirigeant régional, Olaf Lies, n'a du reste pas fait mystère de ses réserves.
Selon lui, un plan stratégique reposant sur des fermetures d'usines "ne saurait constituer un projet d'avenir susceptible de recueillir l'adhésion".
"Pour des décisions d'une telle portée, il est impossible de passer outre le conseil de surveillance de VW", a renchéri mercredi Thorsten Gröger, responsable régional du syndicat IG Metall.
Le syndicat "ne restera pas les bras croisés si l'outil industriel - et donc l'avenir des sites - est mis en péril", a-t-il martelé.
Soutenu par la Basse-Saxe et la puissante cheffe du comité d'entreprise Daniela Cavallo, IG Metall apparaît en mesure de bloquer les aspects les plus controversés du projet.
Des informations de presse ont évoqué un possible contournement du conseil de surveillance via un arrêt progressif de la production dans quatre usines, sans fermeture officielle des sites.
"Les médias donnent à tort l'impression que le sort des sites est déjà scellé", a réagi mercredi dans un communiqué IG Metall, qualifiant ces informations de "non-sens, bêtises et sottises".
Selon le quotidien économique Handelsblatt, le directoire de Volkswagen disposerait d'un autre levier en convoquant à l'automne une assemblée générale extraordinaire des actionnaires appelée à se prononcer sur le plan.
Une telle manœuvre serait toutefois très inhabituelle dans la culture allemande du consensus et pourrait donner lieu à des contestations juridiques, voire à un vaste conflit social déjà agité par le syndicat.