TotalEnergies double son bénéfice, porté par les prix élevés liés à la guerre au Moyen-Orient
information fournie par AFP 23/07/2026 à 15:26

TotalEnergies avait déjà annoncé en avril un bond de 51% son bénéfice net pour les trois premiers mois de l'année ( AFP / Lionel BONAVENTURE )

Après un début d'année euphorique, le géant français pétrogazier TotalEnergies est de nouveau dans le viseur des partisans d'une surtaxe des superprofits pétroliers après avoir annoncé jeudi un doublement en un an de son bénéfice net du 2e trimestre, à 5,4 milliards de dollars, dopé par les prix élevés des hydrocarbures liés au conflit au Moyen-Orient.

Le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné a salué lors d'une présentation aux analystes la capacité du groupe à "capturer" la hausse des marges et "ces prix élevés en s'appuyant sur son modèle d'entreprise intégrée et diversifiée" dans le pétrole, le gaz et l'électricité.

Avec un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars sur le premier semestre (+73% sur un an), TotalEnergies fait mieux que les 10,6 milliards de dollars enregistrés au premier semestre 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Son bénéfice net du 2e trimestre, en hausse de 100% (contre 2,7 milliards un an plus tôt), reste cependant en deçà des attentes des analystes.

Le groupe a connu "une baisse significative" dans son secteur stratégique du gaz naturel liquéfié (GNL), "du fait d’une contreperformance" dans le négoce (achat-vente) dans un marché faible en Europe, a expliqué l'entreprise.

Le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné à l'Elysée, le 20 juillet 2026, à l'occasion d'un dîner en l'honneur du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema ( AFP / Ludovic MARIN )

TotalEnergies avait déjà annoncé en avril un bond de 51% son bénéfice net pour les trois premiers mois de l'année, portés par l'envolée et la volatilité des prix du pétrole et du gaz, au début de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran.

Cette performance exceptionnelle avait relancé les appels à la taxation des "superprofits" pétroliers alors que le groupe est souvent critiqué pour la faiblesse, voire l'absence, de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux.

"TotalEnergies n’aura jamais aussi bien +capturé+ les bénéfices de guerre sur le dos des consommateurs", a ironisé jeudi sur X le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le député de gauche Eric Coquerel (LFI) tandis que le chef de file des socialistes Olivier Faure, denonçant les "profiteurs de guerre", a également tancé sur X les actionnaires qui "ont déjà reçu un 2e acompte sur dividende", soit 0,90 euro par action, en hausse de 5,9% par rapport à 2025.

Au sein du gouvernement, la porte-parole et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon a répété qu'elle refuserait "toujours de rentrer dans le +Total bashing+".

"C'est une chance d'avoir en France un grand énergéticien mondial capable d'assurer l'approvisionnement des Français" et de "nous aider à tirer les prix vers le bas", a-t-elle dit sur RMC/BFMTV en référence au plafonnement des prix des carburants relancé mercredi par le groupe.

"Faire payer les pollueurs"

Au moment où "la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l’industrie du pétrole et du gaz est largement responsable, ces profits apparaissent particulièrement indécents", ont critiqué une coalition d'ONG telles que Greenpeace France, Notre Affaire à Tous, Réseau Action Climat, évoquant "l’urgence de taxer les profits des multinationales du pétrole et du gaz".

La porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon, à Paris le 10 juin 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )

"Alors que les gouvernements se réuniront à New York en août pour négocier une Convention fiscale de l’ONU, ils ont une occasion historique de faire payer les pollueurs et de financer la protection dont les populations ont désespérément besoin", a commenté aussi Fanny Petitbon, directrice pays France de 350.org.

Entre avril et juin, la production de pétrole et de gaz de TotalEnergies a progressé de plus de 4% sur un an, grâce à la montée en puissance de projets au Brésil, aux Etats-Unis et en Libye, qui ont "compensé pour partie l’impact des pertes de production au Moyen-Orient" de l’ordre de 210.000 barils équivalent pétrole par jour, "en moyenne sur le trimestre".

Bien qu'une partie de cette production n'ait pas pu être expédiée, "compte tenu des difficultés d’accès au détroit d’Ormuz", la branche reine de l'exploration-production est restée en croissance, selon le groupe.

Son pôle de raffinage, pétrochimie et négoce a lui aussi profité de la hausse des prix des produits raffinés et des activités très rentables de négoce de brut, dans un contexte de forte instabilité des cours. Ce segment "aval" a ainsi dégagé un résultat opérationnel net ajusté à 2,3 milliards de dollars au 2e trimestre (+24%).