MARSEILLE, 1er août (Reuters) - La mission "Sphyrna Odyssey"
appareillera jeudi de Toulon (Var) pour étudier les cétacés en
Méditerranée grâce à un suivi bioacoustique de pointe de ces
mammifères marins par un bateau drone français, le plus grand au
monde, et d’éviter les collisions avec les navires de commerce
et les ferrys.
Deux navires, le "Sphyrna", le plus grand drone autonome de
surface au monde avec 17 mètres de long et capable d’embarquer
plus d’une tonne de matériel de mesures, et le trimaran
électro-solaire "Solar Odyssey", ont été équipés d’hydrophones
de dernière génération afin d’écouter les communications des
cétacés et de les localiser dans un rayon de 15 kilomètres.
Ces deux navires se laissent dériver dans le golfe de Toulon
(Var) et couplent leurs enregistrements avec ceux de la station
acoustique Bombyx immergée au large de Port-Cros.
La première sortie a eu lieu le 26 juillet et un nouveau
départ pour plusieurs jours de navigation des deux navires est
prévu jeudi.
La position des animaux détectés est alors transmise en
temps réel au Cross Méditerranée qui peut la répercuter aux
navires présents dans la zone pour éviter une collision avec les
grands cétacés, mais aussi à l’administration du sanctuaire
Pelagos, un espace maritime de 87.000 km² situé au large des
côtes française, monégasque et italienne, et abritant huit
espèces de cétacés dont des cachalots.
"Il y a une à deux collisions mortelles chaque année dans la
zone Pelagos prisée par les cachalots qui peuvent y trouver
leurs 400 kilos de calamars quotidiens à des profondeurs de 800
à 1.000 mètres. C’est beaucoup pour une population estimée à une
centaine d’individus", a déclaré à Reuters le professeur Hervé
Glotin, enseignant chercheur au CNRS et à l’université de Toulon
qui dirige la campagne d’écoute.
"Nous écoutons les sons et les ultrasons émis par les
cétacés pour pouvoir les localiser et les suivre. Grâce à sa
stabilité du drone qui a été conçu sur le modèle des pirogues
polynésiennes, les enregistrements que nous recevons sont
extrêmement clairs", a-t-il ajouté.
Les résultats de cette campagne d’étude devraient également
permettre de mieux comprendre le système de communication et
d’organisation sociale du cachalot. La qualité des instruments
embarqués pour cette mission devrait permettre également
d’étudier la baleine à bec, une espèce très rarement observée.
La mission "Sphyrna Odyssey" est le fruit de la coopération
entre le bureau d’étude "Sea Proven", expert en robotique marine
installé en Mayenne qui a développé le drone maritime "Sphyrna",
la société française LemerPax - leader mondial dans la
radioprotection - et la revue Marine & Océans qui ont lancé un
appel d’offre remporté par l’équipe du professeur Glotin et
l’association Longitude 181 du plongeur professionnel et
spécialiste des cachalots François Sarano.
"Cette mission nous permet de tester et d’améliorer le
prototype du drone avant une fabrication en série de ces bateaux
autonomes propulsés par un moteur électrique alimenté par les
énergies solaire, hydrolienne et éolienne", a dit à Reuters
Fabien Burignot de Varenne, fondateur et président de "Sea
Proven".
(Marc Leras, édité par Yves Clarisse)