TotalEnergies réunit ses actionnaires à l'heure de la polémique sur ses "super-profits" information fournie par AFP 29/05/2026 à 14:22
L'assemblée générale de TotalEnergies s'est ouverte vendredi dans un climat de défiance après ses profits énormes au 1er trimestre qui ont relancé les appels de la gauche et des associations environnementales pour "la taxation des super-profits" et la nationalisation du groupe de Patrick Pouyanné.
A quelques centaines de mètres de la tour TotalEnergies, une trentaine de militants communistes ont manifesté sur le parvis du quartier d'affaires parisien de La Défense derrière une banderole appelant à la "nationalisation de Total", en amont de son assemblée générale.
"On ne peut pas vivre de crise en crise tous les trois ans, donc nous on propose depuis un moment la nationalisation de tout le secteur énergétique, donc Total aux côtés d'ENGIE et d'EDF", a déclaré à l'AFP le sénateur communiste Fabien Gay.
Un peu plus tôt, une trentaine de militants environnementaux avaient installé au même endroit un pipeline en carton alimenté en faux-billets pour dénoncer "les projets mortifères de TotalEnergies en Afrique" et réclamer "la taxation des super-profits" réalisés par le géant pétrogazier, à l'appel d'Attac, Avaaz, 350 et Action Justice Climat Paris, a constaté l'AFP.
TotalEnergies, qui souligne que ses assemblées générales ont été "gravement perturbées à quatre reprises depuis 2018", accueille ses actionnaires à 14H00 avec un important dispositif de sécurité: pas de téléphone portable, vigiles en nombre et portiques anti-métaux à l'entrée, dispositif policier aux abords.
Dopé par la flambée des hydrocarbures, TotalEnergies a dégagé au premier trimestre un bénéfice de 4,96 milliards d'euros (+51% sur un an), relançant le débat sur l'opportunité de taxer les "superprofits".
Après une proposition de loi du PS en ce sens, le sénateur Yannick Jadot et son groupe écologiste ont annoncé jeudi le dépôt d'un autre texte pour le retour de l'Etat au capital du groupe, dans le but de "protéger notre souveraineté énergétique".
La gauche accuse le groupe d'être un "profiteur de guerre". Ce à quoi le bouillant PDG Patrick Pouyanné répond en contestant que ses bénéfices "tombent du ciel" et en défendant son "effort conséquent" à travers le plafonnement du prix des carburants dans ses stations - initiative bien accueillie par les automobilistes et un gouvernement aux marges de manoeuvre ténues.
Dans une interview au Figaro, le patron a dénoncé un "débat politique (...) parfois exacerbé et outrancier" sur son groupe.
- Débat sur le climat -
Au-delà du contexte politique, le principal enjeu de la réunion porte sur le vote de l'extension de la limite d'âge de la fonction de président de 70 à 75 ans, et celle de directeur général de 67 à 70 ans. Patrick Pouyanné, qui occupe les deux fonctions depuis 2014, est aujourd'hui âgé de 62 ans, et a été reconduit en 2024 pour 3 ans.
Il y sera aussi question de la stratégie de transition énergétique du groupe critiqué par les ONG pour ses projets d'expansion dans les énergies fossiles malgré les alertes des scientifiques du GIEC sur le réchauffement planétaire, un accélérateur des phénomènes climatiques extrêmes, comme la canicule qui fait suffoquer la France ces derniers jours.
"Total ne cesse de diminuer la part de ses investissements dans la partie électricité intégrée et molécule bas carbone", a souligné Antoine Bouhey, coordinateur de la campagne Defund TotalEnergies de Reclaim finance, lors d'un point presse jeudi.
Trois associations (Les Amis de la Terre France, ClientEarth et Notre Affaire à Tous) ont indiqué jeudi avoir signalé à l'Autorité des marchés financiers, à Paris, et à l'Autorité européenne des marchés financiers certaines déclarations du groupe liées au climat susceptibles selon elles de tromper les investisseurs.
"Les communications de TotalEnergies visées par les associations (...) sont transparentes et précises, et conformes aux exigences applicables", a réagi le groupe auprès de l'AFP, en mettant en avant "sa stratégie inchangée" reposant sur une production pétro-gazière "à faibles émissions" et sur la production d'électricité à 70% décarbonée.
Mais dans son rapport climat publié en mars 2026, TotalEnergies a reconnu aussi qu'il n'était pas en mesure de "formuler des objectifs" de neutralité carbone en 2050, compte tenu des progrès plus lents que prévu dans la transition énergétique mondiale.
TotalEnergies a inscrit à l'ordre du jour un débat, sans vote, sur ce rapport climat.