Trump menace de détruire l'Iran à défaut d'accord d'ici mardi soir
information fournie par Reuters 07/04/2026 à 03:16

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Le président américain Donald Trump a menacé lundi l'Iran d'une "destruction complète" si un accord n'est pas conclu et le détroit d'Ormuz pas rouvert avant l'expiration de l'ultimatum qu'il a fixé, mercredi à 00h00 GMT, alors que Téhéran a dit vouloir une paix durable et rejeté une proposition de cessez-le-feu temporaire formulée par des médiateurs régionaux.

Donald Trump a effectué ces commentaires au cours d'une conférence de presse à la Maison blanche, décrivant comme "final" l'ultimatum qu'il avait au préalable, au cours du week-end, repoussé d'une journée. Il avait alors réitéré via son réseau Truth Social sa menace de détruire le réseau électrique et d'autres infrastructures civiles en Iran.

"Mardi sera le jour des centrales électriques, et le jour des ponts" si le détroit d'Ormuz n'est pas rouvert, avait écrit dimanche le président américain, après avoir rappelé la veille avoir fixé un ultimatum aux Iraniens pour conclure un accord sous peine que l'"enfer ne se déchaîne sur eux".

Bombarder délibérément des infrastructures civiles est une violation du droit humanitaire international et peut constituer un crime de guerre.

Téhéran a rejeté une proposition de cessez-le-feu temporaire émise par Washington et relayée par le Pakistan, qui joue les médiateurs entre les deux camps, a rapporté l'agence de presse officielle Irna, ajoutant que les autorités iraniennes voulaient une fin permanente à la guerre avec les Etats-Unis et Israël.

Un haut représentant iranien avait déclaré un peu plus tôt à Reuters qu'il était exclu que Téhéran rouvre le détroit d'Ormuz en échange uniquement d'un cessez-le-feu temporaire, disant également ne pas croire que les Etats-Unis étaient disposés à respecter une telle mesure.

Selon l'agence Irna, la réponse formulée par Téhéran à la proposition relayée par Islamabad comprend 10 clauses, dont la fin des conflits à l'échelle régionale, un protocole pour une traversée sûre du détroit d'Ormuz, la levée des sanctions visant l'Iran et la reconstruction du pays.

Donald Trump a rejeté la proposition iranienne, qu'il a décrite devant des journalistes, lors d'un événement pour Pâques dans les jardins de la Maison blanche, comme "significative" mais "pas suffisamment bonne".

L'IRAN POURRAIT ÊTRE "SUPPRIMÉ EN UNE NUIT"

Par la suite, lors de sa conférence de presse, le président américain a prévenu que l'Iran pourrait être "supprimé" en une nuit. "Cette nuit pourrait être demain soir", a-t-il ajouté, en référence à l'expiration de son ultimatum, mardi à 20h00, heure de Washington.

Sans un accord entre les deux camps, a déclaré le président américain, "chaque pont en Iran sera décimé" d'ici mercredi 00h00 sur la Côte Est américaine (04h00 GMT) et "chaque centrale énergétique en Iran sera hors-service, en feu, explosera, et ne pourra plus jamais être utilisée".

Interrogé par ailleurs par des journalistes sur l'hypothèse que les Etats-Unis en viennent à commettre des crimes de guerre en Iran, Donald Trump a déclaré ne pas être inquiet. Frapper des infrastructures civiles iraniennes ne serait pas un crime de guerre parce qu'"ils sont des animaux", a-t-il dit également.

Après les menaces les plus récentes formulées par le président américain, le ministre adjoint aux Sports iranien, Alireza Rahimi, a appelé les artistes et les athlètes à former mardi des chaînes humaines près des centrales électriques à travers le pays. "Nous nous tiendrons main dans la main pour déclarer: attaquer des infrastructures publiques est un crime de guerre", a-t-il écrit sur le réseau social X.

L'état-major de l'armée iranienne a déclaré que Donald Trump "délirait" et que les avertissements du président américain étaient "une rhétorique vulgaire, arrogante et des menaces sans fondement", selon un porte-parole cité par la télévision d'Etat.

Téhéran a promis aussi de répondre à l'attaque américano-israélienne menée aux premières heures de la journée de lundi contre l'université Sharif dans la capitale iranienne. Parmi les plus grandes universités scientifiques du pays, elle abritait selon l'agence de presse Wana un centre de données d'IA et d'autres infrastructures qui ont été endommagés dans l'attaque.

"Les agresseurs vont voir notre puissance" en représailles au bombardement de l'université Sharif, a écrit le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, sur le réseau social X.

Les autorités iraniennes ont déclaré que les Etats-Unis et Israël ont attaqué une trentaine d'universités depuis le début le 28 février de leur campagne de bombardements en Iran.

RIPOSTES

Donald Trump a déclaré lundi que la population iranienne était selon lui "disposée à souffrir afin d'obtenir la liberté", ajoutant, sans apporter de preuves de ses dires, que les Etats-Unis avaient intercepté des messages demandant des bombardements.

Une source informée des échanges effectués entre Washington et Téhéran par l'intermédiaire d'Islamabad a déclaré que la proposition pakistanaise comprenait un cessez-le-feu immédiat devant permettre des négociations de paix avec l'objectif que celles-ci débouchent sous 15 à 20 jours sur un accord.

Des frappes aériennes ont de nouveau été signalées à travers la région lundi.

Le chef du Pentagone, Pete Hegseth, a prévenu lundi que le nombre de bombardements contre l'Iran dans la journée serait sans précédent depuis le début de la guerre, et qu'il y aurait encore davantage de bombardements mardi.

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a menacé de détruire les infrastructures de l'Iran et de traquer les dirigeants iraniens "un par un".

Israël a revendiqué lundi avoir tué le chef du renseignement des Gardiens iraniens de la révolution, Majid Khademi, dont la mort a été rapportée par la presse iranienne.

Nombre de responsables iraniens de haut rang, dont Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique depuis près de quatre décennies, ont été tués depuis le début des bombardements des Etats-Unis et d'Israël.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré qu'une frappe a ciblé une usine pétrochimique située dans le sud de l'Iran, une attaque qu'il a présentée comme s'inscrivant dans le cadre d'efforts destinés à démanteler la "machine à sous" des Gardiens iraniens de la révolution.

En attaquant un navire lié à Israël et en effectuant au cours du week-end des frappes contre des sites pétrochimiques au Koweït, au Bahreïn et dans les Emirats arabes unis, l'Iran a démontré sa capacité à répondre à la campagne militaire israélo-américaine, en dépit de commentaires répétés de Donald Trump selon lesquels les capacités militaires de Téhéran ont été détruites.

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(Reportage des bureaux de Reuters; rédigé par Jean Terzian)