par Charlotte Peytour
PARIS, 20 décembre (Reuters) - Un manuscrit de Balzac a été
vendu mercredi 1.170.000 euros, frais compris, lors d'une vente
aux enchères de l'énorme collection du fonds en faillite
Aristophil, première d'une série de 300 sessions qui devraient
s'étaler sur six ans.
"Ursule Mirouët", manuscrit autographe rédigé par l'auteur
de La comédie humaine, était estimé entre 800.000 et 1.200.000
euros. Un manuscrit enluminé de Quinte-Curce, "Faiz et
conquestes d'Alexandre", a été vendu 838.000 euros, frais
compris, après une mise à prix à 280.000 euros.
Un témoignage manuscrit d'une rescapée du Titanic, Candee
Helen Churchill, n'a quant à lui pas trouvé preneur lors de la
vente organisée par la maison Aguttes à la salle Drouot, à
Paris. Le prix de départ annoncé était de 270.000 euros.
Deux lots phares de la collection, un manuscrit du Marquis
de Sade et un ensemble d'écrits d'André Breton, avaient été
retirés de la vente en raison de la classification de ces œuvres
en trésor national par le ministère de la Culture mardi.
La ministre de la Culture Françoise Nyssen a annoncé mardi
interdire la sortie définitive du territoire français de ces
deux lots de manuscrits, ce qui vaut classement en tant que
trésor national.
"Les 120 journées de Sodome ou l'école du libertinage" du
marquis de Sade, et un ensemble d'écrits d'André Breton
comportant le "Manifeste du Surréalisme", les manuscrits
préparatoires et définitifs de "Poisson soluble", et celui du
"Second Manifeste du Surréalisme" ont donc été retirés de la
vente.
"Les négociations gré à gré entre l'Etat et la maison
Aguttes débuteront dès janvier 2018", a déclaré Claude Aguttes,
qui présidait les enchères.
UNE COLLECTION DE 130.000 OEUVRES
La salle Drouot étant pleine mercredi et plusieurs dizaines
de visiteurs n'ont pas pu accéder à la salle où la vente avait
lieu.
La vente proposait aux acheteurs potentiels une des plus
importantes collections au monde de manuscrits, notes,
correspondances et partitions.
Elle a été assemblée par le fonds Aristophil. Fondée en
1990, cette société a incité ses clients à placer leur argent
non pas dans des actions ou des obligations, mais dans des
lettres et manuscrits anciens qu'ils achètent en indivision.
Aristophil a fait faillite en 2015, puis sa collection de
130.000 oeuvres a été placée en liquidation judiciaire.
Le processus devrait prendre six ans pour écouler les œuvres
et s'étaler sur près de 300 ventes aux enchères. La répartition
dans le temps a pour vocation d'éviter la saturation du marché,
dans l'intérêt des vendeurs, d'après la maison Aguttes. Les
prochaines ventes auront lieu dès le premier trimestre 2018.
Les enquêteurs soupçonnent le groupe d'entretenir une "bulle
spéculative" grâce à l'argent des nouveaux investisseurs.
Le président fondateur d'Aristophil, Gérard Lhéritier, a été
mis en examen en mars 2015 pour escroquerie en bande organisée
et pratique commerciale trompeuse. Il nie toutes les charges
retenues contre lui.
(Charlotte Peytour, édité par Yves Clarisse)