Touché de plein fouet par le conflit au Moyen-Orient, Technip Energies pourrait bien profiter de l'après-guerre - DJ Plus information fournie par Agefi Dow Jones 26/05/2026 à 14:23
Le conflit au Moyen-Orient et ses répercussions sur les marchés pétroliers n'ont pas épargné les champions tricolores du secteur. A la fin avril, 15% de la production mondiale de TotalEnergies était à l'arrêt en conséquence des frappes sur les installations d'hydrocarbures au Qatar, aux Emirats arabes Unis et en Irak. Le groupe a toutefois pu capter une large partie de la hausse des cours du brut et a publié un bénéfice en forte hausse au premier trimestre.
Technip Energies, lui, n'a pas bénéficié de cette corde de rappel. Le groupe d'ingénierie pour l'industrie énergétique a lancé le 30 avril un avertissement sur résultats, estimant qu'entre 500 millions et 600 millions d'euros de chiffre d'affaires manqueraient à l'appel en 2026 en raison des perturbations logistiques et de l'arrêt d'un important chantier au Qatar.
"Alors que la situation au Moyen-Orient reste incertaine, nous identifions deux impacts principaux sur notre activité. Premièrement, en termes d'exécution, les progrès ont été affectés par les perturbations sur site et les difficultés logistiques, décalant une partie du chiffre d'affaires à des périodes ultérieures. Deuxièmement, des coûts supplémentaires ont été engagés afin de garantir la sécurité des équipes et la continuité des activités", a souligné le directeur général du groupe, Arnaud Piéton.
Technip Energies prévoit de répercuter une partie de ces coûts sur ses clients mais "le calendrier exact et l'ampleur de ce recouvrement dépendent de l'évolution du conflit et des résultats des discussions commerciales", a-t-il ajouté.
En Bourse, le titre a chuté de 10,6% depuis ces annonces. Il évoluait auparavant tout proche de ses plus hauts historiques.
Même si l'on pouvait s'attendre à des décalages de projets en raison du conflit, la communication du groupe a été quelque peu tardive compte tenu de l'évolution de la situation sur le terrain, regrette un analyste.
+ Reconstitution des capacités de GNL +
Ces secousses géopolitiques pourraient toutefois être synonymes de nouvelles opportunités pour le groupe d'ingénierie, qui bénéficie encore des répercussions du précédent choc énergétique dû à la guerre en Ukraine.
Au premier trimestre, le groupe a engrangé plus de six milliards d'euros de nouveaux contrats, et affiche un carnet de commandes record de plus de 20 milliards d'euros. S'il lui sera difficile de maintenir ce rythme sur l'ensemble de l'exercice, il a d'ores et déjà enregistré au deuxième trimestre un nouveau "contrat majeur" (de plus d'un milliard d'euros). Ce dernier porte sur la construction de six trains de liquéfaction de gaz d'une capacité de production annuelle de 9,5 millions de tonnes par an aux Etats-Unis, en Louisiane. La production de ce site baptisé Commonwealth LNG doit débuter en 2030, et sera exportée sur les marchés mondiaux de l'énergie.
Technip Energies s'est également positionné pour le chantier de reconstruction du site de Ras Laffan au Qatar - le plus grand site gazier au monde - où deux trains de GNL ont été touchés en mars, amputant la production du pays d'environ 20%. Leur remise en service pourrait prendre trois à cinq ans, selon l'opérateur QatarEnergy. Le groupe français dispose d'un atout de taille: c'est lui qui a conçu la majeure partie des installations de liquéfaction du site. Il s'est dit prêt à mobiliser rapidement une équipe dédiée pour la reconstruction, sans pénaliser ses autres chantiers.
L'équipementier s'attend également à bénéficier d'une demande accrue d'usines flottantes de gaz naturel liquéfié (FLNG), plus rapides à mettre en ouvre et moins exposées que les installations terrestres en cas de conflits armés.
+ Relais de croissance +
"Technip Energies reste un acteur incontournable pour profiter notamment de l'accélération des projets de gaz naturel liquéfié (GNL) à travers le monde", avec une part de marché d'environ 35%, souligne Oddo BHF. "Le newsflow sur les prochains mois devrait être soutenu du côté des prises de commandes, ce qui devrait soutenir le titre", ajoute l'intermédiaire financier.
"Même si les perspectives à court terme restent quelque peu mitigées [...] nous restons résolument optimistes quant à l'évolution du titre sur le long terme, compte tenu de ses qualités intrinsèques", abondent les analystes d'AlphaValue.
Un ralentissement du marché du GNL est cependant à prévoir à moyen terme. La vague d'investissements sans précédent qui a eu lieu depuis l'invasion russe en Ukraine, et qui se poursuit aujourd'hui, pourrait conduire à une situation d'excédent d'offre d'ici à la fin de la décennie, préviennent la plupart des analystes. L'instabilité politique au Moyen-Orient pourrait également conduire certains pays, notamment en Asie, à revoir leur mix énergétique en faveur des énergies renouvelables et de sources de production locales.
Face à ces incertitudes, Technip Energies dispose de relais de croissance. Le groupe a commencé à prendre des commandes dans les nouvelles installations de production de carburants durables, ainsi que dans l'hydrogène, les énergies renouvelables (éolien, biomasse) et le stockage du carbone. La montée en puissance de ces activités apparaît indispensable afin de compenser le ralentissement inéluctable du marché des hydrocarbures, et de continuer à offrir des perspectives favorables aux investisseurs.
Depuis son introduction en Bourse en 2021, le titre a été multiplié par plus de trois et a clôturé lundi à 37,24 euros. Signe de la confiance dans la solidité des perspectives du groupe, 60% des analystes conseillent encore le titre à l'achat, avec un objectif de cours moyen de 44,3 euros, selon le consensus FactSet.
-François Schott, Agefi-Dow Jones, fschott@agefi.fr, ed: JDO
Agefi-Dow Jones The financial newswire