(Actualisé avec du contexte, commentaires, cours de Bourse)
par Liana B. Baker
NEW YORK, 13 septembre (Reuters) - Donald Trump a opposé son
veto mercredi au rachat du fondeur américain Lattice
Semiconductor LSCC.O par un fonds d'investissement financé en
partie par des capitaux chinois, le président américain faisant
ainsi comprendre à la Chine que toute OPA impliquant des
technologies à applications militaires possibles sera fatalement
bloquée.
Canyon Bridge Capital Partners avait formulé une offre de 1,3
milliard de dollars (1,1 milliard d'euros) sur Lattice, l'une
des plus importantes tentées par une firme adossée à la Chine
dans le secteur américain des semi-conducteurs et la première
transaction de ce fonds de capital investissement spécialisé
dans les high techs et inauguré l'an dernier.
L'offre avait été dévoilée en novembre mais des liens
révélés par Reuters entre le fonds d'investissement et des fonds
publics chinois avaient accentué la vigilance des autorités
américaines en raison du risque de voir des technologies
américaines sensibles tomber entre les mains de l'appareil
militaire chinois.
Dans un décret présidentiel, Donald Trump ordonne à Lattice
et Canyon Bridge de "prendre toutes les mesures nécessaires pour
renoncer totalement et définitivement à la transaction
proposée".
La décision de Trump, conforme à l'avis de la Commission des
investissements étrangers aux Etats-Unis (CFIUS), intervient à
un moment délicat de l'histoire des relations entre la Chine et
les Etats-Unis, marquées par des tensions sur le commerce et des
incompréhensions réciproques sur la crise nord-coréenne.
Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a dit, à la suite de
cette décision, que le "CFIUS et le président estiment que la
transaction crée un risque pour la sécurité intérieure des
Etats-Unis que l'on ne peut effacer".
Mnuchin a précisé que ce risque était lié au transfert de
propriété intellectuelle, au fait que le gouvernement chinois
appuyait l'opération, à l'usage par le gouvernement américain
des produits de Lattice et à l'importance qu'il y a à préserver
la chaîne logistique des semi-conducteurs pour le gouvernement
américain.
Lattice, basé à Portland (Oregon), conçoit des puces sur
lesquelles les entreprises peuvent implanter leurs propres
logiciels pour différents usages. La société affirme qu'elle ne
vend plus de puces à l'armée américaine, à la différence de ses
deux principaux concurrents, Xilinx XLNX.O et Altera, filiale
d'Intel INTC.O .
La Chine s'est dite préoccupée par cette décision. "Nous
pensons qu'examiner des investissements opérés dans des secteurs
sensibles pour des raisons de sécurité est le droit légitime de
tout pays mais ça ne doit pas devenir un prétexte pour
promouvoir le protectionnisme", a réagi jeudi Gao Feng,
porte-parole du ministère du Commerce chinois.
Lattice et Canyon Bridge, qui ont essayé en vain plus de
huit mois durant de convaincre le CFIUS, ont fait savoir
mercredi, dans un communiqué commun, qu'ils renonçaient à la
transaction, Lattice soulignant par ailleurs son engagement à
dégager de la croissance rentable.
Canyon Bridge avait dit un peu auparavant qu'il était déçu
de la décision de la Maison Blanche, jugeant que l'opération
était "excellente pour les actionnaires et les salariés de
Lattice".
Les deux sociétés ont tout tenté pour obtenir le feu vert
des autorités américaines, allant même jusqu'à en appeler au
président américain lui-même.
C'était la première transaction de ce genre sur laquelle
Donald Trump devait se prononcer. C'était également la quatrième
fois seulement en une trentaine d'années qu'une acquisition
atterrissait sur le Bureau ovale après avoir fait l'objet d'un
avis négatif du CFIUS.
Les investisseurs doutaient que l'opération soit approuvée.
L'action Lattice évolue en dessous du prix de l'offre, soit 8,30
dollars, et perdait 1,6% mercredi en après-Bourse.
(Avec Diane Bartz à Washington, Elias Glenn à Pékin et Kane Wu
à Hong Kong, Henri-Pierre André et Wilfrid Exbrayat pour le
service français)