Un écrasement des spreads en zone euro hors de portée sans réforme structurelle
information fournie par Reuters 04/02/2026 à 12:35

par Stefano Rebaudo

Les écarts de rendement, ou "spreads", des obligations souveraines de la zone euro sont tombés à leur plus bas niveau depuis la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en 2008, mais les investisseurs estiment qu'il sera difficile d'obtenir une réduction plus importante sans réforme en profondeur au sein du bloc monétaire.

Le spread entre la dette souveraine des pays d'Europe du Sud et celle de l'Allemagne - qui mesure la prime de risque associée à ces obligations par rapport à la dette allemande jugée sûre - n'a cessé de diminuer depuis la fin 2023, lorsqu'il est devenu évident que la Banque centrale européenne (BCE) allait entamer un cycle d'assouplissement monétaire.

La marge de manoeuvre pour un écrasement supplémentaire des spreads est toutefois limitée, selon les acteurs de marché. Or une unification des taux souverains, qui contribuerait à créer un marché obligataire plus profond et plus liquide, est considérée comme cruciale pour renforcer le rôle de l'euro sur la scène internationale.

Actuellement, le spread Italie-Allemagne à dix ans

DE10IT10=RR se situe à 59 points de base contre 400 points au plus fort de la crise de la dette qui a secoué la zone euro en 2011-2012.

Le spread Espagne-Allemagne DE10ES10=RR est à 36 points de base, contre 500 points en 2012, celui Portugal-Allemagne

DE10PT10=RR est à 34 (1.200 en 2012) et celui Grèce-Allemagne

DE10GR10=RR est à 43 (3.000 en 2012).

Avant la crise financière de 2007-2008, lorsque le poids de la dette publique était bien moindre qu'aujourd'hui, les écarts de rendement étaient encore plus faibles, de l'ordre de 22 points de base pour l'Italie, 5 pour l'Espagne et le Portugal et 25 pour la Grèce.

"Tout ne dépendait pas des fondamentaux, certains spreads étaient proches de zéro (avant la crise financière mondiale) car on espérait qu'avec le temps, l'union monétaire évoluerait vers une union budgétaire et politique à part entière", se remémore Konstantin Veit, gestionnaire de portefeuille chez PIMCO.

"Nous restons optimistes quant aux spreads périphériques [Europe du Sud face à l'Allemagne, NDLR] mais le potentiel de compression pourrait être limité sans amélioration sur le plan institutionnel", estime-t-il.

A savoir des progrès en matière d'union bancaire mais aussi des marchés de capitaux et des avancées sur la mutualisation de la dette - des éléments que la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a jugés nécessaires l'année dernière pour renforcer la place internationale de l'euro.

INTÉGRATION

La BCE a mis en pause pour l'heure son cycle de réductions des taux d'intérêt mais de nouvelles baisses sont attendues cette année, ce qui devrait contribuer à maintenir la stabilité des spreads obligataires, estiment les analystes.

Sur le plan politique, le fonds "Next Generation" de l'Union européenne (UE), mis en place durant la pandémie et qui a permis d'acter pour la première fois le principe d'une mutualisation de la dette, a alimenté les attentes d'une augmentation des émissions conjointes de dette, tout comme le besoin croissant des pays européens d'augmenter les dépenses militaires.

Cela a contribué à soutenir les prix des obligations souveraines de l'Europe du Sud - et donc à baisser les taux qui évoluent en sens inverse. Cet effet devrait perdurer jusqu'en 2027, selon les analystes.

Les économistes restent toutefois sceptiques quant à une augmentation des émissions conjointes, compte tenu de l'opposition de l'Allemagne.

"Je pense qu'une plus grande intégration ne se produira que dans un scénario de crise, et nous ne sommes pas encore dans un scénario de crise", pointe Carsten Brzeski, responsable mondial de la recherche macroéconomique chez ING.

(Stefano Rebaudo ; version française Blandine Hénault ; édité par Augustin Turpin)